29/07/2007

La gamelle

Je me souviens encore comme si c'était hier, de ce jeudi de mars 1961. Le jour n'est pas encore levé et déjà, sur le faux plat entre Bellevue et Versoix, à côté d'un ami de pêche, pleins d'entrain nous avançons, lui sur son vélo-solex et moi sur l'ancien vélo de mon père. Tout le matériel nécessaire a trouvé sa place dans les diverses poches de la veste, les grandes bottes sont aux pieds et la canne est attachée sur le cadre du vélo ou plantée dans une botte pour l'autre Jean-Pierre sur son Solex. Arrivés à la douane, nous appuyons nos cycles, le long d'un mur.
Un coup d'œil sur la rivière et déjà, dans nos têtes, défilent les rêves les plus fous. Nous y voyons des truites énormes et si nombreuses que l'on pourrait traverser la rivière à pieds secs.
Nous commençons par traverser un champ couvert de neige mouillée, relevons nos grandes bottes avant de pénétrer les hautes herbes et d'atteindre la rivière. Quelques flocons de neige s'unissent à une timide pluie. La partie de pêche commence. Chacun explore méticuleusement coulées, sous berges, radiers, trous profonds et le périmètre de chaque herbier.
Il est dix heures déjà. Nous avons "dépommé", nous ne rentrerons pas bredouille. La pluie commence à avoir raison de nos vestes. Mais il en faut plus pour interrompre une partie de pêche.
Soudain, mon ami ferre une belle truite. Il la manœuvre habilement en évitant qu'elle se sauve dans un herbier ou qu'elle aille se glisser entre les branches d'un arbre couché dans la rivière. La fario met toute son énergie pour regagner sa liberté. Vient le moment de la conduire dans l'épuisette. La belle à points rouges est amenée à l'amont de l'épuisette, il ne reste plus qu'à la laisser glisser. Soudain c'est le départ, aucun choc. Elle est à nouveau libre. Ramenant sa ligne avec rage et moult jurons, mon ami ne peut que constater la rupture de l'hameçon.
Une pause casse-croûte s'impose et va permettre d'évacuer ces émotions. Pain humide, fromage, saucisson une goûte de thé chaud. Je regarde les nuages qui ondoient le long du Jura, dissimulant la montagne et occultant le manteau de neige qui la couvre.
Vers les seize heures, nous mettons un terme à cette belle journée. Le matériel est rangé, les grandes bottes repliées. Le moteur du Solex tourne, j'enfourche mon vélo et départ. De la douane au pont de l'autoroute en construction, il y a une petite montée. Après avoir franchi le sommet, en pleine descente, dépassant mon ami, je lui lance "je prends un peu d'avance, tu me rattraperas". La pluie qui tombe mouille mes pantalons, seule partie encore sèche. Je déteste pédaler avec les pantalons mouillés. Alors je décide de relever mes bottes. Je tends ma jambe gauche en avant en tirant sur le haut de la botte, puis dans la suite du mouvement, je replie mon genou vers le haut. Au passage, le genou accroche le guidon "parisien". Le vélo part en travers, se redresse brutalement pour pour se placer à l'horizontale avec en appuis la pédale et mon coude gauche. Cela va très vite et c'est long à la fois. Le tout (le vélo et moi) nous nous immobilisons à quelques centimètres d'un poteau télégraphique. Un de ces poteaux en bois brun foncé, goudronné sur le bas. Je suis groggy. Mon ami me demande "ça va". Je lui réponds "merde, le vélo est foutu et la canne". Il me répond " juste la dynamo dans les rayons". On la repositionne et c'est reparti, tranquillement. Au village de Commugny on s'arrête à l'auberge pour prendre une boisson chaude et se remettre de ses émotions.
À l’intérieur, je retire ma veste. Oh, elle est déchirée. Pire! le pullover a un trou! Le pull tricoté par ma mère! Qu'est-ce que je vais prendre. Il y a aussi la chemise. Le coude sanguinolent se trouve à l'air. Autour d'une table voisine un groupe de travailleurs de l'autoroute. C'est alors qu'un ouvrier me lance "mais p'tit t'as un trou au coude". Conscient que cela ne concerne plus mes vêtements, je m'exclame "un trou"... et plus rien. Un instant plus tard, je reprends mes esprits et me trouve allongé sur une table de la cuisine. En revenant à moi, trois paires d'yeux m'observent: la patronne et ses deux filles, certainement charmantes, mais je n'ai pas le coeur à lutiner. Mon coude est pansé, ces aimables personnes me réconfortent. Mon ami a téléphoné à mes parents et m'informe que mon père vient me chercher.
Arrivé à la maison, voyant mon pull-over, ma mère me reçoit fraîchement puis, à la vue de mon coude, elle s'empresse de faire appel à une voisine infirmière. La voisine arrive et annonce à ma mère "il faut aller le faire recoudre". Là, tout change ma mère pâlit et envisage de faire appel à un taxi. L'infirmière, plus pratique, s'oppose en remarquant que la marche me fera le plus grand bien.
Mon coude recousu, avant guérison totale, me fera vivre encore quelques mésaventures .

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23/07/2007

De Rueras à Oberalppass


La journée n'est pas comme les autres. C'est en principe la dernière. Je côtoie cette branche du Rhin au point que le vénérable me présente ses truites. Ces salmonidés à la robe constellée de points noirs et rouges. La belle sauvage n'a pas son pareil pour la chasse. Elle attrape une larve de trichoptère trop confiante en son camoufflage. Voilà qu'une éphémère se pose un bref instant. Il n'en faut pas plus pour être gobée. Une nymphe, emportée par le courant, passe à proximité et subit le même sort.
Le sentier prend rapidement de la hauteur, m'éloigne du Rhin, sans que je le perde totalement des yeux.
La montée rhythme ma respiration. Malgré un ciel menaçant, une bruine légère et un petit vent frais, ma transpiration charge mon T-shirt et quelques gouttes salées tombent de mon front. Oh, rien à voir avec les heures de marche en plein dian sur les digues.
Pas à pas je me rapproche de mon but, encore un effort, je sens la source là, toute proche, ce que me confirme l'altimètre.
Soudain la voilà. Je m'assois et sens monter en moi comme un subtil mélange de bien-être, de bonheur, de confort intérieur avec un zeste de mélancolie. Des larmes humidifient mes yeux. J'aurais du mal à parler. Cela n'a pas toujours été facile, mais quel bonheur. Je me relève et parcours l'une de ses rives, monte voir un petit frère quelque hectomètres plus haut. Puis direction Oberalppass. C'est le retour.
Ces billets et cette randonnée n'auraient pu se faire sans le constant soutien de mon épouse, restée dans l'ombre et qui, le soir venu, sachant ma position, me dégotait un hôtel et m'y guidait patiemment, supportant mes moment d'humeur. Une fois mon petit ménage terminé, l'estomac satisfait et les ablutions accomplies, je lui envoyais le billet tapé sur le téléphone mobile (c'est pas pratique du tout), elle effectuait sa remise en forme afin qu'il puisse paraître le jour même.
Les encouragements de mes fils dont le courriel de l'un d'eux qui m'a ému.
Le commentaire d'un ancien élève et autres lecteurs et amis m'ont également fait très plaisir.
Qu'ils en soient tous remerciés.
Ma randonnée étant terminée, la parution des billets reprend son rythme de croisière.

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22/07/2007

De Surrein à Rueras


Au petit déjeuner, le patron me demande si les violents coups de tonnerre durant la nuit ne m'ont pas empêché de dormir. Ma réponse est que le sommeil m'a rapidement emporté et, à part quelques grondements lointains,  seul les chants des cours d'eaux libres ont accompagné mes rêves.

 


Le ciel est encore sous sa cape couleur de plomb. De très fines gouttes tombent. Est-il nécessaire de mettre ma pèlerine? Je ne perçois pas les gouttes d'eau sur mon corps. Mes mains en geste d'imploration détectent un timide embrun. Rien ne m'incite à sortir cette cape cirée que je promène. Restera-t-elle inutillisée à tout jamais?
Ma route se poursuit, longeant l'une des branches de ce vénérable fleuve. Chaque branche débute par le nom de famille suivi du prénom.
Je remonte donc le Rhin Antérieur. Il me fallait bien en choisir un et vivant, de préférence. Que serrait-il advenu si mon choix s'était porté sur le Rhin de Sumvitg.
Mort!
Condamné par un barrage et il n'est pas le seul nouveau-né de sa famille à avoir trépassé ainsi.

 


J'en reviens au Rhin Antérieur.
Vers Disentis Mustér, plus précisément sous Mompé Medel, il pourrait être torentueux dans ses gorges, si on ne l'avait pas privé d'un nombre appréciable de ses cousines "rivières" et cousins "ruisseaux et torrents".

 


Ma marche continue sur un agréble sentier de montagne, souvent boisé où montées et descentes se succèdent. A ce petit jeu, les montées sont gagnantes. Mon étape se termine a Rueras.
Demain la source du Rhin.

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21/07/2007

De Ilanz à Surrein


Les dernières étapes sont limitées aux environs de vingt-cinq kilomètres de manière à profiter un maximum des beautés que dame nature me réserve.

 

Je quitte Ilanz par un sentier boisé, tournant ainsi le dos à une localité bien trop bruyante à mon goût.
Comme une danse, le chemin m'approche puis m'éloigne de cet affluant du Rhin qu'est le Rhin antérieur. Maintenant, je l'entends. Il joue, chante, bavarde, jeune et vif qu'il est, insouciant de ce qui l'attend. Certes, il y a bien ça et là quelques mises en garde, mais il est encore jeune.

 


Peu avant Tavanasa je vois deux pêcheurs à la mouche. Je les observe un instant et partageant la même passion, je rejoins l'un d'entre eux pour échanger quelques mots.


Arrivé à Trun, je fais halte au camping pour m'y sustenter. Dix minutes de marche et le lieu m'invite, je ne peux y résister. Le sac est déposé, la chemise retirée, déposée sur une branche, sèche au vent. Les pieds sont sortis des chaussures et ont quitté les chaussettes. Je remonte les pantalons jusqu'aux genoux. Je prends place sur un gros caillou laissant mes pieds reposer sur le fond et se faire masser par l'eau fraîche du Rhin antérieur. Tout du bonheur, jouissance de bien-être.

 

Le temps passe. Nul besoin d'artifice, je plane, les heures s'écoulent, le soleil décline paisiblement. Il me faut songer à repartir. Lentement je me prépare, comme pour profiter encore un moment de cet instant idyllique.

 

Surrein approche. Encore quinze minutes à marcher. Mais avant, je dois enjamber la Rein da Sumvitg. Je suis impatient, la carte laisse à penser que cette rivière possède un généreux débit. Je vois le pont, n'entend encore rien. Serait-elle paisible?

Mon optimisme baisse d'un cran en y voyant des pelles mécanique dans son lit. En passant sur le pont, je scrute son espace à la recherche du précieux liquide. Je ne décovre qu'un frêle filet anémique. De gros blocs de pierres taillées, cimentés contrôlent ses côtés. Etrange! Je reprends la carte à la recherche d'une explication. La réponcse ne tarde pas. Un barrage détourne son eau ainsi que celle d'autres cours d'eau.

 


C'est attristé que je trouve mon hôtel. Surrein contraste singulièrement avec Ilanz. Ici, tout est calme. Morphée me tend les bras. A demain.


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20/07/2007

De Tamins Reichenau à Ilanz


Parcours très agréable. Celà débute par une montée jusqu'à deux-cent mètres au-dessus du Rhin antérieur. Une vue grandiose sur la vallée sillonnée par ce cours d'eau depuis quinze-mille ans. Les atteintes apportées par l'humain sont relativement modestes sur ce secteur.
Après trois heures de marche avec vue depuis les hauteurs je replonge dans le canyon et c'est sur sa rive droite que je poursuis sa remontée. Il y a bien des blocs de pierre qui ont été déversés. Ils arrivent à se faire discrets au point de passer presque inaperçus.

 


J'arrive à Castrisch et retrouve un mur sur chaque rive. Il y a une carrière, ceci explique probablement celà.

 


Arrivé à Ilanz en fin d'après-midi et avant de me rendre à mon hébergement du soir, je me désaltère sur une terrasse où le bruit du trafic m'agresse de plein fouet.
Une fois dans ma chambre, je profite d'un poste de télévision pour voir quel temps envisage notre météo nationale. J'apprends que de fortes précipitations se sont abattues sur l'Oberland Bernois alors qu'ici tout est sec.
Le plus édifiant pour moi sont les dégats récurrents causés par ces ruisseaux, torrents et nants, que l'homme s'ingénie à placer entre deux murs d'un tracé rectiligne.
Mais l'eau qui circule sur de si belles autoroutes ne peut que se griser par la vitesse. Tout comme avec nos véhicules, le facteur vitesse est déterminant en cas d'accident.
Un cours d'eau libre s'aménage différents lits. L'un pour son régime habituel, un autre pour ses crues annuelles, décennales, tricennales ou centennales.
Pour quelle raison l'homme continue-t-il de bâtir dans la zone de vie des cours d'eau?
Est-ce pour être une victime potentielle ou une simple raison de fric à court terme? En tous les cas, les cours d'eau entre deux murs, sans vie ou presque et qui peuvent devenir dangereux, sont foison.

 


A demain soir.

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19/07/2007

De Sargans à Tamins


Je rejoins les bords du fleuve et je suis accueilli par un lièvre qui gambade devant moi. La journée ne peut pas mieux débuter.
C'est toujours perché sur une digue que se poursuit cette randonée. Landquart se profile au loin. Trente minutes plus tard, m'y voilà. Petite halte à l'entrée de la localité que je contournerai. J'en profite, comme à chaque halte, pour m'abreuver. C'est cinq à six litres d'eau que je consomme par jour.
Je suis tout excité à l'idée de rencontrer le Rhin libre et j'y crois. Ces quelques blocs de pierres, sous peu ne seront plus.
Il me faut déchanter.

La grande illusion La grande illusion


D'autres digues ne tardent pas à se présenter. Elles sont plus petites, déposées depuis de plus nombreuses années et la végétation fait tout son possible pour les dissimuler ce qui me procure l'ombre bienfaitrice. Je continue donc de marcher sur un mur.
Les localités s'égrènent. Entre Coire et Domat Ems la rive droite me permet de rêver un instant.

La rive den-faceLa rive d'en-face 


Ma femme, virtuose d'internet, (il exagère sévèrement, mais sa fatigue l'excuse. lm) m'a dégotté, comme chaque soir, un hôtel. Cela m'évite ainsi une recherche longue et fastidieuse sur place.
Après neuf à dix heures de marche sac au dos, chaque pas supplémentaire fait dans l'incertitude, est pénible.
Alors, après une petite lessive, une bonne douche, un repas, je vous assure que le lit est le bienvenu.
A demain.

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18/07/2007

De Diepoldsau à Sargans


Longue étape.

En préparant cette randonée avec les cartes, je savais que le tracé allant de St.Margreten à Landquart serait long et monotone.

Assurément, sans la compagnie du Vénérable et les histoires de son enfance à nos jours qu'il me conte à l'oreille ainsi que le soutien de mes proches, je n'aurrais pas tenu le coup.
Dix heures sur une digue, sous le soleil tapant, sans ombre et où chaque pas ressemble au précédent et se copie pour le suivant...
Je ne reviendrai pas sur mes opinons concernant le genre de construction réalisée sans vue d'ensemble.
Mais maintenant je vais dormir, mes pieds n'en peuvent plus.

La fournaise  Depuis la digue

Le prisonnier  La cellule

 

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17/07/2007

De Rorschach à Diepoldsau

Les bains de Rorschach Les bains de Rorschach
Un vent venant du large accompagne mes premiers pas de la journée. Ce vent est porteur du message émis par l'eau du vénérable fleuve en guise de soutien avant d'affronter ler ardeurs du soleil, tout au long des interminables lignes droites, dépourvues d'ombre.
Une heure vingt après mon départ, je prends cogé du Bodensee. Je m'arrête pour le regarder encore une fois et le saluer. Il me souffle à l'oreille : "regarde le bout de chemin que nous avons partagé". Je visualise mon point de départ de ce jour, j'aperçois le clocher du jour précédent, je devine encore la localité que j'ai laissé il y a deux jours. Mais je ne peux remonter plus en arrière. Je reçois son message comme un cadeau précieux.
Le relai est repris par le Rhin. "Alter Rhein". Tout de suite, j'imagine, honneur à son âge, qu'il est choyé. Nenni de son eau. On l'a amputé et ce n'est pas pour autant que l'homme en a retiré les murs. Exception faite de ce secteur "renaturé" où un filet d'eau peut sagement se promener. Le but n'étant pas d'admirer le Vénérable, mais de pouvoir observer quelques oiseaux. C'est bien, mais observer la nature en la pixellisant est terriblement réducteur.
A partir de St.Margrethen, ma progression se poursuit au sommet d'une des digues du haut de laquelle j'imagine le Rhin sillonnant cette vaste plaine, sur un lit de galets, offrant ça et là des zones favorables à la vie et son renouvellement.
L'homme n'y voit qu'un espace monnayable. Il lui suffit de contraindre le fleuve dans un espace réduit. Construction d'une première paire de digue. Le Rhin, un jour, a eu envie de revoir ses anciens espaces de jeu qu'il partageait volontiers. Il sortit donc un instant de son enceinte.
Cela n'a pas du tout plu aux humains. Ni une ni deux, ils lui érigent une secode paire de digues.

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16 juillet : Güttingen - Rorschach

16 juillet : Güttingen - Rorschach


Une nuit réparatrice et c'est reparti pour Rorschach. Je rejoins le bord du Bodan que je longe tant bien que mal jusqu'à Romanshorn. Les rives sont desertées par les humains. Un pêcheur revient du lac. Tout semble rentrer dans l'ordre, jusqu'à la prochaine fin de semaine.

Deux heures de marche dont le suprême intérêt est de faire apprécier les nombreux petits présents tels l'ombre fugitive d'un arbre, une goutte de rosée s'évaporant, m'amènent de Romanshorn à Arbon.

 

Au bord du Bodan dans la région dArbon 

 

Ce tronçon longe le bord de la voie ferrée. Un chemin couvert en alternance de gravier ou de bitume et baigné en permanence par les rayons éclatants du soleil. La fournaise, quoi!

Mais toute chose a une fin et, oh privilège, les instants difficiles sont vite oubliés, offrant plus de grandeur aux autres.

Le soleil me brûle. Mon seul objectif étant de remonter un important cours d'eau de Suisse avec plaisir, je décide de faire une pause accompagnée de quelques brasses. La fraîcheur de l'eau me fait le plus grand bien. Me voilà fin prêt à affronter les ardeurs de Phoebus.

En entrant dans Rorschach, je découvre l'horreur. Malgré l'absence d'ombre, je m'arrête, dépose mon sac à dos, en sors l'appareil photo et fige la honte.

Rorschach

Comment peut-on - au XXI siècle - persister à ce point dans la mutilation des cours d'eau?

De plus, ces atrocités sont accompagnées de conseils technico-scientifiques de spécialistes du génie civil. Je suis conscient qu'il est difficile de gérer des problèmes comportant plus de trois paramètres et pour détourner la difficulté on les réduit, depuis longtemps, comme on réduirait un tableau de Maître à trois pixels pour l'étudier. Pas étonnant qu'ils se rebiffent, les cours d'eau!

Mais ce n'est pas tout. Comme promis, il me faut poursuivre ma réflexion d'hier.

Deux sujets m'interpellent:

Dans la nature, les êtres vivants exercent leurs activités en dépensant un minimum d'énergie. Voyez la truite en train de chasser, les buses se jouant des courants aériens...

Depuis que l'homme a moins à fournir lui même l'effort physique pour survivre, il dilapide les énergies sans réserve. Exemple: pour effectuer un déplacement identique, il faut évidemment plus d'énergie pour un objet de cinq tonnes qu'un de deux-cent kilogrammes. Par ailleurs, la vitesse est devenu synonyme de puissance. Pour déplacer un groupe de personnes, une petite embarcation et un croiseur n'auront pas le même impact sur l'environnement naturel et humain.

Pour être le meneur d'un groupe - comme les autres animaux - nos lointains ancètres devaient se montrer plus fort et plus intelligents que les autres. Par le combat des reines, les vaches valaisannes établissent la hiérarchie de leur troupeau. Les loups obtiennent même le privilège de la reproduction. Leur démonstration de force les positionne à un niveau plus élevé que les autres.

Il y a pourtant une différence fondamentale entre nos ancètres et nos frères contemporains. Pour les premiers, les compétences sont mises à l'épreuve régulièrement. Pour les seconds, l'usage d'accessoires leurre sur les capacités réelles. Nous nous mentons à nous-mêmes comme aux autres. Ainsi, il n'est plus indispenssable d'être le meilleur pour mener le groupe. Il suffit de se positionner visuellement au-dessus des autres, que ce soit en 4x4 ou en croiseur...

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15/07/2007

De Steckborn à Güttingen

Ce matin, j'ai quelques craintes: la rosée est abondante, indicatrice d'une journée ensoleillée. Le départ n'est pas aussi matinal que souhaité. C'est dimanche et le village dort. Je le parcours en tous sens. Il me faut mon petit déjeuner! Le temps passe et mon voeux finit par être exaucé.

Les conseil d'un autochtone orientent ma marche sur un sentier ombragé et dominant le Bodan.

Plus tard, je rejoins les abords immédiats du lac par des chemins faciles offrant une alternance d'ombre, toujours bienvenue, avec les ardents rayons de soleil, trop vigoureux à mon goût.

En ce dimanche, le lac de Constance, plein de bonté et en toute modestie offre détente aux plagistes et aux navigateurs.

Je m'interroge alors sur les raisons profondes des différences entre ces bateaux, petits ou gros à moteurs puissants .

Oui pourquoi, l'animal que nous sommes, a-t-il tant besoin d'afficher des différences. Car, à ce que je sache, nous appartenons au règne animal et si je ne m'abuse, nous n'avons que peu de différence génétique avec une certaine mouche.

Une chose est sûre: nous nous sommes définis nous-mêmes comme étant Supérieurs. Là, quelque chose me gène. C'est le modèle qui établit le canon. Nous sommes donc juge et partie.

Oui, mais la science.....

Eh bien oui, ne lui fait-on pas dire un peu ce que l'on veut?

Petit retour en arrière. Il fut un temps où l'être supérieur, "le blanc", pouvait abattre impunément un animal comme lui-même, mais de couleur différente!

A une époque plus proche, un petit homme portant une petite moustache, s'appuyant sur des évidences médico-scientifiques, décrétait que la race supérieure était blonde aux yeux bleus...

Mais les bateaux dans tout cela?

Je vous en parlerai après une bonne nuit. Il me faut être en forme pour ma prochaine étape.


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14/07/2007

De Schaffhouse à Steckborn

Le chemin est des plus agréable, très facile. Il est tracé sur un mur qui contraint le Rhin à passer où l'homme le tolère. Pas de barrage. En fin de semaine, de très nombreuses embarcations, allant du radeau fait de bric et de broc au bateau transport public en passant par les barques de pêche, naviguent.

Petite halte à Diessenhofen. Je ne doute pas un seul instant, que j'ai, en ce qui concerne l'exercice physique pour la journée, mangé mon pain blanc. Le sentier m'éloigne du vénérable. Je sors du couvert de végétation. La brise fluviale ne me baigne plus. Le soleil m'attend de pied ferme. Les sentiers se muent en route asphaltée.

 

Stein am Rhein

 

Stein am Rhein

 

Stein am Rhein, touristique, mérite le détour. Assoiffé, je m'y désaltère.


Mammern est l'étape prévue. Me sentant en forme je décide de poursuivre. Mal m'en prend. Je me trompe de chemin ce qui accroît singulièrement la distance et le soleil s'en donne à coeur joie.

Exténué, j!arrive enfin à Steckborn.

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13/07/2007

Vendredi 13


Après une bonne nuit, l'étape d'aujourd'hui doit me conduire de Eglisau à Feuerthalen. Rapidement, je dévie de mon itinéraire et décide de marcher sur la rive droite. D'abord, le doute m'assaille. Ai-je fait le bon choix? Le sentier s'éloigne du Rhin. Je consulte la carte et me voilà rassuré il ne tarde pas à rejoindre le vénérable. J'enjambe un cours d'eau dont le nom m'échappe. Dès lors, le chemin me fait prendre de la hauteur. Il ne finit pas de monter. Que veut-il me montrer?

Je débouche en plein vignoble avec une vue sur les Alpes en prime. La nature me fait un cadeau ô combien plus enrichissant que l'Euromillion de ce vendredi 13.

Maintenant, le sentier me ramène sur les berges.

Après m'être désaltéré à Rüdlingen je repars en cherchant la meilleure voie. Un Milan Royal attire mon attention. Il tournoie dans le ciel. Soudain, certain que je l'ai vu, il effectue une longue glissade et émet un cri plaintif, m'indiquant ainsi mon chemin.

A première vue, le Rhin a des berges à l'aspect naturel. Mais la vitesse du courant, trop uniforme et lente, démontre que la main de l'homme a maté les ardeurs du fleuve.

J'arrive dans un secteur "renaturé". Un de ces endroits, où, à grands frais, on essaie de dissimuler les gaffes du passé.

Un bras du vieux Rhin a été reconsidéré tout en le maintenant dans les limites qui nous conviennent. Des tonnes de pierres on été déversées pêle-mêle, offrant ainsi quelques caches à la faune aquatique. Des perches, de nombreux chevaines, quelques gros barbeaux et quatre ou cinq carpes se laissent voir.

Rheinau, je prends place sur une terrasse pour y manger et m'y reposer quelques instants. L'endroit est charmant, les plats bien présentés et j'ai des scrupules à satisfaire la demande de mes pieds. Conssidérant qu'ils fournissent un gros effort, je les sors des chaussures...

De Rheinau aux chutes du Rhin, le fleuve est sous contróle, les berges garnies de gros blocs de pierre y veillent.

La surface de l'eau est couverte d'une mousse blanche. Un bruit nouveau annonce les chutes. Une des merveilles de la nature. La pluie généreuse de ces derniers jours me gratifie d'un spectacle fabuleux. Le débit grossi rend les chutes grandioses.

Schaffhouse se pointe et mon épouse m'avertit que je ne trouverai pas de lit à Feuerthalen. Je décide donc de poser mon sac, de reposer mes pieds et ma tête dans cette petite cité.

 

 

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C'est reparti


Aujourd'hui, ce sera Zurzach - Eglisau. Petite étape, pas de folies. Les pieds sont remis en état et devraient accepter l'épreuve. J'ai opté pour les chaussures de montagne. Elles sont plus lourdes, mais mes pieds les aiment bien. Dans le labeur, il vaut mieux une entente heureuse.

Alors, me revoila remontant le Rhin. Les cabanons des pêcheurs ont fait place aux fortins, vestiges d'une époque peu reluisante, comme tant d'autres et ce n'est pas fini. Ah la gloire des fait d'armes. Passons! Je m'éloigne de mon sujet.

Je scrute, j'observe. Le vénérable a-t-il pu conserver sa liberté sur ce secteur?

Les berges éveillent le doute en moi. En comparant la douceur, l'harmonie des corbes du pré à la dureté de la berge, je dois me rendre à l'évidence: il a subi des sévices, ici aussi.

Ma montée se poursuit. Je cherche des indices de liberté du fleuve. Il sont rares. Lorsque je crois en découvrir, il me faut souvent déchanter. Des pieux plantés, des traverses de bois ou de métal. Il y a aussi ces blocs de pierre, emboîtés les uns dans les autres, alignés - couverts.

Sur le chemin, un orvet vit pleinement cet instant présent en se chauffant au soleil. Je pose mon sac à dos, en extrais ma caméra, la sors de son étui. Mais avant d'avoir le temps de pointer mon objectif sur lui, le reptile s'éclipse en toute discrétion. Je remballe et reprends mon chemin.

Eglisau, le but du jour est atteint. 

A demain

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11/07/2007

Le Rhin

Cette année, c'est le Rhin Suisse que j'ai choisi de parcourir. Alors, les billets seront ceux issus des mails ou sms que mon épouse recevra et c'est à elle qu'incombera le rôle de transmettre les billets de cette randonnée.

Il est 5h40. Je prends le train pour me Rendre à Bâle. Arrivé à la Bahnhof bâloise, il me faut encore prendre le tram. Finalement, une petite marche me conduit à mon point de départ qui se trouve sur la rive droite, à l'extrémité aval du Rhin Suisse.

Tournant résolument le dos à l'Allemagne, je débute la remontée de ce noble fleuve avec l'objectif de rejoindre l'une de ses sources, celle du Rhin antérieur.

Une course avec des barques de pontonniers se déroule sur le cours citadin. 

Des bacs permettent de passer d'une rive à l'autre sans avoir recours à un moteur. 

Je rencontre un premier barrage. Il ponctionne au passage un peu d'énergie au fleuve que l'on contraint à passer entre des murs, le privant de liberté et lui volant ainsi quelques hectares. 

Je passe un lieu tristement célèbre: Schweizerhalle. La catastrophe écologique qui s'y rattache aura permis une timide prise de conscience et peut-être, un jour, les saumons, truites de mer, remonteront se reproduire dans ces zones qui étaient les leurs. 

Les pêcheurs ont construit de petites cabanes auprès desquelles sont suspendus des carlets. Un peu plus loin, des pêcheurs appâtent. 

Mes pas me portent en amont vers la centrale nucléaire de Leibstadt. Que ne ferions-nous pas pour satisfaire notre boulimie d'énergie. Un surplomb laisse apparaître un bout de Rhin qui semble encore libre. Est-ce  un rêve ou la réalité? J'enjambe l'Aar, un autre cours d'eau victime. En le remontant l'an passé, il ma fait pitié. Sans considération, arbitrairement, il a été jugé et incarcéré pour mieux l'asservir.

Après deux jours je rejoins Zurzach. Mes pieds, pour la première fois, ont mal supporté ce trajet et me contraignent à un arrêt forcé.


 

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05/07/2007

Le Taureau

Ce mardi 20 mai 1961, c’est dans mon indifférence et ignorance totale qu’une loi sur l’amélioration bovine est adoptée par le Grand Conseil du canton de Fribourg.
Perché sur mon vélo je me rends au pont de la douane de Sauverny. Le trajet de la ville de Genève à Sauverny m’est devenu coutumier. Il m’arrive plusieurs fois par semaine d’effectuer ce parcours en fin de journée pour le coup du soir (moment béni du pêcheur à la mouche).
Arrivé à bon port j’appuie la bicyclette contre un mur. Déjà équipé, il me reste à monter la canne et choisir la mouche. Fin prêt, je descends les quelques marches qui me conduisent sous le pont au bord de l’eau. Sur le radier à l’aval du pont, de nombreux ronds témoignent de l’activité du poisson noble. Les truites sont à table.
Je remonte le cours, pêchant les postes qui me sont accessibles. Malgré mes lancers peu précis, les prises sont régulières.
J'arrive devant une clôture. Un passage est aménagé pour les humains. Un coup d'œil sur le champ que je m'apprête à traverser. Ma vue se focalise sur un groupe de ruminants qui s'y trouvent. Parmi ceux-ci, il y en a un qui attire toute l'attention du citadin que je suis. C'est un taureau, j'en suis sûr. Son front est tout frisé.
Je prends mon courage à deux mains et entame ma traversée tout en gardant un œil sur cet énorme taureau. Mais voilà, il m'a repéré et se dirige dans ma direction. Rapidement je localise le chemin de fuite. L'animal accélère son pas. La rivière est  mon salut. Je remonte les cuissardes et pénètre dans l'eau en prenant soin de tenir le haut entre trois doigts, le pouce dans la botte de gauche, le majeur dans la droite et l'index entre les deux. Ce procédé me permet de déterminer la profondeur ultime avant d'embarquer 1). Le taureau est là, il a traversé le bosquet. Fort de la supériorité évidente de l'homme sur l'animal je remonte prudemment la rivière. Pour franchir certains endroits, je m'aide des branches basses des arbres. La distance parcourue ainsi me paraît suffisante.  Pas d'eau dans les bottes. Je décide de ressortir et pose la canne contre un arbre. Encore un regard circonspect sur les environs. Rien en vue. Mes deux mains se positionnent sur la berge, les doigts se font face, mes muscles se tendent et d'un bond je me hisse sur la berge et là, nez à nez avec le bovin, je croise les yeux de l'animal. D'une détente sûre et déterminée, mes bras me propulsent en arrière où l'eau m'accueille fraîchement. Quelques brasses pénibles, les bottes pleines, me ramènent vers la berge. Trempé et vexé je ressors. Le bovidé a disparu. La partie de pêche se poursuit encore un instant, mais ce bain forcé l'abrège.
Le taureau terrifiant c'est avéré être une génisse curieuse comme elle le sont toutes. Pour sûr elle a passé un bon moment en déjouant mon stratagème.

1) embarquer signifie remplir ses bottes accidentellement d'eau.

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