01/04/2009

Une brindille

Une petite brindille se sépare de son arbre et se laisse tomber en tourbillonnant dans l'air. Ce voyage aérien prend fin au contact de l'eau. La minuscule branche se pose sur une surface calme. Une de ces surfaces où l'eau hésite, ne sachant quelle direction prendre, peu encline à suivre le mouvement général qu'elle rejoindra de toute façon. Ce petit bout de bois danse sur les flots. Je le vois s'éloigner et bien vite il quitte mon champ de vision, mais pas celui de mes pensées.
Le fétu contemple les aspects bucoliques et pittoresques que lui offre la Versoix jusqu'à son embouchure dans le Léman. Le rameau suppose qu'il va passer plusieurs semaines de douce oisiveté, craignant de s'ennuyer. La bise se plaît à faire vivre une descente de folie à notre petit morceau de bois qui passe quelques jours très chahuté avant de se laisser prendre en douceur par le Rhône.
Notre tigelle fait des connaissances tout au long de son périple. Il y a ceux avec qui elle aime à se promener ou bavarder, mais elle se trouve souvent avec des voyageurs bizarres, issus de cours d'eau à l'odeur nauséabonde, des objets que la nature ne perdrait pas son temps à produire pour s'en séparer aussitôt. Les rares animaux de l'eau que notre herbe rencontre ont triste mine et nombreux sont les malades.
Ces mois de voyage l'ont conduite à la mer, sous le soleil. Mais son périple ne s'arrête pas là. Elle a entendu parler de l'océan et maintenant elle a hâte de le rejoindre. Pour l'instant, le ressac se joue d'elle en la renvoyant sur la rive. Elle y rencontre des consœurs, fait de nombreuses connaissances, côtoie des familles de crustacés, des végétaux terrestres tout comme des aquatiques. Il y a même des papiers, des feuilles et divers objets en plastique, des récipients en tous genres, fait d'aluminium, de matériaux composites et des nodules noirs auxquels il vaut mieux éviter de se frotter. Soudain, c'est l'obscurité la plus totale lorsqu'un oiseau vient se coucher sur ce petit morceau de chêne, le contraignant ainsi à sombrer dans les bras de Morphée et sombrer dans un sommeil profond et bien mérité.
Soudain, et sans trop comprendre comment, voilà que ce petit représentant d'un arbre situé à quelque mille cinq cents kilomètres, route aérienne, de là se trouve planant au-dessus de l'océan. L'oiseau, en reprenant son vol, l'a embarquée dans ses plumes, franchissant ainsi le détroit de Gibraltar avant de quitter son transporteur. Non qu'elle ne s'y trouvât pas bien, mais l'envie de liberté la taraude. Toutefois, la brindille n'est pas très rassurée en voyant cette immense étendue d'eau. S'armant de courage, elle quitte son abri passager et ne tarde pas à rejoindre l'onde verte.
Quelque peu déboussolée, elle se laisse bercer par les vagues, bien peu maîtres de sa destinée. Sans se douter, elle se trouve à la base d'une très grande vague. Ce petit représentant d'un Fagacée commence à se sentir important en s'élevant avec les flots. Notre touriste bombe le torse et en oublie ses compagnons de voyage. Il est certain d'être l'artisan de cette montée. Avec insolence, notre courtier se met à mépriser tous ceux sur qui se trouvent au-dessous de lui. Pourtant, ils ne ménagent pas leurs efforts à le faire monter toujours plus haut. Tellement imbu de lui-même, il s'imbibe de cocktails marins, s'enivre avec arrogance de sa gloire pourtant éphémère, double de volume et ne voit pas arriver le sommet… et sombre dans les abysses !

Commentaires

BONNES VACANCES CHER AMI ET A BIENTOT !

Écrit par : cheval | 11/04/2009

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