13/05/2007

Le Gros chêne

Une grande partie de mon enfance s'est passée dans les environs immédiats de la Versoix. Le Gros chêne fut l'un de ces lieux privilégiés où l'on forme ses racines. Il était là pour freiner les ardeurs du soleil et il n'avait pas son pareil lorsque le ciel éclatait en sanglots. Il était aussi le témoin de mes joies comme de mes peines et gardait un oeil bien veillant lorsque, appelé par l'eau, je le quittais.
En voyant mon père, chaussé de ses bottes partir la canne à la main et se faire avaler par les roseaux, je ne m'inquiétais pas car le chêne veillait.
Le soir, assis autour d'un feu, les discussions entre pêcheurs allaient bon train. Bouche ouverte je buvais ces aventures, impatient de les vivre, émerveillé par les astuces développées pour leurrer les truites, surpris par la taille que pouvait atteindre les poissons manqués. La soirée s'égrainait ainsi jusqu'au moment où les discussions se fondaient en mélodie lointaine, que ma vue se perdait parmi les étoiles avant que je m'abandonne dans les bras de Morphée, toujours sous la bonne garde du Gros Chêne.
Un matin, le chêne était à terre. Il a été abattu. La section du tronc était saine, elle y dévoilait l'âge de ce magnifique arbre. Il est resté là, couché quelques printemps. Plus tard, un sapin est venu le remplacer. Aujourd'hui encore je ne comprends pas la raison de cette mise à mort.
Le Gros Chêne n'est plus en mesure de partager les aventures vécues en sa compagnie tel ce matin de d'avril où la canne à pêche paternelle, pincée dans les rayons du vélo, me sert de balançoire. Il avait bien dû s'amuser en me voyant me prendre pour un indien, un maillet de bois à la main, exécuter une danse avec un lâcher du dit maillet au beau milieu d'une assiette. Il ne s'est pas ri de moi, voyant le petit indien partir en sanglots suite au bris de l'assiette au petits cochons roses. Il a dû rire sous cape le jour où, allant renouveler l'eau de la boille, j'ai laissé repartir les truites.

Le Gros Chêne est toujours dans mon cœur. 

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