20/09/2007

Paroles d'odeurs

Ce soir je me suis rendu à la pêche dans l'espoir de revivre un de ces coups du soir d'antant.
Je regarde le soleil descendre à la rencontre du Jura, se glisser entre deux sommets de manière à faire un dernier clin d'oeil au Léman. Il s'écoule paisiblement pour ne laisser qu'un fin secteur rouge avant de disparaître.
Ephémères et trichoptères ont attendu cet instant transitoire qui voit les couleurs mûrir avant de jouer avec les gris. Cet instant éphémère est celui choisi par nos insectes pour se retrouver par nuées à danser au dessus de l'eau. Ballet promesse de vie et annonciateur  de mort, mais aussi de festin. Moment de ripaille pour les truites.
Les premiers gobages vifs ne tarderont pas à devenir discrets. C'est celui des truites qui ont de l'expérience. Elles se nourrissent avec calme, sûreté. Les mouvements sont précis et aussi limités que possible.
Mon ouïe est à l'affût de ces succions. Mes yeux scrutent la moindre onde à la surface de l'eau.
Mais ce n'est ni le timbre ni la direction attendu qui capte mon attention. Dans mon dos, un bruissement de roseaux qui se frôlent. Pourtant ce n'est pas le vent qui les agite. Un léger grognement mobilise tous mes sens. Les roseaux bougent. De petits souffles surgissent de là où se balance le carex. Je me baisse lentement tout en conservant une vision totale dans la direction des bruits et des mouvements.
Mon cœur se met à battre, non de peur mais de bonheur. Ma respiration cesse. A huit pieds et demi, une longueur de canne, vient de surgir une harde de sangliers. Des femelles, des bêtes rousses et une vieille laie.
La laie relève le groin, renifle l'air. Elle émet quelques petits grognements et voilà toute la petite troupe qui fait demi-tour. Une fois qu'ils ont disparu de ma vue, c'est la laie qui détale à son tour. Elle ma senti et fait mettre tout le clan à l'abri avant de les rejoindre.
Je les imite à renifler l'air. C'est peut-être pour mieux reprendre mon souffle. L'image de cet instant se grave dans ma mémoire.
La nuit a pris ses quartiers. Il est temps pour moi de rentrer. Aucun trichoptère, pas plus d'éphémère et aucun gobage. Qu'à cela ne tienne, cette rencontre m'a comblé.

23:19 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Merci pour avoir partagé ce moment de paix et de sérénité. Grâce à vous, je me suis évadé l'espace d'un instant pour respirer ce moment que vous avez tellement bien décrit.
Magnifique et merci.
Bien à vous,
Stéphane

Écrit par : Stéphane | 21/09/2007

Ne pouvant plus pêcher depuis plus de 15 ans il ne me reste plus que mes souvenirs et des écrits tels que les votres pour donner un peu de lumière dans mon quotidien et je vous dis un grand merci.

Taquinant la truite en montagne, au toc, combien de fois je me suis réveillé au pied d'un arbre le soir après le boulot, après avoir cassé mon bas de ligne et m'étant endormi, sans avoir terminé le nouveau montage; combien de fois me suis-je trouvé nez à nez avec un chevreuil ou un écureuil et même une fois avec une belette qui dormait au dessous de mes pieds, je me souviens qu'en prenant mon casse-croûte, une mésange huppée venait quémander des miettes de pain.

Va Jean-Pierre, pèche tant que tu peux mais surtout envoie-nous tes émotions car je te lis à chacune de tes nouvelles; merci pour ton voyage au bord du Rhin qui m'a dépaysé.

Écrit par : Michel Werlen | 21/09/2007

Les commentaires sont fermés.