29/04/2008

Rivière heureuse ?

La quête d'une rivière, d'une rivière heureuse
Mon parrain, artiste peintre et pêcheur, me voyant ligne à la main et le regard vagabond, peu préoccupé par le poisson goûtant mon leurre, disait : « Jean-Pierre est de nouveau en train de rêver. Comment voulez-vous qu'il attrape quelque chose ?! »
Quelques années plus tard, un ami me proposa d'aller pêcher dans les canaux en Valais. Immédiatement, les canaux se muent en bisse, mieux, en ruisseau cascadant entre de gros blocs ou traversant des pâturages. Ma déception fût sans mesure en me trouvant pris entre voie de chemin de fer et route à faire voler ma mouche au-dessus d'une eau contrainte de s'écouler sur un tronçon rectiligne, engoncé entre deux berges géométriquement tracées. Les prises de belles truites ne sont pas rares, rempoissonnement intensif oblige. Mais je ne parviens pas, pour autant, à me sentir bien.
Depuis longtemps, pour moi, la pêche ne se limite pas à la prise de poissons ; qu'il pleuve, qu'il vente, le cadre a son importance. Égoïstement, je suis toujours à la recherche d'une rivière heureuse et en bonne santé. Cette quête me pousse depuis quelques années à effectuer des randonnées au travers de la Suisse, car jusqu'à ce jour, un certain optimisme m'incite à la chercher, persuadé qu'une telle rivière existe encore.
En lisant un article et voyant les photos, mon cœur bat, eurêka! Je l'ai trouvée! C'est parfait, mon épouse doit se rendre dans la région. Alors je l'accompagne. Deux heures de train; sur place une voiture m'attend. Il faut encore aller chercher le permis de pêche pour la journée de dimanche.
Le fameux papier en poche, je profite de la fin de journée pour effectuer une reconnaissance. Premier contact : pas terrible. La traversée de la localité, est canalisée. Mais plus haut,  elle doit être libre. Tout en me dirigeant vers l'amont, mon corps se crispe ; un nœud comprime mes entrailles. Tout au long, ce cours d'eau a été "corrigé", les bipèdes de l'espèce à laquelle j'appartiens, se sont sentis obligés de lui couper ses courbes, relever et dénuder ses berges, la contraindre à filer droit entre des enrochements.
Encore un brin d'illusion me pousse à me diriger en direction de sa source. Enfin, la voilà maîtresse d'elle-même. Je sens une lente détente, jusqu'au moment où tout espoir s'effondre. La vue d'un barrage qui, avide glouton, retient l'eau jusqu'au moment oú le goinfre n'en peut plus et qu'il se met à vomir. Par son comportement chaotique, il perturbe jusqu'à l'anéantissement la vie des habitants de ce milieu.
Ayant assez vu, je me rends auprès d'un autre cours d'eau de la région.Et voilà le moral qui remonte asymptotiquement. Mais c'est bien connu: il arrive obligatoirement le moment oú cette ascension cesse pour s'effondrer. Car, dans l'univers, rien ne peut avoir une croissance infinie ou comme le dit si bien ALBERT EINSTEIN « Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue ».
Arrivé auprès de cette rivière, ce fut effectivement la chute. La main de l'homme s'est manifestée et a provoqué de profondes mutilations. Ma décision est prise ! Pas de pêche ni de photos, je m'en retourne écœuré.
Dans le train, je m'apaise et médite sur l'état de santé de ces milieux aujourd'hui en péril. Rares sont ceux qui ont été épargnés; d'autres, patiemment, ont cicatrisé un tant soi peu leurs blessures. Des hommes se sont appliqués, tels des chirurgiens de la plastique, à réparer des secteurs défigurés par les générations précédentes.

Je reconnais que l'Allondon a pu conserver sa morphologie grâce à des personnes qui se sont battues pour la préserver. Je les en remercie. Aujourd'hui, les services de l'environnement jonglent pour la sauvegarder malgré une très forte pression des loisirs d'une région surpeuplée.

Le temps a adouci certaines meurtrissures de la Versoix. Les lésions les plus importantes sont soulagées par les "thérapeutes de la renaturation". Mais il y a trop longtemps que les hommes l'exploitent sans vergogne: détournement de son eau pour alimenter des localités, déviations pour alimenter des moulins, des forges, des papeteries et maintenant pour produire du courant électrique que l'on s'empresse de gaspiller. Son eau, comme celle de ses soeurs, sert même à transporter ses déchets. Il y a bien les stations d'épuration qui ne retiennent qu'une infime partie de nos déchets. Mais rassurez-vous, d'une manière ou d'une autre, ces produits en tous genres reviendront dans nos verres et nos aliments.
Il n'empêche que si l'aspect physique de ces deux rivières genevoises peut faire envie à certaines de leurs consœurs, leur état de santé reste préoccupant. Il se peut que dans un proche avenir l'Allondon se porte mieux. Par contre  je suis moins rassuré en ce qui concerne la Versoix.

Les prélèvements excessifs d'eau qui alimente ces cours d'eau et les modifications climatiques ne me laissent rien présager de bon.

Commentaires

Aaah, l'imagination...
Elle peut tant apporter, en bien comme en mal.
Elle t'a joué un vilain tour, là...

Cependant, et même si ça aurait été dur, je pense que tu aurais dû photographier ces cours d'eau charcutés. Ne serait-ce qu'en guise de témoignage...

En tant que photographe amateur, je sais que ce n'est pas simple de capturer "dans la boîte" des images, des scènes qui ne nous plaisent pas (je ne le fais, moi-même, que trop rarement) mais c'est peut-être aussi agir pour ce qui nous tient à coeur, que de montrer ce qui nous peine, nous révolte...


ton p'tit ;)

Écrit par : Drakho | 29/04/2008

Oups... beurk... l'énorme faute de français... désolé (ça m'apprendra à poster tard et mal me relire)

Écrit par : Drakho | 30/04/2008

Eh oui, c'est vrai, il y avait des photos à prendre!
Mais je vais y retourner préparé et là, il y aura des photos de belles et vilaines choses.

Le siècle passé

Écrit par : Moll | 01/05/2008

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