11/02/2008

Soleil d'hiver

Le soleil hivernal, bas sur l'horizon, pénètre sans peine à l'intérieur de la chambre qui me sert de bureau. C'est la période de l'année que je préfère pour monter mes mouches ou en faire la coiffure “comme le dit un ami canadien”. Hélios, en cette période de l'année, me procure un éclairage d'une qualité inégalée à ce jour par la technique alors que sa position basse calme l'ardeur de ses rayons.
Sur le bord de la table, j'ai fixé l'étau de montage. Les deux porte-bobines ont pris place à portée de mains. J'ai placé la petite commode, garnie de multiples accessoires, à proximité immédiate. Le petit outillage s'étire à gauche sur le plan de travail. À l'arrière des petits outils, prend place la boîte contenant les collets et diverses grandes plumes.
Je sélectionne un hameçon, lui écrase l'ardillon que je prends soin d'adoucir à l'aide d'une petite pierre. Je place la pointe de l'hameçon dans les mors de l'étau en m'assurant de sa bonne tenue. Je garnis la hampe avec un fil fin, couleur gris soir d'orage. A la courbure, une fine pincée de fibres extraites d'une plume de flanc de canard fera office de cerques. Une petite touffe de poils courts est vrillée, sur le fil pour former l'abdomen. Ils sont remplacés par des poils plus sombres et plus longs qui simuleront le thorax. Encore un bouquet de barbes prélevées sur la plume de canard,  deux tours d'une lance de coque et le nœud de tête termine la petite mouche.
Plaçant un nouvel hameçon, et… voilà le passé qui resurgit. Ce ne sont pas des mouches que je réalise, mais des montures pour la pêche au ver. L'étau est remplacé par le pouce et l'index de la main gauche. J'y pince un hameçon droit, l'extrémité d'un catgut (utilisé avant le nylon) et un fil de soie rouge prélevé dans la boîte à couture de maman. L'autre extrémité du fil rouge tourné en spires jointives lie l'ensemble. Quelques grenailles de plomb sont pincées sur le bas de ligne qui se termine par une boucle à la limite opposée de l'hameçon. Il me reste à rouler la monture sur un petit carton échancré.
Ce qui est formidable avec le rêve, c'est que le temps n'existe pas. Je me trouve ainsi au ruisseau de Céligny, vers la gare, au pied de la chute, en pleine action de pêche. La monture que j'ai confectionnée, garnie d'un lombric plonge dans le bouillon et va explorer le fond. Je me vois lutter avec d'énormes truites, de celles des années d'abondance, ces poissons qui rayaient les ponts avec leur dorsale. Mais le héros ne sort-il pas toujours vainqueur ?
Tel une bulle qui éclate, cet instant s'évanouit et je me retrouve à mon étau réchauffé par les rayons du soleil, une mouche en cours de fabrication qui attend patiemment l'instant de prendre place dans sa boîte.

Mouche à létau 

19:45 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Cher JP,

Quelle poésie tu nous fais là, on s'y croit, je suis à la limite de me faire harponner par ton magnifique travail. Je rêve de tes textes la nuit. Merci

Écrit par : Martine | 14/02/2008

Les commentaires sont fermés.