04/11/2007

A l'écoute de la pensée

Samedi, belle journée d'automne. Assis sur une vieille souche tordue par le temps.
Mes pensées prennent leur liberté. Les savoir indépendantes me fait du bien. Elles ne s'absentent jamais très longtemps. A leur retour, j'aime les écouter. Elles m'invitent à lever délicatement un coin d'écorce. Alors, doucement mes doigts tirent un coin de cette peau. Une vie riche se révèle. Le nombre et la diversité des espèces que je découvre là me surprend et mon ignorance accroît ma frustration. Afin de ne pas intensifier le stress ambiant parmi cette population grouillante, j'abaisse l'enveloppe avec précaution. Je comprends alors que l'arbre s'est éteint tout en offrant la vie.
Ce bout de bois mort fait désordre dans la mentalité de trop nombreuses personnes, conditionnées au "propre en ordre aligné couvert". Mes pensées qui, tout à l'heure vagabondaient, m'ont permis de découvrir que la vie s'épanouit dans un désordre apparent de la nature. Le parc, le jardin bien entretenus, ordonnés, soignés avec leur gazon régulier représentent l'anti-chambre de la fin.
Elles, les pensées, veulent éveiller mon attention sur quelque chose, mais quoi ?
Je ferme les yeux pour que d'autres sens puissent s'exprimer. La brise entraîne les odeurs à mon nez, l'air porte le chant de l'eau à mes oreilles.
Cette mélopée exalte ma mémoire et me rappelle cet article paru dans un hebdomadaire relatant les soucis d'alimentation en eau d'une région proche et dont les élus politiques et autres décideurs ont cru que la source dans laquelle ils pompaient était inépuisable.
Courte vue, manque de réflexion, incompétence ou ignorance ? Navrant, en tous cas!
Canalisations, corrections, assainissements et j'en passe, que n'a-t-on pas fait subir aux cours d'eau et milieux humides...
Aujourd'hui, à grands frais, on renature, on aménage dans le but de permettre à la vie de reprendre ou de s'y maintenir. J'espère qu'il n'est pas trop tard!
La complainte qui arrive à mon oreille est émise par le canal qui s'étire à la pointe de mes pieds et dont quelques pêcheurs et moi avons la gestion. Il doit offrir un espace favorable à la reproduction et au développement des truites.
Où faut-il disposer les pierres, les souches et branches de manière à ce que le canal puisse devenir un milieu de vie, où chaque espèce y trouve son compte?
Une voix me susurre : essaie de devenir eau et tu trouveras la réponse.

17:26 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Jean-Pierre,

une fois de plus, je me repose en lisant votre texte.

Exceptionnel, un vrai talent Jean Pierre...

Je persiste et signe, vous avez un vrai talent.

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 06/11/2007

"...l'arbre s'est éteint tout en offrant la vie." Quelle belle représentation imagée du perpétuel renouveau, du lien entre le très grand et l'infiniment petit, de l'équilibre toujours déstabilisé. Merci de nous faire vivre ces moments de répit et d'observations que nous oublions trop souvent de prendre, emportés par nos quotidiens chronométrés.

Écrit par : Nicolas | 07/11/2007

"...l'arbre s'est éteint tout en offrant la vie." Quelle belle représentation imagée du perpétuel renouveau, du lien entre le très grand et l'infiniment petit, de l'équilibre toujours déstabilisé. Merci de nous faire vivre ces moments de répit et d'observations que nous oublions trop souvent de prendre, emportés par nos quotidiens chronométrés.

Écrit par : Nicolas | 07/11/2007

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