25/05/2008

Les Usiniers au 25 mai

À la hauteur du barrage des Usiniers, les travaux se poursuivent. La coupe des arbres est presque terminée. L'air porte les odeurs des diverses essences d'arbres. Le mélange de ces arômes m'est agréable. Le parfum qui émane de cette coupe rase est puissant, il m'envahit. Je hume les troncs afin de décrire l'exhalaison de chacun d'eux. Rapidement, je mesure l’étendue de mon ignorance. Il y a bien l'odeur caractéristique du sapin, du chêne qui font ressurgir des souvenirs, certains heureux, d'autres tristes. Mais les mots qui définissent ces senteurs, restent embusqués. Oui ! J’y ai découvert des arômes forts, fins, doucereux, puissants, subtils, enivrants. Mais je n'ai là que quelques adjectifs qui les caractérisent.

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Profitant de cette mise à nue des berges, je retourne délicatement les pierres immergées afin d'observer et dénombrer les hôtes de ces parages. La faible diversité des occupants ne peut me rassurer ;  chaque espèce apporte des éléments indispensables à l'équilibre de la santé de nombreuses autres variétés. L'homogénéité est inquiétante et laisse présager ce à quoi peut nous conduire la mondialisation mercantile, phare des économistes adulés par la majorité des politiques.
Les travaux qui ont cours sur ce secteur engendrent d'importantes perturbations. Les arbres ne seront pas les seuls à y laisser leur vie que ces êtres abandonnent avec, qui sait, l’espoir que leurs descendants retrouveront une partie de l'espace qui leur a été volé. J'aimerais tant les rassurer qu'ici on se soucie de leur condition de vie. Ailleurs, incarcération, vol, mutilations au profit d'une production électrique rapidement gaspillée se poursuivent. Le cas de l'Aubonne, pour ne citer qu'elle, est flagrant.1379680500.jpg

19:50 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (3)

18/05/2008

Coupe en rive gauche

Le nombre d'arbres à terre est considérable. En tournant le dos au chantier, je ressens comme un vide.
La symphonie du lieu a changé. Les oiseaux s'accommodent de ce bouleversement et chantent ; le vent et les jeunes feuilles  des arbres restés sur pied bruissent avec tendresse, alors que le refrain de l'eau qui s'écoule se fait entendre plus distinctement.
2112539658.gifDes Ecdyonurus effectuent leur danse nuptiale. De trop rares mouches de mai participent à ce ballet. Parade d'une vie aérienne éphémère.

Dans l'eau, quelques alevins, encore visibles, avoisinent les gammares. Sur le fond de limons, des trichoptères 179521228.giftracent des sillons temporaires.

La nudité de la rive gauche laisse paraître de vieux murs fatigués, signes d'une époque où l'on croyait dompter les cours d'eau. Mais, on les a déstabilisés en un ensemble fragile et anéanti la biodiversité. J'ose espérer que ces travaux restitueront à La Versoix un peu de sa liberté spoliée.

 PS. sur WWW.vulgata.ch, il y de nombreuses photos du lieu

 

 

 

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12/05/2008

Chirurgie esthétique

Soigner passe parfois par des souffrances. Il en va de même pour nos cours d'eau qui ont besoin de soins après des décennies de maltraitances, de mutilations, de vie volée avec une seule intention: accaparer des terres, effectuer un découpage plus vendeur sous le vocable "remaniement parcellaire". Sans penser plus loin, on détourne son cours, exploite son énergie, dissimule tout ce dont on ne sait que faire. Le constat est affligeant entre la perte de biodiversité, les variations rapides du débit, les inondations dévastatrices.
Il faut du temps à l'homme pour reconnaître ses erreurs et aujourd'hui, on peut rencontrer d'étranges médecins se pencher sur nos rivières.
Comme avant toute opération, il faut préparer la patiente.
1445900545.JPGAux premiers signes d'intervention, je me précipite ce mardi cinq mai, appareil photo en main pour saisir quelques images. Arrivé sur place, j'entends le hurlement rageur des tronçonneuses. Elles commencent par  raser la zone de l'intervention chirurgicale. Quelques jours plus tard, soit le dix mai, la rive gauche est méconnaissable. Un étrange sentiment m'envahit. Une nouvelle vision sur le cours de la Versoix s'ouvre, conduisant mon regard de la passerelle du Crève-Coeur au barrage des Usiniers. Son eau étincelle sous les rayons du soleil et fait ressortir les blancs des zones de turbulences; les radiers et les bords renvoient les tons jaune doré alors que les espaces plus profonds mettent en valeur les verts. Je connais les raisons de cette étendue à présent dénudée, mais ces moignons, derniers témoins des arbres qui enlaçaient la rivière dans un écrin de verdure, ne peuvent me laisser de marbre. Je balance entre le rêve du bonheur d'un cours d'eau retrouvant liberté et beauté et le cauchemar de l'horreur des berges arides, offertes à tous les abus.

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Éparpillés sur le plateau lové dans une boucle de la rivière, les arbres à terre diffusent un bouquet d'effluves propre à chaque essence et  explosant en une symphonie odorante et indéfinissable. Mes narines sont enchantées et je perçois cette exhalaison ultime comme un dernier cadeau ou seraient-ce les relents  d'une vie abrégée?

Cette transformation, j'ai décidé de la partager avec vous, en commentant régulièrement les phases importantes de cette chirurgie plastique.

P.S. 

L'ensemble des photos, sera prochainement placé sur mon site (www.vulgata.ch).

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01/05/2008

Mesdemoiselles, merci !

Mercredi soir, en rentrant du travail, je traverse la Versoix sous le pont CFF et là je vois deux jeunes filles avec des déchets plein les mains! Oui, tout en se promenant, elles ont pris soin de retirer du paysage ces objets de consommation, abandonnés par des personnes dépourvues d'éducation, de respect et de capacité de réflexion.
Je remercie ces demoiselles qui prouvent qu'il y a une jeunesse de valeur!