16/06/2009

Puanteur

Ce mardi de mi-juin, je me trouve au bord de la Versoix. La pluie de la nuit a troublé son eau, phénomène naturel. Ce qui ne l'est pas, c'est l'odeur de station d'épuration qu'elle dégage et les mousses blanches qui dansent à sa surface.
Si d'importants travaux ont été effectués pour favoriser la migration et redonner un habitat décent à la faune liée à se cours d'eau, je déplore que l'un des voisins néanmoins amis ne semble pas mesurer les conséquences sur la vie aquatique de ses rejets en eau non ou mal traitée. Est-ce de l'incompétence ou du mépris?
Il y a dix-huit mois, lors d'une action de recensement des castors, je suis remonté le cours de l'Oudard et je ne trouve pas de mots exprimant ce que j'ai ressenti en remontant une rivière jonchée de très nombreux déchets sur son cours. Un bâtiment mentionne "station d'épuration", je dis mentionne, car ce que j'ai vu à l'aval me laisse perplexe. Est-ce fonctionnel ? Les fonctionnaires en charge de cette entreprise ont-ils été formés ? Les élus sont-ils conscients des conséquences ?
Mettre en avant son savoir faire dans le domaine du traitement de l'eau, les hautes exigences des normes Européennes, n'a aucune valeur sans volonté, cela reste du vent, du blabla.
Une chose est sûre, tant que perdureront de tels dysfonctionnements, nos cours d'eau se dégraderont, laissant aux générations futures une piètre image de leurs parents et grands-parents.
Aux pêcheurs, il ne sert à rien de déverser du poissons, mais battez-vous pour des cours d'eau équilibrés et en bonne santé.

07/06/2009

à la recherche des truitelles

Me voilà arpentant les bords de la Versoix et de ses canaux depuis plusieurs semaines. À tel point que j'en oublie d'autres activités. Et ce dans le seul but de voir apparaître les premiers alevins de truite puis d'ombre. J'ai beau calculer et recalculer en émettant toutes sortes d'hypothèses avec de l'eau dont la température a varié de quatre degrés et demi à huit degrés et demi. Les œufs déposés le trois novembre devaient éclore entre le vingt-trois décembre et le douze janvier. À cela j'ajoute un mois ; les premières petites truites devaient se montrer entre mi-février et mi-mars. Mais, comme pour l'an passé, la nature me fait attendre mi-avril. Oui, c'est le treize avril exactement que j'ai le bonheur de voir apparaître mes premières trutta.
Ces petites virgules, comme j'aime à les appeler, sont difficiles à repérer et déjà diablement méfiantes, promptes à se cacher à la moindre suspicion de danger. C'est bien compréhensible, aucun adulte pour veiller sur eux. Trois jours plus tard, d'autres bébés se montrent. Tout ce petit monde cherche sa pitance quelques pas en aval du lieu qui les a vus naître.
En rentrant, quelle n'est pas ma surprise en voyant des colonies d'alevins d'ombres alors que le frai de thymallus a débuté après que salmo trutta eût terminé sa phase de reproduction.
Si la virgule de la belle mouchetée est difficile à repérer et bien qu'elle soit plus massive que son cousin, l'ombre qui, lui, ressemble à une épingle, c'est que la truite n'affectionne pas la vie en groupe. Elle ne craint pas de se dissimuler dans les plus petites cavités. Elle est vive autant que craintive. Sa robe est une vraie tenue de camouflage. L'ombre, lui, aime la compagnie. Au signal de danger, tout le groupe se déplace, mais est impatient de revenir. Il hait les espaces confinés. Son costume d'un beige uni est des plus élégant et si son habit le met à l'abri des regards sur fond de sable fin, son ombre portée trahit l'ombre.
Aujourd'hui, à chacune de mes sorties, ma curiosité me pousse à vous rechercher et lorsque la chance me sourit, le temps s'arrête pour vous observer, me fait souvent oublier que la pêche est ouverte.
Là où le gradient de vitesse est faible d'une rive à l'autre, mon champ de vision est plus étendu, la surface est balayée plus lentement. Cette nouvelle condition, bien que plus difficile au repérage des truitelles, est favorable à d'autres émerveillements. Vous n'imaginez pas le bonheur à la vue de cette belle et grande couleuvre à collier. Elle traverse les flots par reptation et se dirige dans ma direction. Mon émotion est telle que je ne peux m'empêcher de me déplacer pour prolonger ce moment. Mal m'en à pris, le reptile se dissimule et poursuit son chemin à couvert.
Vous comprendrez sans peine qu'il me reste bien peu de temps pour la pratique de la pêche.