25/11/2007

Crue d'automne

Enfin, la pluie est revenue. La terre a pu boire. Elle en avait bien besoin. Les rivières ont grossi, déclarant ouverte la période de reproduction des truites et minimisant la proportion eau - polluants.
Impatient de revoir les truites sauter, je me suis installé au pied d'une chute, le regard balayant la zone la plus propice. Ce secteur où, l'an passé, j'ai admiré de nombreuses salmo trutta lacustris en pleine migration.
À l'amont du barrage l'eau glisse comme un miroir dans la pénombre, elle envoie des reflets vert épinard accompagnés de bleu de prusse et les remous sourds, ceux venant du fond, se strient de jais.
Passant le couronnement du barrage l'eau se prosterne. Lisse, elle entame sa descente. La couleur change. Proche de moi, elle vire à dominance ocre. Plus loin, elle devient d'un vert hooker éclatant. Stoppée dans sa glissade, elle s'élève, se retourne et de frayeur, elle en pâlit. La dégringolade se poursuit avec des rebonds impressionnants. Elle s'habille de topaze avec des touches tilleul.
Au pied de l'ouvrage, emportée dans son élan elle plonge pour resurgir, emportant au passage quelques feuilles mortes quelle expédie haut dans les airs. Il s'ensuit un bouillonnement intense qui se pare d'écru. Tout déboussolés, des courants se dirigent vers l'amont. D'autres ont hâte de retrouver la surface et jouent des coudes; certains hésitent. Finalement, ils retrouvent le chemin et ensemble se dirigent dans la bonne direction tout en respectant le rythme de chacun. Frémissante, notre rivière poursuit son chemin.
À la surface, des bulles se forment. Petites au départ, elles ne tardent pas à grossir pour éclater, permettant au liquide de vie de reprendre sa couleur.
Deux bonnes heures ont passé. Pas une truite! Ce sera pour une autre fois.
J'ai du mal à quitter les rives sans avoir vu une nageoire. Je descends sous le pont du chemin de fer et scrute le fond du lit. À l'amont de la passe à poisson, en plein courant, une belle lacustre se joue de la vitesse de l'eau et semble se maintenir sans effort. C'est fascinant. Par un volte-face foudroyant, elle descend de quelques décimètres et reprend sa place. Était-ce pour attraper une proie ? Je ne le saurai pas. Mais une chose est certaine : elle sait admirablement exploiter les lames d'eau.


Sur le chemin du retour résonne encore à mes oreilles le tumulte de la chute d'eau. Et là, sans peine, j'imagine le brouhaha des débats politiques. L'analogie entre ces courants qui cherchent leur chemin, jouent des coudes avec nos chers, très chers élus. Mais là s'arrête la comparaison. Les courants ont repris leur chemin dans le respect de chacun, dans un intérêt commun.
Je vous invite vivement à lire les billets de Stephane Valente qui analyse avec intelligence, subtilité et humour, sans parti pris, les dires de nos politiques.

18:51 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

21/11/2007

Jour de bise

La bise s'en donne à cœur joie et sans ménager ses efforts elle entraîne qui veut à jouer avec elle. La terre peut, ne serait-ce qu'un instant, se soulever en tourbillonnant ça et là, mimant l'intégrale tout en traversant mon champ de vision en clé de fa. Quelle offrande que ce spectacle.
Les arbres se laissent emmener dans une danse effrénée, rythmée par les rafales. Les feuilles des arbres et des buissons prennent leur liberté en se laissant emporter, jouant avec les rayons de soleil et dispersant un nombre impressionnant de petits messages, parsemant le ciel de subtiles touches de couleurs.
L'herbe quant à elle préfère s'incliner respectueusement à chaque bouffée d'air.

Le lac en frémit. Il en est tout retourné, laissant libre cours aux « chevaux blancs » qui, bride abattue, le parcourent. Sa respiration devient profonde et ce n'est que bonheur pour ses occupants.
La Versoix, cachée par la végétation, profite aussi de ce souffle. Les grands plats, d'ordinaire placides, se mettent à frémir, renvoyant sous forme d'éclats dansants les rayons de lumière . La surface ne reflète plus, comme un miroir, la toile de ses rives. Ici une brindille nage à contre-courant, traçant un bref sillon au passage.

Levant un court instant les yeux vers le ciel, je vois que les nuages ne sont pas en reste. Ils courent, se dépassent, jouent à saute-mouton, fusionnent ou se défont formant à chaque instant de nouvelles images. À leur guise ils font apparaître ou disparaître les rayons d'un soleil déjà moins ardent. Arrivée de sieur hiver oblige.
Des oiseaux se jouent des courants. Faisant face au vent du Nord, ils y prennent appui pour s'élever. Une pirouette et les voilà emportés à grande vitesse, surfant sur les couches d'air.

Bien trop occupées à rechercher le lieu propice à leur nuit de noces, deux truites évoluent sans prêter attention à toute cette excitation. Leur objectif du moment est un emplacement propice à déposer les œufs en assurant une bonne oxygénation. La femelle sonde le lit alors que le mâle écarte, avec vigueur, tout prétendant.

Les poils de Carex (mon chien), en totale symbiose avec les tons de l'automne, acceptent de jouer avec la bise, faisant émerger de subtiles nuances. Mon compagnon à quatre pattes, avec le flegme qui le caractérise, ne s'en offusque pas. La truffe au vent, fier comme Artaban, il guide mon chemin.
Bien à l’abri dans mon manteau, les mains calées au fond des poches, le chapeau vissé sur la tête, je prends plaisir à sentir le vent froid me fouetter le visage tout en fredonnant " La Truite" de Schubert . Les oreilles glacées me rassurent, je ne rêve pas et une fois rentré à la maison, elles ne tarderont pas à devenir brûlantes.

21:29 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

04/11/2007

A l'écoute de la pensée

Samedi, belle journée d'automne. Assis sur une vieille souche tordue par le temps.
Mes pensées prennent leur liberté. Les savoir indépendantes me fait du bien. Elles ne s'absentent jamais très longtemps. A leur retour, j'aime les écouter. Elles m'invitent à lever délicatement un coin d'écorce. Alors, doucement mes doigts tirent un coin de cette peau. Une vie riche se révèle. Le nombre et la diversité des espèces que je découvre là me surprend et mon ignorance accroît ma frustration. Afin de ne pas intensifier le stress ambiant parmi cette population grouillante, j'abaisse l'enveloppe avec précaution. Je comprends alors que l'arbre s'est éteint tout en offrant la vie.
Ce bout de bois mort fait désordre dans la mentalité de trop nombreuses personnes, conditionnées au "propre en ordre aligné couvert". Mes pensées qui, tout à l'heure vagabondaient, m'ont permis de découvrir que la vie s'épanouit dans un désordre apparent de la nature. Le parc, le jardin bien entretenus, ordonnés, soignés avec leur gazon régulier représentent l'anti-chambre de la fin.
Elles, les pensées, veulent éveiller mon attention sur quelque chose, mais quoi ?
Je ferme les yeux pour que d'autres sens puissent s'exprimer. La brise entraîne les odeurs à mon nez, l'air porte le chant de l'eau à mes oreilles.
Cette mélopée exalte ma mémoire et me rappelle cet article paru dans un hebdomadaire relatant les soucis d'alimentation en eau d'une région proche et dont les élus politiques et autres décideurs ont cru que la source dans laquelle ils pompaient était inépuisable.
Courte vue, manque de réflexion, incompétence ou ignorance ? Navrant, en tous cas!
Canalisations, corrections, assainissements et j'en passe, que n'a-t-on pas fait subir aux cours d'eau et milieux humides...
Aujourd'hui, à grands frais, on renature, on aménage dans le but de permettre à la vie de reprendre ou de s'y maintenir. J'espère qu'il n'est pas trop tard!
La complainte qui arrive à mon oreille est émise par le canal qui s'étire à la pointe de mes pieds et dont quelques pêcheurs et moi avons la gestion. Il doit offrir un espace favorable à la reproduction et au développement des truites.
Où faut-il disposer les pierres, les souches et branches de manière à ce que le canal puisse devenir un milieu de vie, où chaque espèce y trouve son compte?
Une voix me susurre : essaie de devenir eau et tu trouveras la réponse.

17:26 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (3)

01/11/2007

Le vélo

Je vous ai déjà parlé de mon vélo? Mais oui, la chute!. Cet engin a aussi son histoire. Il ne m'a pas attendu pour effectuer ces premiers kilomètres. Mon père l'a utilisé intensivement pendant de nombreuses années avant de le remiser à la cave. Le bicycle connaît toutes les rivières du bassin Genevois et bien des rivières plus lointaines.
Un jour, mon grand père me propose de descendre avec lui à la cave. C'est toujours avec plaisir que je me rends dans ce lieu sombre, poussiéreux, mais ô combien chargé d'histoire par les objets qui y dorment. Même les odeurs me parlent.
L'accès à ce lieu est protégé par une porte constituée de barreaux métalliques. Mon grand-père introduit la clé dans la serrure. Il la tourne une première puis une seconde fois, libérant ainsi le loquet. Maintenant, la porte pivote sur ses gonds. Nous descendons les escaliers, que l'on sent fatigués par le temps, les marches en molasse sont usées, tordues, lisses, quelques bords ébréchés. La dernière marche nous conduit sur un sol de terre battue.
Mon Grand Père allume sa lampe de poche et c'est à la lueur de celle-ci que nous atteignons la porte de la cave. Il l'ouvre et dirige le faisceau de lumière jaunâtre en direction de la paroi de droite. La silhouette d'un vélo apparaît sous les toiles de poussière et d'araignées qui le couvrent. Mon Grand Père me raconte la vie de ce vélo avant de me proposer le vénérable objet. Devinant mon bonheur, il libère le cycle de ses toiles, le décrocher du mur sur lequel il est suspendu et me dit: « il est à toi». Une fois remonté sur le trottoir, les pneus gonflés, la selle réglée, j'embrasse mes Grand-Parents et c'est très fier que je marche aux côtés de mon vélo.
Les moments libres sont consacrés à préparer le cycle, nettoyage, réglage, changement des pneus, ponçage des gardes-boues et même le cadre est repeint en bleu roi avec un filet d'or.
Le printemps est la et la nature s'éveille, la pêche est ouverte, la petite reine est prête.
Tout n'est pas acquis pour autant. Il me faut convaincre ma mère afin qu'elle accepte que je puisse me servir de ce moyen de locomotion pour aller à la pêche. Mon esprit étant souvent en promenade du coté de l'astre de la nuit, je comprends la crainte de maman.
Il me faudra l'aide de copains qui lui assurent de bien veiller sur le doux rêveur.
C'est en pédalent que je vais à la découverte d'autres lieux de pêche.

21:46 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)