05/12/2007

Noël dites vous

Nous approchons des fêtes de fin d'année. Je ferme les yeux et me revoilà cinquante ans plus jeune.
C'est la veille de Noël. La table est agrandie, prête pour les agapes. Le sapin s'illuminera de mille feux. Ma mère s'active, chaque détail est soigné, il faut que tout soit parfait.
Mon père me propose d'aller voir la remonte des truites. Je crois que c'est pour ne pas gêner maman dans son travail. Des truites, j'en ai souvent vu dans la baignoire et je sais elle ne sautent pas. Qu'à cela ne tienne. Il y a des amis de papa, Momo et Serge. Momo parle en argot et il a beaucoup d'histoires à raconter. Je ne comprends pas grand-chose, mais il nous fait toujours rire. Le voyage passe vite et dans la bonne humeur.
Arrivé à proximité on quitte la voiture et nous nous rendons à pied auprès d'une chute d'eau. D'autres pêcheurs sont présents, ils nous informent qu'une très grosse truite est arrivée à passer. Les tentatives de franchissement sont quasi ininterrompues. Il y a parfois des petites pauses, mais ne durent guère plus de trois à quatre minutes.
Mon père m'explique que chaque année, à pareille époque, les truites cherchent à remonter les rivières pour aller se reproduire. Des seuils comme celui-ci sont des infranchissables, rares sont les spécimens en mesure de gravir pareille hauteur.
Puis, comme pour mieux observer, les paroles s'épuisent. Je regarde les glaçons qui se balancent aux branches, l'eau gelée qui couvre les pierres comme d'une couette. La glace qui abrite par endroits la rivière laisse entrevoir le liquide de vie qui danse sous cette vitre hivernale.
Il ne nous faut pas plus de deux minutes pour que mon père me montre une truite en train de sauter. L'œil n'est pas encore exercé et je n'ai vu qu'un trait descendre dans le courant. D'autres truites sautent et petit à petit mes yeux s'adaptent. Bientôt, plus aucune lacustre n'échappe à mon regard. C'est un vrai festival. Certaines font de la haute voltige. Les bonds sont impressionnants. J'en vois même une qui tente de poursuivre sa montée en nageant dans la veine d'eau qui glisse à vive allure. En vain. Le courant aura raison de la belle argentée qui se retrouve prestement en plein bouillon au point de départ.
Le bruit de la chute est entrecoupé par des exclamations d'admiration comme lors des feux d'artifices. Chacun y va de sa description. Tout y passe, la taille, la robe, la tenue et la hardiesse.
En regardant ces messieurs, absorbés par le spectacle, je me rends compte que j'ai été convié à un grand événement.
Vient le moment où mon père nous rappelle qu'il est l'heure de rentrer. Au retour, les échanges verbaux se font rares. Nous sommes encore tous empreints de ce moment de vie.
Ce jour-là, j'ai appris que Noël a aussi un sens de renouveau pour les truites.
Je déplore qu'aujourd'hui l'humain ait dénaturé cette fête pour en faire une affaire bassement mercantile.

21:16 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Jean-Pierre une fois de plus je me délecte de votre texte au calme... tranquillement assis chez moi.

L'impression de vivre l'instant que vous décrivez s'insinue au long des lignes... l'odeur, le bruit, la vue de ce que vous décrivez est présente.

Je contemple tel un témoin invisible, écoute regarde et m'imprègne du moment.

Peut être est ce parce que j'ai vécu des moments pareils, peut être est ce votre talent d'amener le lecteur à cette osmose entre lui et la nature, je ne sais pas. Peut être un ensemble, mais quel talent.

Je me ressource avec vos textes qui souvent ponctuent une longue journée... mon long parcours. Comme un besoin de me ressourcer dans mes souvenirs, près de cette nature que vous connaissez si bien, regarder mére nature avec mots.. pou rm'endormir plus serein.

Maginifique,

Merci Jean-Pierre,

Bien à vous,

Stéphane

Écrit par : Stéphane | 06/12/2007

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