30/09/2007

Le retour

Ce dimanche 30 septembre est le dernier jour de pêche en rivière de l'année sur le canton de Genève.
Étrangement, je n'éprouve aucun déplaisir à l'arrivée de cette période de trêve. Bien au contraire, je brûle d'impatience de revoir les grosses truites lacustres entamer leur migration et revenir dans la région qui les a vus naître. Elles n'attendent que le signal du grand jour annoncé par les premières crues automnales.
Qu'elles soient lacustres ou farios, toute leur énergie sera dévolue à ce voyage plein de dangers et d'obstacles à franchir.
Les voir se battre contre le courant, effectuer des sauts impressionnants pour atteindre le niveau supérieur d'une cascade est un spectacle qui force mon admiration et dont je ne suis pas près de me lasser.
Une fois le lieu de reproduction atteint, les femelles cherchent l'emplacement le plus favorable pour y déposer les œufs. Puis elles s'activent à retourner les cailloux afin que l'eau puisse y apporter l'oxygène indispensable à la vie. Quand l'emplacement est fin prêt à recevoir le précieux trésor, les mâles viennent se placer au côté de la femelle pour couvrir de leur laitance les petites perles oranges. Cette activité est répétée à plusieurs reprises puis, épuisées, elles entament le retour. Les nageoires affichent les preuves évidentes qu'elles n'ont pas ménagé leurs efforts dans un seul but: transmettre la vie.

 

21:49 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

20/09/2007

Paroles d'odeurs

Ce soir je me suis rendu à la pêche dans l'espoir de revivre un de ces coups du soir d'antant.
Je regarde le soleil descendre à la rencontre du Jura, se glisser entre deux sommets de manière à faire un dernier clin d'oeil au Léman. Il s'écoule paisiblement pour ne laisser qu'un fin secteur rouge avant de disparaître.
Ephémères et trichoptères ont attendu cet instant transitoire qui voit les couleurs mûrir avant de jouer avec les gris. Cet instant éphémère est celui choisi par nos insectes pour se retrouver par nuées à danser au dessus de l'eau. Ballet promesse de vie et annonciateur  de mort, mais aussi de festin. Moment de ripaille pour les truites.
Les premiers gobages vifs ne tarderont pas à devenir discrets. C'est celui des truites qui ont de l'expérience. Elles se nourrissent avec calme, sûreté. Les mouvements sont précis et aussi limités que possible.
Mon ouïe est à l'affût de ces succions. Mes yeux scrutent la moindre onde à la surface de l'eau.
Mais ce n'est ni le timbre ni la direction attendu qui capte mon attention. Dans mon dos, un bruissement de roseaux qui se frôlent. Pourtant ce n'est pas le vent qui les agite. Un léger grognement mobilise tous mes sens. Les roseaux bougent. De petits souffles surgissent de là où se balance le carex. Je me baisse lentement tout en conservant une vision totale dans la direction des bruits et des mouvements.
Mon cœur se met à battre, non de peur mais de bonheur. Ma respiration cesse. A huit pieds et demi, une longueur de canne, vient de surgir une harde de sangliers. Des femelles, des bêtes rousses et une vieille laie.
La laie relève le groin, renifle l'air. Elle émet quelques petits grognements et voilà toute la petite troupe qui fait demi-tour. Une fois qu'ils ont disparu de ma vue, c'est la laie qui détale à son tour. Elle ma senti et fait mettre tout le clan à l'abri avant de les rejoindre.
Je les imite à renifler l'air. C'est peut-être pour mieux reprendre mon souffle. L'image de cet instant se grave dans ma mémoire.
La nuit a pris ses quartiers. Il est temps pour moi de rentrer. Aucun trichoptère, pas plus d'éphémère et aucun gobage. Qu'à cela ne tienne, cette rencontre m'a comblé.

23:19 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (2)

09/09/2007

Hydromorphologie


Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on porte des modifications à nos cours d'eau. Ils ont subi des corrections du tracé, restrictions du lit, déviations, aménagements de plans d'eau et captages. Les Romains ont effectué des ouvrages importants en construisant des canaux et autres aqueducs, conduisant tout ou partie d'un cours d'eau en d'autres lieux. Une partie de l'eau de la Versoix était utilisée pour alimenter Nyon. Les usagers profitaient ainsi d'une eau claire et fraîche.
La force de l'eau était utilisée pour moudre le grain, battre le fer. La fabrication du papier et des indiennes fait un large usage de l'eau. On en retrouve de nombreux vestiges le long des ruisseaux, rivières et fleuves.
La mécanisation nous permet de sculpter à notre guise l'espace et le tracé d'écoulement, avec plus d'aisance et plus rapidement. Nous sommes persuadés de notre suprématie. La nature se doit d'être à notre botte.
Mais il ne faut pas oublier qu'à chaque action correspond une réaction qui peut mettre du temps avant de se manifester. La nature vit à son rythme, bien plus lent que le nôtre. Mais tôt ou tard dame nature fera tout pour retrouver son équilibre.
L'occupation des sols au détriment des cours d'eau n'est pas sans conséquences. Les rivières perdent leur pouvoir d'hébergement de la faune aquatique. Le manque d'espace ne permet plus d'absorber les crues. La vitesse prise par l'eau sur les tronçons rectilignes donne à l'eau une énergie cinétique dévastatrice. Drainage et imperméabilisation ne permettent plus au sol de jouer son rôle d'éponge et de filtre. Lors de précipitations l'eau est rapidement conduite vers les cours d'eau, emportant par la même occasion nombre de produits qui ne leur sont pas destinés. Quelques jours de sécheresse et voilà qu'il faut prélever dans les rivières pour satisfaire l'arrosage.
Les barrages construits sans autres considérations que le profit ont anéanti un nombre important de cours d'eau. Les marnages issus des retenus et lâchers d'eau en fonction des besoins des producteurs d'hydroélectricité détruisent la vie aquatique. Cette énergie n'est pas écologique. Elle est encore renouvelable. Jusqu'à quand?
Il est heureux de voir quelques belles réussites de renaturation. Ces travaux sont encore trop rares, mais il est permis de rêver.
Peut-être verra-t-on un jour des entrepreneurs prendre en compte tous les effets collatéraux à leurs projets.

21:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)