13/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, Waldkraiburg am Inn à Wasserburg am Inn

Waldkraiburg am Inn à Wasserburg am Inn

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08/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, Altötting à Waldkrainburg

06.08.2010 Altötting à Waldkrainburg

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06/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, d'un Kirchdorf à l'autre

Kirchdorf am Inn bei Obernberg à Kirchdorf am Inn bei Simbach am Inn

Réveillé à six heures, je me prépare tranquillement. Mise en route après le petit déjeuner, il est sept heure trente. Comme la pluie est annoncée importante dès midi, je décide de marcher cinq heures d'une traite, tout en mesurant ma vitesse. Ainsi, à midi et demi, la plus grande partie du chemin sera faite. Tout au plus, je ferai une heure sous la pluie.

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Au début de l'étape, j'observe un lapin de garenne, trois lièvres et un brocard. En longeant  la rivière, je relève les aménagements piscicoles faits d'arbres placés en travers, de gros blocs de pierres diversifiant les courants et vraisemblablement une ancienne chute forment une succession de rapides. En traversant ce cours d'eau, j'ai le plaisir de contempler quelques belles pièces qu'il m'est difficile de définir avec certitude dans cette eau d'un brun roux et légèrement chargée.

Suit une longue marche sur une digue. Les berges n'ont rien de naturel, mais les turbineurs, comme tous bon vendeurs,  présentent leur retenue comme un riche biotope. Oui, on concentre de nombreuses espèces. Surtout des oiseaux, tel des cygnes, des foulques et d'autres variétés que l'on peut observer en d'innombrables contrées sur un espace où l'observation est facile.

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Mais on oublie totalement les espèces tributaires de ces lieux avant que le cours d'eau subisse ces mutilations. Et il y en a que l'on ne retrouvera plus.

À midi trente, j’arrive à Simbach am Inn comme prévu. Il est temps d’étancher ma soif et de manger un morceau. Mais c'est avant tout d'eau dont mon gosier attend le passage.

Par chance, il ne pleut pas. Alors, en route pour cette dernière heure (au maximum).

C'est sans compter sur quelques lubies qui me passent par la tête.5.jpg

 

Je vois sur la carte un sentier, exclusivement pédestre celui-ci, qui va me permettre de joindre le même point sans accroître la distance et qui plus est, il passe dans les bois près de l'Inn.

Je passe un petit pont repéré sur la carte et pénètre dans le sous-bois. Le chemin est mal marqué. Il se divise; j'opte pour celui dont la trace est la plus nette. Au sol, des empreintes d'ongulés et bien vite, le passage n'est plus celui du bipède. Retour sur mes pas. Je fais le point au GPS, contrôle la direction à prendre avec la boussole et en route.

Même topo.

J'insiste et ne tarde pas à me trouver dans une vraie jungle. Après quelques jurons, me voilà le long de l'Inn. Nouveau contrôle de position. Le chemin doit se trouver parallèle à la rivière, dix à vingt mètres plus loin. Je cherche et après bien de la transpiration, je trouve un cheminement sur un sol couvert de petites herbes fines. Je m'y engage et me retrouve sur les rives de ma belle Dame.3.jpg

Ce sentier est celui de pêcheurs qui se déplacent entre deux postes avant de reprendre leur embarcation.

Cette fois, ma décision est prise, il me faut rejoindre le petit pont du départ.

Je brasse dans cette végétation de zone humide. Les orties sont bien présentes comme le lierre. Les arbres morts compliquent le déplacement. Me voila étendu à plat ventre, accueilli par les orties. Mes avant-bras se colorent en orange par de nombreuses pustules et les poils semblent danser la gigue. D'expérience, cela durera plusieurs heures.

J’atteins ma destination du jour après de nombreux efforts et plus de deux fois le temps qu' il m’aurait fallu normalement.

La pluie en a eu assez de m'attendre à faire le guignol. Elle accompagne les deux derniers kilomètres.

Me voila à l'hôtel. Reprise du rituel de nettoyage. Lorsque j’arrive aux dents, je me trompe de tube et les brosse avec la pommade pour les pieds.

En lisant la composition de la pommade dont l’urée fait partie, je me suis demandé s’il était  bien judicieux de me charger de ce poids-là et s’il n’était pas plus simple de me pisser sur les pieds au lieu de me brosser les dents avec l’urine de je ne sais qui.

05/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, St. Florian à Kirchdorf am Inn bei Obersdorf

4 Août 2010 St. Florian - Kirchdorf am Inn bei Obersdorf am Inn

 

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03/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds

Versoix - Passau

Voilà,  c'est parti. Départ de Versoix 6h40. Arrivé à Zurich, j'achète un ticket pour prendre le tramway qui est déjà là! Devant le distributeur et face à un choix impressionnant de destinations, je maugrée considérant qu'à Genève, nous sommes les meilleurs avec nos zones.

Finalement, j'appuie sur le bouton qui me paraît correspondre à l’adresse souhaitée.  Huit francs l'aller et retour. Mais de quoi se plaint-on à Genève? Une fois de plus, nous sommes les meilleurs. Le billet en main, je vois qu'il y a aussi des zones et qu'il m' en aurait coûté quelques centimes de moins qu'au bout de notre lac.  Me voici au magasin pour effectuer le changement de pantalon qui a justifié ce crochet à Zurich. De retour à la Hauptbahnhof, il est onze heure trois quart.

Je monte dans le compartiment restaurant du train pour Frankfort via Bâle. J’y prendrai donc mon repas de midi. Ce véhicule me semble plus grand, impression liée certainement à la hauteur du plafond et aux baies vitrées de celui-ci. J'y ai mangé (Tims Bolognese) , certainement industriel avec une petite touche du cuisinier. Ce fut très correct et le prix aussi.

Le ciel est bas et il pleuvine très légèrement. Le repas terminé, je décide de libérer la place pour que d'autres personnes puissent venir. Mais c’est une mauvaise bonne idée que de quitter ce lieu car j'ai du mal à trouver une place et celle que je viens de prendre est réservée dès la prochaine station et ne pourrai y rester.

J'ai la très nette impression que ma façon de voyager tient plus de l'ado partant à l'aventure. Je parcours un pays dont je ne connais pas la langue et bof! Pour l'instant je suis assis sur une place réservée à partir de Karlsruhe et le haut parleur débite des phrases dont je ne pique au passage que de très rares mots, mais aux dames de me répéter je dis bof!

Le train arrive à Karlsruhe et je pars à la recherche d'une place libre. J'en trouve une, me voilà casé jusqu'à Frankfort où je devrai changer de train pour Passau.

Le moment de changer de train est là. Je monte dans l'ICE qui doit me conduire au point de départ de ma randonnée. Ici, aucun problème de place. Je ne vois rien de réservé.

Pour m'aider à passer les quatre heures de voyage restant, ma tablette m'aide plutôt. Je joue à découvrir les mots en mesurant l'univers de mon ignorance, m'assurant ainsi un avenir riche en découvertes.  Je pourrai bien aller au wagon restaurant, mais c'est un peu tôt et retrouverai-je une place?

Il est dix-huit heures. Je craque et me revoilà dans le wagon restaurant. Deux raisons: je ne mange pas trop tard, ainsi en arrivant vers vingt et une heures à Passau je prends une bonne douche et au lit et en plus, cela aide à passer le temps.

Images de Passau avant de me mettre en marche                    rue de Passau

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Cathédrale Saint-Etienne possède les plus grandes orgues d'Europe

Le Danube, l'Inn et l'Ilz

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30/07/2009

Ah la belle soirée

D'un pas tranquille je rejoins la rivière. Symétriquement le soleil se dirige vers la crête du Jura avant de disparaître à l'arrière comme il le fait depuis près de deux cents millions d'années. La canne repose discrètement sur la phalange distale de l'index et l'intermédiaire du majeur. L'anneau de tête pilote avec assurance; il se faufile entre les branches, prenant garde que rien ne se croche à sa suite.
Arrivé au bord de l'eau, je m'installe dans une petite dépression que me présente la végétation en faisant attention de n'écraser aucun roseau et en choisissant une surface caillouteuse pour m'y asseoir, entouré de jeunes aulnes glutineux. De cet emplacement, je vois des personnes traversant la passerelle avec la quasi-certitude de passer inaperçu.
L'observation commence alors que l'ombre avance inexorablement. Les rayons de lumière, rasants et plus faibles, ne sont plus restitués, donnant à l'eau une couleur noire. Malgré cela, vagues et remous rompent toute monotonie en dansant comme l'ombre des arbres, agités par le vent et s'impriment sur ma rétine comme un film en négatif.
Deux bergeronnettes grises se poursuivent, entrecoupant leurs allers-retours par de petits arrêts sur des pierres qui émergent, elles effectuent de menues génuflexions en relevant prestement leur longue queue.
Au-dessus de l'onde, en plein courant, des éphémères quittent ce milieu qui les a vues naître. Cette séparation me fait penser à des balles de ping-pong lâchées du fond d'une piscine. Ces petits hexapodes éclosent en chapelet et entreprennent leur vol de compensation assurant la pérennité de l'espèce sur tout le cours malgré la dévalaison forcée.
Plus près de la rive, sous les saules, émergeant d'une aire liquide lisse, les trichoptères, apparemment plus grégaires, volent ensemble près de la surface. Les ailes sont sombres, le corps jaune paille, en harmonie avec les champs de céréales. Non loin de moi une phrygane dépose, par bonds successifs, ses œufs avant de venir se reposer sur une pierre. De ma poche, j'extrais une loupe et me mets à observer longuement le petit hexapode. Ses ailes garnies de poils couvrent son corps à l'image de magnifiques fermes bernoises. Chaque patte porte deux paires d'épines, les yeux à facettes sont ceux d'une femelle, le balancement de son abdomen trahit l'effort accompli.
Au beau milieu du radier, un rond éphémère me signale la présence d'un poisson. J'attends encore un instant. Cette fois, je vois un dos effleurer la surface. C'est apparemment une truite de taille modeste. Je décide de lui présenter ma mouche sans hameçon. Sa montée sur mon leurre me ravit et ce gobage sur l'artificielle n'est pas le seul. Ombres et truites font honneur à cette petite chose faite de fil et d'une plume tirée du croupion d'un canard. Ma mouche, à mes yeux, n'est pas belle, elle est fatiguée. Mais d'autres vertébrés semblent la trouver appétissante. Je vis un vrai moment de folie et j'en profite un maximum. Bien m'en a pris : quinze minutes plus tard, tout est terminé.
Ah la belle soirée.

16/06/2009

Puanteur

Ce mardi de mi-juin, je me trouve au bord de la Versoix. La pluie de la nuit a troublé son eau, phénomène naturel. Ce qui ne l'est pas, c'est l'odeur de station d'épuration qu'elle dégage et les mousses blanches qui dansent à sa surface.
Si d'importants travaux ont été effectués pour favoriser la migration et redonner un habitat décent à la faune liée à se cours d'eau, je déplore que l'un des voisins néanmoins amis ne semble pas mesurer les conséquences sur la vie aquatique de ses rejets en eau non ou mal traitée. Est-ce de l'incompétence ou du mépris?
Il y a dix-huit mois, lors d'une action de recensement des castors, je suis remonté le cours de l'Oudard et je ne trouve pas de mots exprimant ce que j'ai ressenti en remontant une rivière jonchée de très nombreux déchets sur son cours. Un bâtiment mentionne "station d'épuration", je dis mentionne, car ce que j'ai vu à l'aval me laisse perplexe. Est-ce fonctionnel ? Les fonctionnaires en charge de cette entreprise ont-ils été formés ? Les élus sont-ils conscients des conséquences ?
Mettre en avant son savoir faire dans le domaine du traitement de l'eau, les hautes exigences des normes Européennes, n'a aucune valeur sans volonté, cela reste du vent, du blabla.
Une chose est sûre, tant que perdureront de tels dysfonctionnements, nos cours d'eau se dégraderont, laissant aux générations futures une piètre image de leurs parents et grands-parents.
Aux pêcheurs, il ne sert à rien de déverser du poissons, mais battez-vous pour des cours d'eau équilibrés et en bonne santé.

07/06/2009

à la recherche des truitelles

Me voilà arpentant les bords de la Versoix et de ses canaux depuis plusieurs semaines. À tel point que j'en oublie d'autres activités. Et ce dans le seul but de voir apparaître les premiers alevins de truite puis d'ombre. J'ai beau calculer et recalculer en émettant toutes sortes d'hypothèses avec de l'eau dont la température a varié de quatre degrés et demi à huit degrés et demi. Les œufs déposés le trois novembre devaient éclore entre le vingt-trois décembre et le douze janvier. À cela j'ajoute un mois ; les premières petites truites devaient se montrer entre mi-février et mi-mars. Mais, comme pour l'an passé, la nature me fait attendre mi-avril. Oui, c'est le treize avril exactement que j'ai le bonheur de voir apparaître mes premières trutta.
Ces petites virgules, comme j'aime à les appeler, sont difficiles à repérer et déjà diablement méfiantes, promptes à se cacher à la moindre suspicion de danger. C'est bien compréhensible, aucun adulte pour veiller sur eux. Trois jours plus tard, d'autres bébés se montrent. Tout ce petit monde cherche sa pitance quelques pas en aval du lieu qui les a vus naître.
En rentrant, quelle n'est pas ma surprise en voyant des colonies d'alevins d'ombres alors que le frai de thymallus a débuté après que salmo trutta eût terminé sa phase de reproduction.
Si la virgule de la belle mouchetée est difficile à repérer et bien qu'elle soit plus massive que son cousin, l'ombre qui, lui, ressemble à une épingle, c'est que la truite n'affectionne pas la vie en groupe. Elle ne craint pas de se dissimuler dans les plus petites cavités. Elle est vive autant que craintive. Sa robe est une vraie tenue de camouflage. L'ombre, lui, aime la compagnie. Au signal de danger, tout le groupe se déplace, mais est impatient de revenir. Il hait les espaces confinés. Son costume d'un beige uni est des plus élégant et si son habit le met à l'abri des regards sur fond de sable fin, son ombre portée trahit l'ombre.
Aujourd'hui, à chacune de mes sorties, ma curiosité me pousse à vous rechercher et lorsque la chance me sourit, le temps s'arrête pour vous observer, me fait souvent oublier que la pêche est ouverte.
Là où le gradient de vitesse est faible d'une rive à l'autre, mon champ de vision est plus étendu, la surface est balayée plus lentement. Cette nouvelle condition, bien que plus difficile au repérage des truitelles, est favorable à d'autres émerveillements. Vous n'imaginez pas le bonheur à la vue de cette belle et grande couleuvre à collier. Elle traverse les flots par reptation et se dirige dans ma direction. Mon émotion est telle que je ne peux m'empêcher de me déplacer pour prolonger ce moment. Mal m'en à pris, le reptile se dissimule et poursuit son chemin à couvert.
Vous comprendrez sans peine qu'il me reste bien peu de temps pour la pratique de la pêche.

26/04/2009

Soleil printanier

La journée est ensoleillée; canne à mouche en main, le permis logé dans un compartiment fort pratique placé le long de ma jambe droite; dans les poches : à droite, une petite bobine contenant la réserve de nylon indispensable pour refaire la pointe du bas de ligne; à gauche, une modeste boîte de graisse dans laquelle cinq mouches sans hameçons ont été déposées. Ah! j'oublie l'objet le plus encombrant à ranger: les lunettes me sont indispensables depuis quelques années; sans elles, je ne suis plus en mesure de changer la mouche ou de rabouter deux fils. Ainsi équipé, Carex et moi nous nous rendons au bord de la rivière.
Si d'octobre à février j'ai passé le plus clair de mon temps à scruter la Versoix à l'affût des frayères, depuis mars, j'examine les bords dans l'espoir de voir la nouvelle génération de salmonidae. Donc, en remontant le cours d'eau, je ne faillis pas à cette récente tradition consistant à inspecter diverses zones de la rivière.
Des mouvements sur le fond de limon captent mon attention. Les images mouvantes qui me sont retournées sont les silhouettes des ombres qui se meuvent fébrilement juste sous la surface. Tout ce petit monde se déplace en un ballet dirigé par un maître invisible. Je me laisse bercer par ce manège jusqu'au moment où je distingue un minuscule fuseau zébré transversalement de nuances brunes.
Ce corps fusiforme trahit sa présence en effectuant de courts bonds pour saisir sa pitance. Attention! un mouvement trop vif, une approche dans son aire de sécurité et l'alevin de truite se met à couvert dans la cache la plus proche. Je ne tarde pas à découvrir que cette larme oblongue n'est pas seule, j'en compte quarante-trois sur un espace de deux pas de long pour un de large.
Le temps n'attend pas, le soleil poursuit sa course, rejoint le Jura et moi, canne en mains, effectue quelques lancers afin que la canne, la soie et la mouchent n'aient pas le sentiment d'être sorties pour rien, pire être la troisième roue du char. Le point d'orgue de la journée m'est offert par un ombre magnifique qui me fait le plaisir de prendre la mouche que je viens de placer dans le courant. La prise de cette mouche est sans conséquence pour ce magnifique porteur de drapeau car comme je l'ai mentionné au début de ce billet, j'ai pris soin de ne conserver que la hampe habillée de ce terrible crochet.

19/04/2009

En attente d'apparition

Me voilà arpentant les bords de la Versoix et de ses canaux depuis plusieurs semaines. À tel point que j'en oublie d'autres activités. Et ce dans le seul but de voir apparaître les premiers alevins de truite puis d'ombre. J'ai beau calculer et recalculer en faisant toute sorte d'hypothèses avec de l'eau dont la température a varié de quatre degrés et demi à huit degrés et demi. Les œufs déposés le trois novembre devaient éclore entre le vingt-trois décembre et le douze janvier. À cela j'ajoute un mois; les premières petites truites devaient se montrer entre mi-février et mi-mars. Mais, comme pour l'an passé, la nature me fait attendre mi avril. Oui, c'est le treize avril exactement que j'ai le bonheur de voir apparaître mes premières trutta.
Ces petites virgules, comme j'aime à les appeler, sont difficile à repérer et déjà diablement méfiantes, promptes à se cacher à la moindre suspicion de danger. C'est bien compréhensible, aucun adulte pour veiller sur eux. Trois jours plus tard, d'autres bébés se montrent. Tout ce petit monde cherche sa pitance quelques pas en aval du lieu qui les a vus naître.
En rentrant, quel n'est pas ma surprise en voyant des colonies d'alevins d'ombres alors que le frai de thymallus a débuté après que salmo trutta eût terminé sa phase de reproduction.
Si la virgule de la belle mouchetée est difficile à repérer et bien qu'elle soit plus massive que son cousin, l'ombre, lui, ressemble à une épingle. C'est que la truite n'affectionne pas la vie en groupe. Elle ne craint pas de se dissimuler dans les plus petites cavités. Elle est vive autant que craintive. Sa robe est une vraie tenue de camouflage. L'ombre, lui,  aime la compagnie. Au signal danger, tout le groupe se déplace, mais est impatient de revenir.  Il hait les espaces confinés. Son costume d'un beige uni est des plus élégant et si son habit le met à l'abri des regards sur fond de sable fin, son ombre portée trahit l'ombre.
Aujourd'hui, à chacune de mes sorties, ma curiosité me pousse à vous rechercher et lorsque la chance me sourit, le temps s'arrête pour vous observer, me faisant oublier par moments que la pêche est ouverte.

01/04/2009

Une brindille

Une petite brindille se sépare de son arbre et se laisse tomber en tourbillonnant dans l'air. Ce voyage aérien prend fin au contact de l'eau. La minuscule branche se pose sur une surface calme. Une de ces surfaces où l'eau hésite, ne sachant quelle direction prendre, peu encline à suivre le mouvement général qu'elle rejoindra de toute façon. Ce petit bout de bois danse sur les flots. Je le vois s'éloigner et bien vite il quitte mon champ de vision, mais pas celui de mes pensées.
Le fétu contemple les aspects bucoliques et pittoresques que lui offre la Versoix jusqu'à son embouchure dans le Léman. Le rameau suppose qu'il va passer plusieurs semaines de douce oisiveté, craignant de s'ennuyer. La bise se plaît à faire vivre une descente de folie à notre petit morceau de bois qui passe quelques jours très chahuté avant de se laisser prendre en douceur par le Rhône.
Notre tigelle fait des connaissances tout au long de son périple. Il y a ceux avec qui elle aime à se promener ou bavarder, mais elle se trouve souvent avec des voyageurs bizarres, issus de cours d'eau à l'odeur nauséabonde, des objets que la nature ne perdrait pas son temps à produire pour s'en séparer aussitôt. Les rares animaux de l'eau que notre herbe rencontre ont triste mine et nombreux sont les malades.
Ces mois de voyage l'ont conduite à la mer, sous le soleil. Mais son périple ne s'arrête pas là. Elle a entendu parler de l'océan et maintenant elle a hâte de le rejoindre. Pour l'instant, le ressac se joue d'elle en la renvoyant sur la rive. Elle y rencontre des consœurs, fait de nombreuses connaissances, côtoie des familles de crustacés, des végétaux terrestres tout comme des aquatiques. Il y a même des papiers, des feuilles et divers objets en plastique, des récipients en tous genres, fait d'aluminium, de matériaux composites et des nodules noirs auxquels il vaut mieux éviter de se frotter. Soudain, c'est l'obscurité la plus totale lorsqu'un oiseau vient se coucher sur ce petit morceau de chêne, le contraignant ainsi à sombrer dans les bras de Morphée et sombrer dans un sommeil profond et bien mérité.
Soudain, et sans trop comprendre comment, voilà que ce petit représentant d'un arbre situé à quelque mille cinq cents kilomètres, route aérienne, de là se trouve planant au-dessus de l'océan. L'oiseau, en reprenant son vol, l'a embarquée dans ses plumes, franchissant ainsi le détroit de Gibraltar avant de quitter son transporteur. Non qu'elle ne s'y trouvât pas bien, mais l'envie de liberté la taraude. Toutefois, la brindille n'est pas très rassurée en voyant cette immense étendue d'eau. S'armant de courage, elle quitte son abri passager et ne tarde pas à rejoindre l'onde verte.
Quelque peu déboussolée, elle se laisse bercer par les vagues, bien peu maîtres de sa destinée. Sans se douter, elle se trouve à la base d'une très grande vague. Ce petit représentant d'un Fagacée commence à se sentir important en s'élevant avec les flots. Notre touriste bombe le torse et en oublie ses compagnons de voyage. Il est certain d'être l'artisan de cette montée. Avec insolence, notre courtier se met à mépriser tous ceux sur qui se trouvent au-dessous de lui. Pourtant, ils ne ménagent pas leurs efforts à le faire monter toujours plus haut. Tellement imbu de lui-même, il s'imbibe de cocktails marins, s'enivre avec arrogance de sa gloire pourtant éphémère, double de volume et ne voit pas arriver le sommet… et sombre dans les abysses !

08/03/2009

Mort à la maternité

Quel n'est pas mon bonheur en observant de nombreuses frayères. Le trois novembre je découvre, dans le canal de Versoix, la première frayère de l'année, bien marquée. L'an passé, au même endroit, j'avais constaté plusieurs zones de reproduction. Il semble que la nature arrive, après plusieurs années, à reprendre le dessus. À chacune de mes sorties, promenade de Carex oblige, je relève la position de chaque nouvelle frayère et si la chance me sourit, je note le nombre et la taille des truites présentes. À ma surprise, le nombre de postes travaillés par dame fario, est bien plus élevé que l'année précédente. Ces nids sont essentiellement regroupés entre deux ponts qui permettent le franchissement du chemin Villars. Décembre. Il m'est difficile, en l'absence de salmo trutta en pleine action, d'assurer que des œufs ont été à nouveau déposés.
La Versoix n'est pas en reste. Les espaces, dont le fond a été retourné, sont de taille souvent beaucoup plus importante; ils sont moins concentrés. Le nombre de ces taches claires présentant une dépression à l'amont et un mont à l'aval, accuse une croissance réjouissante, bien qu'encore insuffisantes pour vraiment assurer le futur.
Il faut encore patienter avant de voir nager cette nouvelle génération. Avec de l'eau qui oscille entre quatre et sept degrés, il faut près de quatre-vingts jours avant que les larves éclosent. La réserve de nourriture du sac vitellin va leur permettre de rester bien à l'abri pendant quelques semaines encore avant que je puisse les voir.
Début mars, un inconscient, et croyez bien je me retiens d'utiliser les mots qui résonnent dans ma tête, rejette l'eau de sa piscine dans le canal et ce juste à l'amont de la plus importante maternité de ce canal. Plusieurs générations de truites meurent ainsi. Combien de temps faudra-t-il pour revoir une production égale à celle de cette année ?

07/12/2008

Le Héron

Comme les années précédentes, avec un petit groupe de pêcheurs, nous consacrons une journée à la préparation des espaces de reproduction. Il nous faut les rendre aussi accueillants que possible. Les refuges libérés de tout obstacle permettent aux truites de se sentir à l'abri.
Depuis, mes temps libres sont absorbés par l'observation et le suivi des frayères, quelles aient été préparées ou non. Chaque observation de surface travaillée par salmo trutta est située, mesurées. Et quel bonheur de pouvoir observer une truite ou un couple en pleine activité. Ces nids de gravier semblent nombreux, l'année s'annonce prometteuse.
À chaque visite des canaux que nous avons préparés, soit tous les quatre à cinq jours, je profite pour surveiller l'apparition de ces maternités. En dégageant les grilles des branches et feuilles mortes qui s'y amoncellent, je contemple un héron perché sur l'une des frayères. Ses pattes prennent appui sur une surface confortable qui lui offre une vision parfaite du secteur. Si, en marchant d'un pas sûr, je feins de ne pas le voir, je peux passer très près de cette statue vivante. Mais s’il m'arrive, même à bonne distance, de le fixer, je vois des petits mouvements lents s'opérer. Le volatile gris se positionne avant de déployer ses ailes et de s'élever en repliant son long cou tout en pointant son bec comme une lance  dans la direction choisie.
Bien que je ne voie plus de truite et qu'aucune surface de gravier n'aie reçu de visite de Téléostéens, je reste confiant car une personne ornithologue de son état, m'avait expliqué qu'il faut laisser faire la nature qui assure un équilibre. À ma question "qu'en est-il des milieux perturbés" il m'apaise avec la même assurance. Après chaque ronde,  je rentre donc confiant et m'attends à ce qu'à la prochaine tournée, j'aurais enfin la satisfaction de voir du gravier fraîchement retourné.
Depuis quelque temps, je ne vois plus le héron, la truite non plus. Les petits cailloux restent d'un brun rouille sombre uniforme. À mon grand désespoir, je comprends le sens de cet équilibre, il est parfait ! Héron et salmo trutta ne sont plus.