05/09/2010

Remontée des cours d'eau

Pourquoi remonter des cours d'eau

En deux mille trois, je choisis de fusionner deux activités: la pêche et la randonnée. Pour cette dernière, ma préférence va aux promenades de plusieurs jours me conduisant d'un lieu à un autre. C'est ainsi que je décide de faire un tour au sud des Alpes. Permis de pêche en poche, sac à dos contenant une petite tente, de quoi faire cuire mes aliments, de la nourriture pour mon chien et moi. Ceci représente une charge non négligeable pour quelqu’un sans entraînement physique.
Arrivé sur les hauteurs, je prends conscience que l'ombre est rare et que je n'ai rien prévu pour me protéger des rayons ardents du soleil, particulièrement intense cet été en ce début de siècle.
Attendre à l'abri d'un rocher que la rotation de la terre façonne de larges zones d'ombre compromet fortement mon avance.
En étudiant la carte, je dois reconnaître qu'aucun coin de pêche n'est à l'ombre, excepté au fond des vallées.
À l'approche de la soirée, je reprends ma progression. Mais la nuit vient vite et je monte le couvert de toile près d’un point d’eau, prépare mon souper que je partage avec Carex. Durant de longues minutes j'admire le ciel et ses étoiles avant d’abaisser les paupières. Comme on dit, la nuit porte conseil et à mon réveil ma décision est prise: mal préparé, manque de prise en compte de diverses composantes telles les pierriers et les pattes de mon chien, les rayons ultra-violets émis par le soleil et une charge excessive: vingt-sept kilogrammes, j’abandonne. La journée est consacrée à passer sur l'autre versant, rejoindre une gare et rentrer. De cette randonnée avortée, je retiens qu'il faut limiter la charge à l'essentiel, en montagne la pluie et le froid ne sont pas les seules conditions à envisager, le soleil est aussi à considérer.
Deux ans plus tard, liant toujours pêche et randonnée, j'entreprends une traversée nord sud de la Suisse. Point de départ OOOOO dans le canton de Schaffhouse, c'est le plus au nord du pays.
Train, bus et en marche. Carex est heureux. Il trotte devant moi. Puis le temps passant, il reste à mes côtés. Lorsqu'il me devance, c'est pour aller se coucher dans l'herbe sous un arbre où trône un banc ou un grand végétal couché. Mais je ne comprends pas son message. De longues minutes s'égrènent. Mon compagnon se fait plus insistant et précis en s'asseyant devant mes pieds.  Nous repartons et, malgré la chaleur, notre avance est bonne et je suis plus attentif à ses manifestations. Pourtant, en fin d’après-midi la halte est plus longue. Je sors du sac la pommade pour les pieds et lui masse ses coussinets. Sur le dos, pattes écartées, il reçoit ce massage avec plaisir et le rend bien. Je suis convaincu qu'il ne souhaitera qu'une chose, que l'on dorme ici. Mais le but fixé par l'humain cartésien que je suis n'est pas ici. Il reste deux bonnes heures de marche, majorées de cinquante minutes à cause d’un détour.
Arrivé à l'étape, il se couche et s'intéressera plus tard au contenu de sa gamelle. Je vais manger puis rejoins mon chien qui dort profondément. Il me faut encore deux jours pour accepter qu'il ne puisse pas supporter le rythme. Je décide alors de le ramener à la maison et de reprendre seul le périple.
Joindre la pêche à la randonnée fait apparaître de nombreux problèmes : la longueur des étapes pour effectuer cette randonnée dans le temps imparti ne me laisse que des périodes ridicules à octroyer à la pêche. Les différents types d'autorisations de pêche en Suisse entre les secteurs privés, affermés, avec permis et libre, leur subdivision et où se procurer la patente qui convient, j'y vois trois réponses qui sont respectivement de passer du temps pour chercher comment et où obtenir l'autorisation, pêcher sans le sésame ou renoncer à pratiquer.
Au vu du premier défi je choisis de ne pas pêcher. Ainsi, je promène mon matériel halieutique en remontant la Reuss puis en descendant la rivière Tessin. Le passage des Alpes se fait partiellement sous la neige, la pluie, le brouillard et le soleil.
Cette traversée m'enseigne que si je maintiens la priorité au chemin parcouru dans un temps imparti, il ne faut pas envisager de lancer ma mouche dans l'espoir de voir monter un poisson. Mieux sélectionner ce que je mets dans le sac, bien que j'aie cinq kilogrammes de moins il est toujours trop lourd. Ne pas surestimer mes capacités avec des parcours qui deviennent de la marche forcée, le dernier jour, chargé, j'ai parcouru soixante kilomètres, la nuit fut pénible.
Les randonnées suivantes sont entreprises dans un but de pèlerinage de nos principaux cours d'eau menés à mal depuis trop longtemps.
La remontée de l'Aar a été interrompue, je n'ai pas contrôlé mon matériel, le sac a lâché et les chaussures proches de le rejoindre avec cela un temps compté trop juste et n'offrant aucune marge.
En remontant le Rhin, je suis parti trop fort ce qui m'a contraint à un arrêt forcé de quelques jours, la suite s'est très bien déroulée. J’ai beaucoup appris sur le plan personnel. Le matériel emporté était assez bien ciblé, les tronçons mieux équilibrés bien que toujours un peu longs.
De la remontée de l'Inn je retiens que l'eau est un bien précieux et indispensable que l'on ne trouve pas forcément dans chaque localité. Que la distance entre deux points d'eau peut demander du temps. Une fois de plus, je ne dois pas surestimer les capacités de mon corps.
Les cours d'eau d’une certaine importance sont utilisés depuis longtemps comme voie de communication. Par navigation, à pieds ou en ayant recours à un animal, chars et chariots, chemin de fer et véhicules automobiles. Aujourd'hui, dans les parties de plaine, les sentiers damés ou goudronnés se partagent avec les vélos parfois quelques voitures et il arrive, hélas, que le cheminement se confonde à la route.
C'est en arrivant en montagne, à l'approche du lieu de naissance de la rivière que l'on rencontre de vrais et beaux sentiers.
En marchant sur des kilomètres de digues ainsi qu'à l'aval des usines hydroélectrique, j'ai mesuré l'ampleur des atteintes désastreuses qu'ont subies fleuves et rivières.
Parmi les méfaits, il ne faut pas oublier les remaniements fonciers parmi lesquels on trouve les pseudos couloirs sécuritaires qui ont pour but d'éliminer le liquide au plus vite sans se préoccuper des conséquences à l'aval comme à l'amont. 13.jpg
2.jpgNon satisfait de le restreindre dans ses mouvements, d’exploiter son énergie, on l'utilise pour le transport de nos déchets et tout cela très égoïstement sans se préoccuper des hôtes de ces milieux vitaux, Certes, un cours d'eau peut être dangereux au même titre que la montagne si on ne les respecte pas. Les zones humides, soutien et épurateur naturel des rivières, ont été massacrées. Il faut être conscient que la correction indispensable de ces erreurs, appelée renaturation, coûte beaucoup plus que les dépenses consenties pour ce que l'on nomme pompeusement «assainissent».
Hélas, certains travaux d'une époque révolue se poursuivent aujourd'hui, soulignant l'incompétence de nombreux décideurs.

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Je n'envisage pas de remonter le Rhône, l'accès des rives lémaniques est impossible sur la plus grande partie Suisse de son périmètre. Ce droit de marche à pieds est galvaudé par la soumission des élus face à l'insolence des propriétaires riverains.

Commentaires

Bonjour! J'ai bien aimé votre article! Je vous remercie! Je lis toujours votre blog!

Écrit par : male | 07/09/2010

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