12/05/2008

Chirurgie esthétique

Soigner passe parfois par des souffrances. Il en va de même pour nos cours d'eau qui ont besoin de soins après des décennies de maltraitances, de mutilations, de vie volée avec une seule intention: accaparer des terres, effectuer un découpage plus vendeur sous le vocable "remaniement parcellaire". Sans penser plus loin, on détourne son cours, exploite son énergie, dissimule tout ce dont on ne sait que faire. Le constat est affligeant entre la perte de biodiversité, les variations rapides du débit, les inondations dévastatrices.
Il faut du temps à l'homme pour reconnaître ses erreurs et aujourd'hui, on peut rencontrer d'étranges médecins se pencher sur nos rivières.
Comme avant toute opération, il faut préparer la patiente.
1445900545.JPGAux premiers signes d'intervention, je me précipite ce mardi cinq mai, appareil photo en main pour saisir quelques images. Arrivé sur place, j'entends le hurlement rageur des tronçonneuses. Elles commencent par  raser la zone de l'intervention chirurgicale. Quelques jours plus tard, soit le dix mai, la rive gauche est méconnaissable. Un étrange sentiment m'envahit. Une nouvelle vision sur le cours de la Versoix s'ouvre, conduisant mon regard de la passerelle du Crève-Coeur au barrage des Usiniers. Son eau étincelle sous les rayons du soleil et fait ressortir les blancs des zones de turbulences; les radiers et les bords renvoient les tons jaune doré alors que les espaces plus profonds mettent en valeur les verts. Je connais les raisons de cette étendue à présent dénudée, mais ces moignons, derniers témoins des arbres qui enlaçaient la rivière dans un écrin de verdure, ne peuvent me laisser de marbre. Je balance entre le rêve du bonheur d'un cours d'eau retrouvant liberté et beauté et le cauchemar de l'horreur des berges arides, offertes à tous les abus.

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Éparpillés sur le plateau lové dans une boucle de la rivière, les arbres à terre diffusent un bouquet d'effluves propre à chaque essence et  explosant en une symphonie odorante et indéfinissable. Mes narines sont enchantées et je perçois cette exhalaison ultime comme un dernier cadeau ou seraient-ce les relents  d'une vie abrégée?

Cette transformation, j'ai décidé de la partager avec vous, en commentant régulièrement les phases importantes de cette chirurgie plastique.

P.S. 

L'ensemble des photos, sera prochainement placé sur mon site (www.vulgata.ch).

13:25 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

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