21/11/2007

Jour de bise

La bise s'en donne à cœur joie et sans ménager ses efforts elle entraîne qui veut à jouer avec elle. La terre peut, ne serait-ce qu'un instant, se soulever en tourbillonnant ça et là, mimant l'intégrale tout en traversant mon champ de vision en clé de fa. Quelle offrande que ce spectacle.
Les arbres se laissent emmener dans une danse effrénée, rythmée par les rafales. Les feuilles des arbres et des buissons prennent leur liberté en se laissant emporter, jouant avec les rayons de soleil et dispersant un nombre impressionnant de petits messages, parsemant le ciel de subtiles touches de couleurs.
L'herbe quant à elle préfère s'incliner respectueusement à chaque bouffée d'air.

Le lac en frémit. Il en est tout retourné, laissant libre cours aux « chevaux blancs » qui, bride abattue, le parcourent. Sa respiration devient profonde et ce n'est que bonheur pour ses occupants.
La Versoix, cachée par la végétation, profite aussi de ce souffle. Les grands plats, d'ordinaire placides, se mettent à frémir, renvoyant sous forme d'éclats dansants les rayons de lumière . La surface ne reflète plus, comme un miroir, la toile de ses rives. Ici une brindille nage à contre-courant, traçant un bref sillon au passage.

Levant un court instant les yeux vers le ciel, je vois que les nuages ne sont pas en reste. Ils courent, se dépassent, jouent à saute-mouton, fusionnent ou se défont formant à chaque instant de nouvelles images. À leur guise ils font apparaître ou disparaître les rayons d'un soleil déjà moins ardent. Arrivée de sieur hiver oblige.
Des oiseaux se jouent des courants. Faisant face au vent du Nord, ils y prennent appui pour s'élever. Une pirouette et les voilà emportés à grande vitesse, surfant sur les couches d'air.

Bien trop occupées à rechercher le lieu propice à leur nuit de noces, deux truites évoluent sans prêter attention à toute cette excitation. Leur objectif du moment est un emplacement propice à déposer les œufs en assurant une bonne oxygénation. La femelle sonde le lit alors que le mâle écarte, avec vigueur, tout prétendant.

Les poils de Carex (mon chien), en totale symbiose avec les tons de l'automne, acceptent de jouer avec la bise, faisant émerger de subtiles nuances. Mon compagnon à quatre pattes, avec le flegme qui le caractérise, ne s'en offusque pas. La truffe au vent, fier comme Artaban, il guide mon chemin.
Bien à l’abri dans mon manteau, les mains calées au fond des poches, le chapeau vissé sur la tête, je prends plaisir à sentir le vent froid me fouetter le visage tout en fredonnant " La Truite" de Schubert . Les oreilles glacées me rassurent, je ne rêve pas et une fois rentré à la maison, elles ne tarderont pas à devenir brûlantes.

21:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Bonjour Jean Pierre,

comment ne pas se laisser emporter par vos textes...

Les lires, fermer les yeux et se laisser porter par les images, les odeurs, les sensations qu'ils apportent au lecteur qui "glacé" bien au chaud dans un salon un bureau a ressenti cette bise...

Magnifique.

Bien à vous Jean-Pierre,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 21/11/2007

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