13/08/2007

Vie en eau douce

Pendant ma remontée du Rhin, de nombreux sujets ont eu l'opportunité de refaire surface à plusieurs reprises. Les interrogations portent principalement sur l'état de nos cours d'eau. D'autres thèmes, plus généraux, ont surgi aussi.
Je prendrai la Versoix comme référence, car c'est la rivière que je côtoie plus spécifiquement. Ceci n'exclut pas d'autres cours d’eau.

Début de la seconde moitié du XX ème siècle.

Environnement dulcicole.
Faire une montée et rentrer bredouille est rare, pour ne pas dire exceptionnel. En descendant vers la rivière pour le coup du soir, mon père m'instruit qu'il fut un temps où des pêcheurs professionnels s'activaient dans la haute Versoix. A l'aide de barques, ils relevaient régulièrement les filets avec de nombreuses prises.
Parvenu au bord de l'eau je vois des oiseaux au long bec courbe,en picorant ça et là en marchant sur les herbiers qui émergent.
La présence d'épreintes fraîches sur une touffe est là pour témoigner du passage récent d'une loutre. Hélas cette reine des cours d'eau est en voie de disparition. Le mustélidé est chassé car il fait concurrence au seul super-prédateur qui s'attribue tous les droits et toutes les possessions. Une autre cause de sa disparition pointe à l'horizon, pour l'instant on n’en a pas encore conscience, la pollution.
Le soleil descend vers le Jura. Sa présence en cette fin de journée stimule les dernières éclosions d'éphémères de la journée. Elles sont en nombre impressionnant, rassemblées et forment de vrais nuages qui montent et descendent dans un ballet parfaitement orchestré. Les truites gobent de tous côtés. La chance que mon imitation choisie soit prise est bien faible. Le jeu est inégal face à ces arthropodes aux ailes finement nervurées, à l'abdomen aux motifs délicats. Ces amas font le bonheur des hirondelles, filant au raz de l'eau.
Dans la zone rivulaire et sous la chaleur des derniers rayons de soleil, les plécoptères terminent leur métamorphose. Les femelles fécondées ne tardent pas à prendre leur premier envol avant d'entamer le dernier voyage, celui dévolu à la reproduction. Elles se posent sur tout perchoir potentiel. Le pêcheur se voit ainsi fréquemment envahi.
Du soleil, il ne reste qu'un segment circulaire fondant rapidement et le voilà englouti par le Jura.
C'est la période des trichoptères. Près de la rive, ils émergent en masse. Aidés de leurs longues pattes, ils glissent sur l'eau et regagnent la berge. Instant de vulnérabilité pour ces phryganes. Agape céleste pour les salmonidés. Les premiers gobages parviennent à mes oreilles. De grosses truites se sustentent en toute discrétion. La nuit tombe. Mon attention est à son comble. Il faut discerner entre les nombreux "plocs" ceux qui trahissent la présence de la grosse "mami". Je suis à l'affût des moindres bruits, aidé des pâles rayons d'une lune gibbeuse jouant à cache-cache avec les nuages.
En arrivant à la maison, après moins de dix kilomètres, mon père doit nettoyer le pare-brise de la voiture couvert de cadavres d'insectes.

À l'aube du XXI ème siècle.
Faire une montée et rentrer bredouille est coutumier. Même les loutres ne prélèvent plus de truites. Il y belle lurette qu'elles ont déserté les lieux.
Avec un petit filet placé en travers du courant, à divers niveaux, en remuant le fond, tournant les pierres, raclant les piles de ponts ou les gros blocs de cailloux, j'espère prélever des spécimens d'hexapodes à l'état nymphal ou émergeant.
Mon constat est affligeant.
Les plécoptères ne se posent plus sur le pêcheur. Ils ont déserté cette eau.
Les éphémères sont rares et plusieurs espèces ont disparu. Fini les amas dansant au-dessus de la surface.
Les trichoptères sont trop clairsemés pour alerter les farios.
Au coucher du soleil, j'ai beau tendre l'oreille. Si, par miracle, un "ploc" ou l'onde née d'un gobage se fait remarquer, il ne se renouvellera pas.
En rentrant, je n'ai pas de pare-brise à nettoyer. Rares sont les insectes qui voltigent autour des candélabres. Les araignées n'ont plus de raison de tisser leur toile, leur gibier manque.

Qu'est-ce qui explique ces changements ?
Pollutions, modifications hydromorphologiques, industrialisation, pression démographique, prédation (de l'homme ou d'autres espèces), agriculture.
Pour quelles raisons a-t-on tant tardé à réagir.
Je considère que le phénomène n'est pas l'œuvre d'une seule cause.

19:45 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Merci pour cet article si intéressant. En effet, les causes de la disparition de la vie aquatique semblent être plusieurs. Je voudrais bien qu'on trouve encore des loutres. En Suisse, la loutre est officiellement éteinte depuis 1990; les cours d'eau suisses sont tout aussi pollués que les français ou les britanniques, et pourtant il y a toujours des loutres en France et en Grande-Bretagne. Il paraît même qu'elles sont en train de reconquérir des zones autrefois désertées, à la faveur de l'interdiction de la chasse. C'est assez mystérieux, mais il semble que certains animaux peuvent continuer à vivre et à se reproduire dans des endroits densement peuplés et bruyants, comme les lièvres dans les aéroports. D'autres ne le peuvent pas.

Écrit par : inma | 14/08/2007

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