22/06/2008

Chaleur

La chaleur est arrivée. Elle m'écrase littéralement. Par moments, je descends au bord de la rivière. Là, il fait plus frais, excepté la zone en chantier. En la longeant, j'ai l'impression de me trouver dans un atelier de laminage, avec les barres d'acier rouge cerise qui s'allongent au passage entre les énormes cylindres. Imaginant ces hommes les saisissant au vol à l'aide de longues pinces pour les replacer dans le four avant un nouveau passage. Vous le comprendrez probablement, ce printemps, plutôt frais, n'était pas pour me déplaire. Mais c'est l'été et, modification climatique avérée, les périodes exceptionnellement chaudes du siècle passé sont devenus la norme. Alors, il faut s'y faire. Cela dit, je privilégie les lieux ombragés, balayés par un petit courant d'air. Je suis conscient de ma chance en voyant devant moi quelques magnifiques sapins. Eux n'ont pas la liberté de se mettre à l'ombre et ils sont dans l'impossibilité de déposer leur lourd et épais manteau d'aiguilles. Les frênes, eux, ont recroquevillés leurs feuilles, tentant de minimiser la surface harcelée par les dards d'Hélios.
Une légère brise balance les branches et les feuilles, faisant ainsi varier les nuances de vert, mimant la surface de l'eau, sautant d'un point à un autre, s'étirant ou frémissant sur le radier. Si les arbres se jouent des teintes verdoyantes, la rivière transporte une eau d'une limpidité que je n'avais plus revue depuis longtemps et met en valeur les tons dorés, striés de safran. Il m'est possible de suivre quelques jeunes truites à l'affût de toutes proies potentielles; il faut grandir rapidement pour assurer sa survie.
Une encablure plus haut, un profond sillon attend l'arrivée de l'eau, le noble liquide va devoir changer de cours pendant quelques mois. Spectacle pénible, mais si la rivière par la suite, peut y trouver son compte…

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08/06/2008

L'aubaine

En ce début juin 1960, profitant du jeudi de congé hebdomadaire pour me rendre à la pêche, j'enfourche mon vélo et me voilà en train de pédaler en direction de Versoix. Au-dessus des arbres, comme des fumerolles, des nuées de moucherons dansent. Une légère bise se fait sentir sur le rectiligne entre Bellevue et Versoix, mais je m'y suis habitué et si elle ne soufflait pas elle me manquerait presque.
Sur le cadre du vélo est attachée ma canne à mouche. Une canne magnifique que mon parrain m'a offerte. Elle est en bambou refendu ; sous son vernis se distinguent les fines veines longitudinales, entrecoupées ça et là de discontinuités plus sombres. Ce changement de ton, a pour origine la présence d'anneaux de croissance qui ceinturent la tige lignifiée de cette plante appartenant à la famille des graminées. Je ne le sais pas encore, mais quelques décennies plus tard, j'aurai toujours autant de plaisir à la contempler et à l'avoir en main. Même ces bijoux technologiques, puissants, légers, mais oh combien aseptisés ne parviennent pas à supplanter ces fleurons créés par dame nature avant d'être travaillé par des mains habiles.
Encore un petit effort pour gravir la montée de la route de Saint-Loup, suivie d'une descente qui me conduit à Richelien. J'appuie le cycle contre un arbre, empoigne ma canne et descends au bord de l'eau. Tout en contemplant les environs, je vois une couleuvre se glisser d'un rocher avant d'atteindre la surface de l'eau et nager le long des berges à la recherche de sa pitance. Elles sont nombreuses dans les environs, surtout sous le barrage de la prise d'eau du canal qui apporte de l'eau au moulin à grain. J'aime les observer, de loin de préférence, car chaque fois qu'un de ces reptiles se sauve devant moi, je ressens comme un frisson qui monte le long de mon épine dorsale. Allez savoir pourquoi…
La canne est montée et me voilà fin prêt. Bien que j'aie suivi les conseils de papa, je débute et il est hors de question pour moi de pêcher chaque trou. Malgré cela, ma mouche est plus souvent dans les branches que dans l'eau. Je ne comprends d'ailleurs pas la raison de mon imitation à préférer la végétation à l'eau. De décrochage en remontage, je me trouve à l'amont du captage d'eau, vers une digue en béton du plus vilain effet. En face, sous un frêne allongé à la surface de la rivière dans le sens du courant, une truite n'a de cesse de gober chaque insecte qui se présente. Mais comment faire ? Elle chasse à l'abri des branches et mes lancers balbutiants me laissent dubitatifs. Que ferais-je sans la chance du débutant. Les mouvements que j'imprime à ma canne font aller la soie d'avant en arrière. Je préfère le terme aller que voler, car le noble cordon de soie, en ces débuts, ne plane pas dans les airs, mais va à l'arrière avant de se regrouper à l'avant. Toujours est-il, qu'au moment du couler avant, c'est un tas de fil qui bascule maladroitement directement sous les feuillages en laissant mon artificielle se promener avant que je retire l'imbroglio de ligne et tenter un nouvel essai. Quelques secondes avant d'envoyer mon fil en arrière, la truite monte attrape ma mouche et se ferre. La voilà prise. Pourvu qu'elle ne passe pas sous la branche ! Comme si elle voulait m'encourager, elle effectue un bond qui la propulse dans la veine d'eau. Il n'y a plus d'obstacle. Fièrement, je rentre à la maison, ma mère la pèse, elle fait 1,2 kilogramme.
Aujourd'hui je m'en souviens comme si c'était hier. Je suis assis sur une pierre à regarder couler la Versoix, dans son lit actuel avant que celui-ci soit remanié. Le chantier progresse. Le chenal de déviation est bien avancé. Dans quelques jours, l'eau empruntera ce cathéter durant le temps nécessaire à la remise en état de son lit ;  de préparer les berges à recevoir les crues et permettre à l'eau de se détendre. Aménager une descente progressive pour offrir à la faune piscicole de se déplacer à sa guise, aménageant plus d'espaces pour procurer des niches écologiques à un plus grand nombre et favoriser la diversité.

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20:48 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

01/06/2008

Un jour de ta vie

Comme chaque jour je me rends au chevet de la patiente. La zone de son opération est prête; les bûcherons ont rasé la surface. Que voilà les espaces prêts à recevoir le matériel tel que, bistouris et cathéters de circonstance.
Pour l'instant, je profite de l'espace pour observer avec plus d'aisance la bergeronnette qui effectue des bonds rapides juste au-dessus de la surface de l'eau, passant d'une rive à l'autre, disparaissant de ma vue un court instant. Il lui arrive de se poser sur une pierre moussue enlacée par le courant. Quelques hochements de queue et la revoilà survolant le radier.
Puis, c'est le tour au cincle plongeur de rechercher sa pitance le long des pierres; gare à l'insecte imprudent. Lorsque le petit volatile au vitrail blanc se cache de ma vue, c'est pour rechercher sous l'eau les larves d'hexapodes.
Assis sur la base tronquée d'un arbre, je contemple l'eau qui s'écoule en ondulant à la sortie de la mouille; une branche se balance paisiblement sur les petites vagues avant de se trémousser sur le radier, est-ce la peur d'affronter le rapide à l'écume blanche qu'elle s'offre une pause ?
Au-dessus de moi, deux milans jouent avec le vent. Rencontrent-ils au sein d'un autre fluide les mêmes sensations que ces truites masquées par les jeux de lumière de cette interface alliant ces éléments vitaux à la vie, semblables et pourtant si différents.
Redescendant de mon observatoire, je m'approche de La Versoix et comme à l’accoutumée, je retourne avec délicatesse quelques pierres, espérant y rencontrer quelques-unes de ces descendants des premiers maîtres du ciel d'alors, réduits aujourd'hui à de minuscules créatures chassées d'un revers de la main. Cette pensée m'interroge, ne serait-ce que par la destinée de toute espèce ayant eu la présomption de dominer un tant soit peu ce monde. Combien de temps nous reste-t-il ?

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