02/03/2008

L'ouverture

Comme chaque année, l'ouverture est attendue non sans impatience. C'est un grand jour pour un pêcheur et je n'échappe pas à la fébrilité ambiante. Le matériel est préparé avec tous les soins que le temps disponible m'accorde. Le jour "J" est enfin, ou déjà là. Je ne comprends pas. C'est comme ce soufflé qui gonfle dans le four, la surface s'est teintée d'un brun doré et le parfum diffusé excite les papilles gustatives. Forme, couleur, odeur, tout est  prêt pour que, fièrement, la maîtresse de maison puisse le présenter aux convives, mais qui hélas, à la sortie du four, se dégonfle.
Je m'interroge. Les ouvertures précédentes défilent, accompagnées d'interrogations. Cela n'a pas toujours été  le cas, mais ce n'est pas la première année que je vis cet état. Une fois aux bord de l'eau je cherche à résoudre l'énigme. Serait-ce la diminution des prises? Peu probable, car le reste de l'année, j'éprouve toujours le même plaisir et maintenant que je me trouve canne en mains, faisant voler ma mouche pour aller explorer les courants, je suis voluptueusement bien.
Soudain me reviennent à l'esprit, ces années où j'avais renoncé à faire l'ouverture. C'était l'époque où plusieurs tonnes de truites étaient déversées par année pour satisfaire et attirer les pêcheurs. L'ouverture était devenue une course à qui passe devant l'autre avec un seul objectif: prendre le maximum de poissons. Époque des viandards où le minable, en exhibant son linge macabre, se prenait pour un héros.
Ces années de gestion à courte vue nous ont dissimulé les problèmes qui pointaient tout en favorisant d'autres dysfonctionnements. La gérance de la pêche a changé et c'est une bonne chose. La nature va continuer à nous enseigner, c'est notre meilleur maître et nous ne sommes pas des élèves brillants.
J'ose espérer que je ne garde pas de séquelles de ce dernier quart de XXième siècle, mais que le temps m'a permis, grâce à la pêche, de voir la rivière et ses habitants sous un autre angle car mon plaisir de me retrouver sur ses rives reste intacte. Monter et lancer mes mouches en les confondant avec les vraies, voyant une truite venir la saisir, contempler le noble salmonidé qui reste libre est un raffinement d'une autre dimension.

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