05/07/2007

Le Taureau

Ce mardi 20 mai 1961, c’est dans mon indifférence et ignorance totale qu’une loi sur l’amélioration bovine est adoptée par le Grand Conseil du canton de Fribourg.
Perché sur mon vélo je me rends au pont de la douane de Sauverny. Le trajet de la ville de Genève à Sauverny m’est devenu coutumier. Il m’arrive plusieurs fois par semaine d’effectuer ce parcours en fin de journée pour le coup du soir (moment béni du pêcheur à la mouche).
Arrivé à bon port j’appuie la bicyclette contre un mur. Déjà équipé, il me reste à monter la canne et choisir la mouche. Fin prêt, je descends les quelques marches qui me conduisent sous le pont au bord de l’eau. Sur le radier à l’aval du pont, de nombreux ronds témoignent de l’activité du poisson noble. Les truites sont à table.
Je remonte le cours, pêchant les postes qui me sont accessibles. Malgré mes lancers peu précis, les prises sont régulières.
J'arrive devant une clôture. Un passage est aménagé pour les humains. Un coup d'œil sur le champ que je m'apprête à traverser. Ma vue se focalise sur un groupe de ruminants qui s'y trouvent. Parmi ceux-ci, il y en a un qui attire toute l'attention du citadin que je suis. C'est un taureau, j'en suis sûr. Son front est tout frisé.
Je prends mon courage à deux mains et entame ma traversée tout en gardant un œil sur cet énorme taureau. Mais voilà, il m'a repéré et se dirige dans ma direction. Rapidement je localise le chemin de fuite. L'animal accélère son pas. La rivière est  mon salut. Je remonte les cuissardes et pénètre dans l'eau en prenant soin de tenir le haut entre trois doigts, le pouce dans la botte de gauche, le majeur dans la droite et l'index entre les deux. Ce procédé me permet de déterminer la profondeur ultime avant d'embarquer 1). Le taureau est là, il a traversé le bosquet. Fort de la supériorité évidente de l'homme sur l'animal je remonte prudemment la rivière. Pour franchir certains endroits, je m'aide des branches basses des arbres. La distance parcourue ainsi me paraît suffisante.  Pas d'eau dans les bottes. Je décide de ressortir et pose la canne contre un arbre. Encore un regard circonspect sur les environs. Rien en vue. Mes deux mains se positionnent sur la berge, les doigts se font face, mes muscles se tendent et d'un bond je me hisse sur la berge et là, nez à nez avec le bovin, je croise les yeux de l'animal. D'une détente sûre et déterminée, mes bras me propulsent en arrière où l'eau m'accueille fraîchement. Quelques brasses pénibles, les bottes pleines, me ramènent vers la berge. Trempé et vexé je ressors. Le bovidé a disparu. La partie de pêche se poursuit encore un instant, mais ce bain forcé l'abrège.
Le taureau terrifiant c'est avéré être une génisse curieuse comme elle le sont toutes. Pour sûr elle a passé un bon moment en déjouant mon stratagème.

1) embarquer signifie remplir ses bottes accidentellement d'eau.

23:35 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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