09/04/2008

Première nage dans la vie

Il y a trois mois déjà, les truites étaient en pleine migration et action de fraie. Elles m'ont offert des moments magiques. Il s'en est suivi une période sans agitation spectaculaire ni visible. Mais sous les pierres, à l'intérieur de petites perles orange, régnait une activité intense. Par la division des cellules, les organes qui constituent un être vivant s'organisent et se mettent en place. Très rapidement, un œil apparaît. On dit alors que l'œuf est oeillé. L'embryon est en plein développement. Parmi tous les œufs déposés, seule une moitié atteindra ce stade.
Vient le jour de l'éclosion. Guère plus du tiers parvient à sortir. Ceux qui y arrivent sortent avec quoi se nourrir durant un mois. Ils restent invisibles. Ce n'est pas le moment à s'aventurer en quête de nourriture. Il faut prendre des forces. S’il n'y a pas de crue importante, la grande majorité sera en mesure de poursuivre sa vie.
Par bonheur, les conditions ont été clémentes et le premier alevin est sorti, suivi à quelques jours d'intervalle par des dizaines d'autres.
Dans toutes les positions imaginables, je passe du temps à les observer, les photographier. Ce sont des petites virgules encore plaquées sur le fond de graviers fins, à proximité d'une pierre ou tout autre objet leur offrant un abri contre les prédateurs.
Il faut grandir le plus rapidement possible, leur survie en dépend. Alors ils passent leur temps à se nourrir. Mais, pour chercher pitance, il faut sortir du couvert au risque de se faire gober par un chabot ou une fario. Danger du ciel, le Martin-pêcheur veille de sa branche; les pattes dans l'eau, immobile, le héron veille. Non, ils ne sont pas les seuls à devoir manger et de cette période bien peu d'alevins en survivront.
Pour l'instant, je les contemple. Chacun contrôle un espace. Ils luttent dans les courants. Parfois l'un d'eux est contraint, bien malgré lui, à la volte-face. La maîtrise des lois de l'hydraulique est encore à travailler. La position et l'orientation de chacun de ces petits poissons sont un indice de la direction et de l'intensité des micro courants qui façonnent cet espace limité. Dans environ trente jours, leur vessie gazeuse sera opérationnelle. Ils quitteront ces zones proches des berges, sous quelques centimètres d'eau, pour aller chasser des proies dignes de leur espèce.
Les dangers sont toujours présents et à chaque stade de sa vie il rencontrera de terribles prédateurs. Il y a les oiseaux piscivores. Mais, le plus terrible est l'homme et je ne pense pas qu'au pêcheur. Nous tous, par nos comportements de grands consommateurs d'énergie, de produits en tous genres et d'objets futiles dont nous nous rendons esclaves tout en nous convaincant de leur utilité sommes responsables de la précarité de leur vie. Les gadgets aux plaisirs éphémères contribuent activement à une vaste et durable extermination.

19:39 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bonjour à toutes et à tous,

Jean-Pierre,

me permettez vous de vous appeler ainsi ?

Quand le soir venu, parfois le matin ou la nuit, je cherche à fuir mes "démons" et cherche une échapatoire, je cherche vos textes.

L'image du calme tranquille de mon père se dégage, les souvenirs aussi qui accompagnent ces visions qui décrivent des moments vécus au bord de la Versoix, cette merveille de sérénité qui en émane...

Votre "recueil" qui regorge de récits aussi simples et tellement beaux... simples lorsqu'on les lit... mais le témoignage d'un grand talent.

L'art est subjectif dit on ? votre talent ne l'est pas, il est une réalité.

Comment pourrais-je vous remercier de ces moments que vous me faites partager, qui me ramènent dans ma jeunesse... je ne sais pas, alors humblement je vous dis merci.

Bien à vous Jean-Pierre,

Stéphane


PS. Le 2 mai, j'ai un rendez vous avec ma maison d'édition, et je ne manquerai pas de planter le clou vu que les maisons d'édition suisses sont incapables de repérer un talent...

Écrit par : Stéphane | 09/04/2008

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