02/03/2008

L'ouverture

Comme chaque année, l'ouverture est attendue non sans impatience. C'est un grand jour pour un pêcheur et je n'échappe pas à la fébrilité ambiante. Le matériel est préparé avec tous les soins que le temps disponible m'accorde. Le jour "J" est enfin, ou déjà là. Je ne comprends pas. C'est comme ce soufflé qui gonfle dans le four, la surface s'est teintée d'un brun doré et le parfum diffusé excite les papilles gustatives. Forme, couleur, odeur, tout est  prêt pour que, fièrement, la maîtresse de maison puisse le présenter aux convives, mais qui hélas, à la sortie du four, se dégonfle.
Je m'interroge. Les ouvertures précédentes défilent, accompagnées d'interrogations. Cela n'a pas toujours été  le cas, mais ce n'est pas la première année que je vis cet état. Une fois aux bord de l'eau je cherche à résoudre l'énigme. Serait-ce la diminution des prises? Peu probable, car le reste de l'année, j'éprouve toujours le même plaisir et maintenant que je me trouve canne en mains, faisant voler ma mouche pour aller explorer les courants, je suis voluptueusement bien.
Soudain me reviennent à l'esprit, ces années où j'avais renoncé à faire l'ouverture. C'était l'époque où plusieurs tonnes de truites étaient déversées par année pour satisfaire et attirer les pêcheurs. L'ouverture était devenue une course à qui passe devant l'autre avec un seul objectif: prendre le maximum de poissons. Époque des viandards où le minable, en exhibant son linge macabre, se prenait pour un héros.
Ces années de gestion à courte vue nous ont dissimulé les problèmes qui pointaient tout en favorisant d'autres dysfonctionnements. La gérance de la pêche a changé et c'est une bonne chose. La nature va continuer à nous enseigner, c'est notre meilleur maître et nous ne sommes pas des élèves brillants.
J'ose espérer que je ne garde pas de séquelles de ce dernier quart de XXième siècle, mais que le temps m'a permis, grâce à la pêche, de voir la rivière et ses habitants sous un autre angle car mon plaisir de me retrouver sur ses rives reste intacte. Monter et lancer mes mouches en les confondant avec les vraies, voyant une truite venir la saisir, contempler le noble salmonidé qui reste libre est un raffinement d'une autre dimension.

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18/02/2008

Nuit claire

Comment ne pas profiter de cette belle fin de semaine d'août. J'entraîne femme et enfants pour partager très égoïstement deux jours de pêche. Nous chargeons la voiture de tout ce dont il nous faut pour passer la nuit à la belle étoile, sans oublier de quoi satisfaire nos estomacs. Les portes se ferment, le moteur est mis en action et voilà maintenant le paysage défile. Après quelques dizaines de minutes, nous atteignons l'objectif. Nous nous répartissons les charges et parcourons deux à trois encablures avant de nous installer.
Je laisse là mon épouse et nos deux fils et, cannes à la main, je rejoins en aval le point de départ de la partie de pêche.
Je commence par observer les insectes qui volent sur l'eau avant de fixer l'artificiel le plus ressemblant. Je scrute la surface à la recherche d'une truite en activité de chasse.
En tête d'un radier un rond se forme. Mon attention se mobilise, j'attends que se réitère l'onde caractéristique. La truite est à table, elle vient régulièrement happer les éphémères entraînées par le courant. Mon imitation a pris la bonne trajectoire, elle ne va pas tarder à traverser le territoire surveillé par la fario. La tension monte. Le cœur accélère ses battements, ma main serre la poignée de la canne. A l'instant fatidique, voilà que ma mouche quitte sa docile descente, elle forme derrière elle un sillon funeste, elle drague. La truite vient de comprendre qu'il y a danger, elle cesse de se nourrir un instant et, par la suite, ma mouche est refusée systématiquement. De trous en radier, j'arrive à portée de vue de ma petite famille. Mes fils viennent vers moi en courant et m'accompagnent sur le dernier tronçon.
Ma femme a préparé le repas du soir. Les garçons ont récolté le bois pour le feu. Ensemble nous allons chercher quelques pierres pour circonscrire le foyer. A présent, les deux frères forment un tipi de brindilles et de petites branches sèches. Je devine leur envie d'allumer le feu. Quelques recommandations d'usage et je leur propose de craquer l'allumette. Au bout de leurs petits doigts, une flamme portée par le bâtonnet qui vient d'être frotté est jetée à la base du cône de branches. La flamme danse et menace de s'éteindre, alors Boris et István se mettent à souffler et le feu reprend de la vigueur.
Nous mangeons et bavardons tout en écoutant le crépitement du bois qui brûle. Leni est la première à voir l'étoile du berger. A leur tour, les enfants scrutent le ciel, instaurant ainsi le jeu de qui voit une nouvelle étoile. La fréquence d'apparition devient telle que l'on se met à découvrir des motifs, ceux des constellations. Ils se fait tard, ma femme et le cadet se glissent dans leurs sacs de couchage. L'aîné a encore envie de prolonger ce moment magique. Alors, profitant de la lueur des flammes et de la lune, nous rangeons le camp, parlons de choses et d'autres. A notre tour, nous nous glissons dans nos sacs de couchage et contemplons la voûte céleste. Quelques nuages courent devant l'astre de la nuit, alors mon fils inquiet me demande : est-ce qu'il va pleuvoir?
Très sûr de moi, je lui explique que la pluie n'est pas pour cette nuit, le ciel est trop clair, il faudra attendre demain dans la journée et je termine par : maintenant il faut dormir !
Je ferme les yeux et dans la minute qui suit, une goûte d'eau termine sa course sur mon visage. Au travers de mes paupières, des flashs de lumière avec des grondements lointains qui résonnent. Éclairs et tonnerre se font plus fréquents et me signalent que l'orage approche rapidement.
Je me lève, Boris aussi. Je lui demande de prendre ses effets, je réveille ma femme et István que je pose sur mes épaules. Nous ramassons tout et au pas de course nous rejoignons la voiture. L'orage est violent sur le chemin du retour. Des routes sont inondées.
Ils est deux heures du matin, nous arrivons à la maison. Je pense que cette fin de semaine restera dans nos mémoires.

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11/02/2008

Soleil d'hiver

Le soleil hivernal, bas sur l'horizon, pénètre sans peine à l'intérieur de la chambre qui me sert de bureau. C'est la période de l'année que je préfère pour monter mes mouches ou en faire la coiffure “comme le dit un ami canadien”. Hélios, en cette période de l'année, me procure un éclairage d'une qualité inégalée à ce jour par la technique alors que sa position basse calme l'ardeur de ses rayons.
Sur le bord de la table, j'ai fixé l'étau de montage. Les deux porte-bobines ont pris place à portée de mains. J'ai placé la petite commode, garnie de multiples accessoires, à proximité immédiate. Le petit outillage s'étire à gauche sur le plan de travail. À l'arrière des petits outils, prend place la boîte contenant les collets et diverses grandes plumes.
Je sélectionne un hameçon, lui écrase l'ardillon que je prends soin d'adoucir à l'aide d'une petite pierre. Je place la pointe de l'hameçon dans les mors de l'étau en m'assurant de sa bonne tenue. Je garnis la hampe avec un fil fin, couleur gris soir d'orage. A la courbure, une fine pincée de fibres extraites d'une plume de flanc de canard fera office de cerques. Une petite touffe de poils courts est vrillée, sur le fil pour former l'abdomen. Ils sont remplacés par des poils plus sombres et plus longs qui simuleront le thorax. Encore un bouquet de barbes prélevées sur la plume de canard,  deux tours d'une lance de coque et le nœud de tête termine la petite mouche.
Plaçant un nouvel hameçon, et… voilà le passé qui resurgit. Ce ne sont pas des mouches que je réalise, mais des montures pour la pêche au ver. L'étau est remplacé par le pouce et l'index de la main gauche. J'y pince un hameçon droit, l'extrémité d'un catgut (utilisé avant le nylon) et un fil de soie rouge prélevé dans la boîte à couture de maman. L'autre extrémité du fil rouge tourné en spires jointives lie l'ensemble. Quelques grenailles de plomb sont pincées sur le bas de ligne qui se termine par une boucle à la limite opposée de l'hameçon. Il me reste à rouler la monture sur un petit carton échancré.
Ce qui est formidable avec le rêve, c'est que le temps n'existe pas. Je me trouve ainsi au ruisseau de Céligny, vers la gare, au pied de la chute, en pleine action de pêche. La monture que j'ai confectionnée, garnie d'un lombric plonge dans le bouillon et va explorer le fond. Je me vois lutter avec d'énormes truites, de celles des années d'abondance, ces poissons qui rayaient les ponts avec leur dorsale. Mais le héros ne sort-il pas toujours vainqueur ?
Tel une bulle qui éclate, cet instant s'évanouit et je me retrouve à mon étau réchauffé par les rayons du soleil, une mouche en cours de fabrication qui attend patiemment l'instant de prendre place dans sa boîte.

Mouche à létau 

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03/02/2008

La Belle Brune

Ah mais quel plaisir j'ai à te contempler. Il me faut ruser, patienter, me cacher. Comme par magnétisme, à chacune de mes sorties je me dirige vers le lieu où j'ai le plus de chance de t'apercevoir. Ta robe brune te sied à merveille, tout en te permettant de te fondre dans le décor. Je ne compte plus le nombre de fois où, en m'apercevant tu est partie te dissimuler.
Emporté par l'envie de contempler de plus près cette élégante silhouette, je me surprends à descendre un talus. accroupi, mesurant chacun de mes pas. Ils sont lents, aucun mouvement n'est entrepris sans qu'il soit analysé. Cette approche à pas comptés, interminable m'émoustille. L'arbre que j'ai pris comme objectif pour me dissimuler du regard de la belle est tout proche. Je marque une pause avant les derniers pas. Trois ou quatre minutes passent, je reprends ma progression. Me voilà en position. Reste à placer ma tête à la division de l'arbre, mais mes yeux ne sont pas au sommet du crâne. Il me faut encore me hisser avec précaution. Instant crucial et oh combien déterminant. De lui dépend bonheur ou déception.
L'instant tant attendu arrive, je scrute l'espace qui s'ouvre, mais celle que je suis venu contempler n'est pas au rendez-vous. Ma patience est mise à rude épreuve. A la faveur de cette attente, je peux enfin la contempler, elle avance en ondoyant, elle est là devant moi, à quelques mètres. Je suis transporté sur un petit nuage. Elle se joue du courant, surfe en prenant appui sur les remous, disparaît de ma vue avec l'aide des turbulences de surface. Par moments, la truite se laisse glisser vers le fond puis elle descend, accompagnant l'eau sur quelques brasses avant de remonter se faire bercer par les flots, juste à l'amont de sa frayère.
Plusieurs jours d'affilée, cette belle truite brune est venue à notre rendez-vous avant de regagner le Léman.

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13/01/2008

Le chemin de la patience.

Au mois de décembre, chaque instant libre, je le consacre à attendre les truites lacustres à l’affût au barrage des Usiniers lors des coups d'eau. Pendant les périodes de basses eaux, je privilégie l'observation du cours de ma rivière.
Si le nombre de frayères guettées dans les canaux et petits affluents de la Versoix m'ont comblé cette année, il y a longtemps que je n'ai observé autant de ces nids de gravier.
Le lit mère me laisse frustré. Car les grosses truites venant du Léman ne daignent se présenter. Seulement deux sauts après plusieurs heures d'attente alors que les conditions me semblent réunies. Dans la section mouillée de la rivière, les zones de frai sont bien trop chiches et ne peuvent me réconforter.
Pour me rassurer, j'en déduis, peut-être hâtivement, que cette année est dévolue aux farios. A chacun son tour. Après tout, l'an passé les sauts, les fonds travaillés par les lacustres me stimulaient, alors que les rares observations dans les petits cours me laissaient sur ma faim.
Une fois de plus, la nature m'apprend la patience. Trop habitué par notre mode de vie, supermarché, aux désirs futiles rapidement comblés et tout aussi vite caducs.
Salmo trutta m'a réservé un magnifique cadeau d'épiphanie. Les tentatives de franchissement d'obstacles sont répétées, les innombrables dorsales et caudales fendants la surface de l'eau me laissent augurer une forte remonte. C'est un réel bonheur.
Maintenant que l'eau s'éclaircit, je cherche les espaces qui ont été choisis pour transmettre la vie. L’examen n'est pas aisé. Il me faut profiter de ces instants fugaces qui permettent à la vue de traverser le film superficiel de l'eau. Ces fenêtres s'ouvrent comme si un être invisible caressait la pellicule d'un revers de main.
Aussi souvent que possible, je vais consacrer mes pauses au suivi de ces trop discrets animaux, mieux connus dans une assiette que pour ce qu'ils peuvent nous apprendre.

 Saut de truite

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02/01/2008

Un 31 décembre

Il fut un temps où, à Genève, l'ouverture de la pêche dans le Rhône et l'Arve se faisait le premier jour de l'an. Bien calé dans un fauteuil, je ferme les yeux pour permettre au dieu du temps d'opérer sa magie. Me voilà au soir d'une année, à la maison, le matériel de pêche est prêt. Papa, Momo et moi allons sur le lieu convoité pour cette ouverture. Nous inspectons les rives de l'Arve, entre la chute du barrage de l'usine électrique de Vessy et la passerelle qui conduit à la centrale. Maurice nous convainc sans peine que la meilleure place se situe à la base de la cascade, juste à l'aval du bouillonnement, dans le profond. Cette place est convoitée. Il nous faudra donc prendre place une bonne heure avant l'instant crucial. Sur le chemin du retour, en traversant le pont de l'Île, mon père m'apprend que sur les ponts citadins, c'est au douzième coup de minuit que l'on peut débuter son action de pêche.  Il y a donc des pêcheurs qui s'offrent deux ouvertures le même jour.
Pour être d'attaque, il me faut aller me coucher de bonne heure. Mais Morphée ne m'ouvre pas ses bras facilement. Finalement, le poids de mes paupières m'emportera dans le pays des rêves. Des truites gigantesques me narguent. Elles me tournent autour, passent de tous côtés, dessus, dessous. Un salmonidé plus grand que tous les autres attrape mon ver. J'entame une lutte terrible. Emporté dans l'eau, je me bats durant plusieurs heures avant de passer fièrement entre une haie de pêcheurs qui s'évanouit au moment où la voix de papa me murmure "c'est l'heure".
Maman nous attend pour le petit-déjeuner puis nous remet un copieux casse-croûte et un gros Thermos de thé chaud. Il ne nous reste qu'à traverser la ville où nous croisons quelques fêtards qui  rentrent. Les pêcheurs des ponts sont encore en pleine action.
Sur place il y a déjà des fans de la gaule, ça et la, des foyers sont allumés. Le froid est mordant. Mes doigts ont du mal à effectuer les gestes les plus élémentaires.
Maintenant il faut attendre l'heure "J".
Vient l'instant tant attendu. Des voix s'élèvent et les mots "c'est l'heure" se répètent comme renvoyé d'écho en écho.
Je fixe un lombric et mets la ligne à l'eau. Lentement le jour se lève. Le nombre de pêcheurs est impressionnant et il n'est pas rare que des jurons éclatent, soulignant les emmêlées de quelques lignes, un poisson qui a repris sa liberté, un accrochage ou une rupture du fil. La glace se forme dans les anneaux. Il faut l'éliminer sans quoi la ligne ne peut plus glisser. La distance entre chaque pêcheur s'est accrue au gré des heures. Le soleil termine sa promenade.
Il est minuit, ma femme m'embrasse en me souhaitant bonne année. Le maître du temps vient de me ramener dans le présent.

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27/12/2007

Ma première canne

Je me souviens, comme si c'était hier, de ce jour où mon père m'a conduit dans ce petit magasin situé vers le pont de la Coulouvrenière. La frise porte le nom "Au Martin-Pêcheur" et à chaque extrémité du nom, l'image de l'oiseau au long bec, au dos bleu supporté par un poitrail orange. La vitrine, décorée avec goût, présente de nombreux objets qui me sont, pour la plupart, inconnus, mais me fascinent.
La boutique est petite. Quatre à cinq pas suffisent pour la parcourir dans sa largeur alors qu'il n'en faut guère plus de deux pour atteindre le comptoir depuis la porte d'entrée. Les murs sont garnis de vitrines richement équipée sans pour autant être un foutoir. Dans l'angle droit s'épanouit un bouquet de gaules. Une chaise l'accompagne. Le comptoir limite l'espace client, il est recouvert d'une vitre qui nous laisse voir de nombreux accessoires “indispensables” à la pêche.
L'arcade est tenue par un couple, Madame est très soignée de sa personne, elle semble sortir de chez la coiffeuse. Ses mains aux ongles vernis, grattent la terre d'un bac, à la recherche des précieux vers de terre. Et pas n'importe lesquels, les marbrés. Un à un, elle compte les lombrics en les déposant dans une boîte prévue à cet effet. Lorsque le nombre demandé est atteint, elle rajoute un peu de terre puis referme le contenant. À ses côtés, il y a un aquarium ou nagent des vairons qui, eux aussi, serviront d'appâts.
L'arrière de la boutique est dissimulé par une paroi garnie de paquets de cigarettes, patchwork de toutes les couleurs. Au fond, tout à droite, un escalier étroit et pentu, en bois peint conduit à une galerie perchée au-dessus du présentoir à clopes. Un visage se dégage de la balustrade du balcon. C'est Monsieur. Il lance « salut Robert, ah t'es avec le futur pêcheur. Je pense que la canne est pour lui. J'ai sélectionné un magnifique bambou ». Sur ce monsieur R. descend. Les marches grincent. Dans sa main, quatre joncs d'un marron brillant comme le fruit qui a été caressé depuis plusieurs minutes. Mon père examine chaque élément, portant une attention toute particulière à la baguette de pointe. « Alors qu'en penses- tu »? lui demande le marchand ? «Parfait» répond mon père. Ce qui est appelé à devenir une canne est déposé sur la vitre du comptoir. Ouvrant un tiroir, Monsieur R. choisit des petits tubes en laiton. Il sélectionne chaque cylindre de manière à ce que celui-ci s'adapte sans jeu à l'extrémité d'un élément. Ces viroles serviront à solidariser les verges qui constitueront la canne. Il faut encore sélectionner les anneaux. Leur grandeur doit être en adéquation avec la section de bambou sur laquelle il prendra place. Deux petites pièces en forme de "Z" pour y fixer un fin cordonnet. Ce cordonnet est enroulé sur une pièce de carton. Une bobine de nylon, des grenailles de plombs, des hameçons, trois ou quatre bouchons. Le fil, rouge, je le trouverai dans la boîte à couture de ma mère. Je lui emprunterai aussi son verni à ongles. Pas le rouge mais le transparent, cela donnera plus corps au lien.
Me voilà les bras chargés, mais oh combien content. Reste l'assemblage des divers composants. La mise en forme se fait sous les conseils bienveillants de papa.
Arrivé à la maison, mon père fixe un anneau en me montrant comment pratiquer. Il marque la position des autres, puis il me demande, « as-tu bien compris comment il faut faire»?« Oui, oui, j'ai bien vu ! ». Facile, me dis-je. Je m'installe, positionne un anneau, saisis le fil que je tiens sur la canne avec l'anneau et commence à tourner la bobine. L'anneau m'échappe, le fil se sauve et n'en fait qu'à sa tête. Après plusieurs tentatives, celle-là me semble la bonne. Avant de vernir, très fier, je vais présenter mon œuvre à mon père. Il prend la baguette d'une main, pince l'anneau entre le pouce et l'index de l'autre. Mon montage ne passe pas le test. Voilà l'anneau séparé du bambou. Il me faut me remettre à l'ouvrage.
Ce n'est qu'après plusieurs tentatives, que je pourrai vernir la ligature. J'apprends, une fois de plus, que toute chose ne devient facile qu'une fois apprise et après de nombreux exercices. Le cordonnet est lové sur les deux petites pattes en forme de "Z". Vient le moment où la baguette de bambou se mue en canne à pêche. Qu'elle est belle ma canne. Jai hâte de la mettre en service, mais il faut attendre l'ouverture.

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05/12/2007

Noël dites vous

Nous approchons des fêtes de fin d'année. Je ferme les yeux et me revoilà cinquante ans plus jeune.
C'est la veille de Noël. La table est agrandie, prête pour les agapes. Le sapin s'illuminera de mille feux. Ma mère s'active, chaque détail est soigné, il faut que tout soit parfait.
Mon père me propose d'aller voir la remonte des truites. Je crois que c'est pour ne pas gêner maman dans son travail. Des truites, j'en ai souvent vu dans la baignoire et je sais elle ne sautent pas. Qu'à cela ne tienne. Il y a des amis de papa, Momo et Serge. Momo parle en argot et il a beaucoup d'histoires à raconter. Je ne comprends pas grand-chose, mais il nous fait toujours rire. Le voyage passe vite et dans la bonne humeur.
Arrivé à proximité on quitte la voiture et nous nous rendons à pied auprès d'une chute d'eau. D'autres pêcheurs sont présents, ils nous informent qu'une très grosse truite est arrivée à passer. Les tentatives de franchissement sont quasi ininterrompues. Il y a parfois des petites pauses, mais ne durent guère plus de trois à quatre minutes.
Mon père m'explique que chaque année, à pareille époque, les truites cherchent à remonter les rivières pour aller se reproduire. Des seuils comme celui-ci sont des infranchissables, rares sont les spécimens en mesure de gravir pareille hauteur.
Puis, comme pour mieux observer, les paroles s'épuisent. Je regarde les glaçons qui se balancent aux branches, l'eau gelée qui couvre les pierres comme d'une couette. La glace qui abrite par endroits la rivière laisse entrevoir le liquide de vie qui danse sous cette vitre hivernale.
Il ne nous faut pas plus de deux minutes pour que mon père me montre une truite en train de sauter. L'œil n'est pas encore exercé et je n'ai vu qu'un trait descendre dans le courant. D'autres truites sautent et petit à petit mes yeux s'adaptent. Bientôt, plus aucune lacustre n'échappe à mon regard. C'est un vrai festival. Certaines font de la haute voltige. Les bonds sont impressionnants. J'en vois même une qui tente de poursuivre sa montée en nageant dans la veine d'eau qui glisse à vive allure. En vain. Le courant aura raison de la belle argentée qui se retrouve prestement en plein bouillon au point de départ.
Le bruit de la chute est entrecoupé par des exclamations d'admiration comme lors des feux d'artifices. Chacun y va de sa description. Tout y passe, la taille, la robe, la tenue et la hardiesse.
En regardant ces messieurs, absorbés par le spectacle, je me rends compte que j'ai été convié à un grand événement.
Vient le moment où mon père nous rappelle qu'il est l'heure de rentrer. Au retour, les échanges verbaux se font rares. Nous sommes encore tous empreints de ce moment de vie.
Ce jour-là, j'ai appris que Noël a aussi un sens de renouveau pour les truites.
Je déplore qu'aujourd'hui l'humain ait dénaturé cette fête pour en faire une affaire bassement mercantile.

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25/11/2007

Crue d'automne

Enfin, la pluie est revenue. La terre a pu boire. Elle en avait bien besoin. Les rivières ont grossi, déclarant ouverte la période de reproduction des truites et minimisant la proportion eau - polluants.
Impatient de revoir les truites sauter, je me suis installé au pied d'une chute, le regard balayant la zone la plus propice. Ce secteur où, l'an passé, j'ai admiré de nombreuses salmo trutta lacustris en pleine migration.
À l'amont du barrage l'eau glisse comme un miroir dans la pénombre, elle envoie des reflets vert épinard accompagnés de bleu de prusse et les remous sourds, ceux venant du fond, se strient de jais.
Passant le couronnement du barrage l'eau se prosterne. Lisse, elle entame sa descente. La couleur change. Proche de moi, elle vire à dominance ocre. Plus loin, elle devient d'un vert hooker éclatant. Stoppée dans sa glissade, elle s'élève, se retourne et de frayeur, elle en pâlit. La dégringolade se poursuit avec des rebonds impressionnants. Elle s'habille de topaze avec des touches tilleul.
Au pied de l'ouvrage, emportée dans son élan elle plonge pour resurgir, emportant au passage quelques feuilles mortes quelle expédie haut dans les airs. Il s'ensuit un bouillonnement intense qui se pare d'écru. Tout déboussolés, des courants se dirigent vers l'amont. D'autres ont hâte de retrouver la surface et jouent des coudes; certains hésitent. Finalement, ils retrouvent le chemin et ensemble se dirigent dans la bonne direction tout en respectant le rythme de chacun. Frémissante, notre rivière poursuit son chemin.
À la surface, des bulles se forment. Petites au départ, elles ne tardent pas à grossir pour éclater, permettant au liquide de vie de reprendre sa couleur.
Deux bonnes heures ont passé. Pas une truite! Ce sera pour une autre fois.
J'ai du mal à quitter les rives sans avoir vu une nageoire. Je descends sous le pont du chemin de fer et scrute le fond du lit. À l'amont de la passe à poisson, en plein courant, une belle lacustre se joue de la vitesse de l'eau et semble se maintenir sans effort. C'est fascinant. Par un volte-face foudroyant, elle descend de quelques décimètres et reprend sa place. Était-ce pour attraper une proie ? Je ne le saurai pas. Mais une chose est certaine : elle sait admirablement exploiter les lames d'eau.


Sur le chemin du retour résonne encore à mes oreilles le tumulte de la chute d'eau. Et là, sans peine, j'imagine le brouhaha des débats politiques. L'analogie entre ces courants qui cherchent leur chemin, jouent des coudes avec nos chers, très chers élus. Mais là s'arrête la comparaison. Les courants ont repris leur chemin dans le respect de chacun, dans un intérêt commun.
Je vous invite vivement à lire les billets de Stephane Valente qui analyse avec intelligence, subtilité et humour, sans parti pris, les dires de nos politiques.

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21/11/2007

Jour de bise

La bise s'en donne à cœur joie et sans ménager ses efforts elle entraîne qui veut à jouer avec elle. La terre peut, ne serait-ce qu'un instant, se soulever en tourbillonnant ça et là, mimant l'intégrale tout en traversant mon champ de vision en clé de fa. Quelle offrande que ce spectacle.
Les arbres se laissent emmener dans une danse effrénée, rythmée par les rafales. Les feuilles des arbres et des buissons prennent leur liberté en se laissant emporter, jouant avec les rayons de soleil et dispersant un nombre impressionnant de petits messages, parsemant le ciel de subtiles touches de couleurs.
L'herbe quant à elle préfère s'incliner respectueusement à chaque bouffée d'air.

Le lac en frémit. Il en est tout retourné, laissant libre cours aux « chevaux blancs » qui, bride abattue, le parcourent. Sa respiration devient profonde et ce n'est que bonheur pour ses occupants.
La Versoix, cachée par la végétation, profite aussi de ce souffle. Les grands plats, d'ordinaire placides, se mettent à frémir, renvoyant sous forme d'éclats dansants les rayons de lumière . La surface ne reflète plus, comme un miroir, la toile de ses rives. Ici une brindille nage à contre-courant, traçant un bref sillon au passage.

Levant un court instant les yeux vers le ciel, je vois que les nuages ne sont pas en reste. Ils courent, se dépassent, jouent à saute-mouton, fusionnent ou se défont formant à chaque instant de nouvelles images. À leur guise ils font apparaître ou disparaître les rayons d'un soleil déjà moins ardent. Arrivée de sieur hiver oblige.
Des oiseaux se jouent des courants. Faisant face au vent du Nord, ils y prennent appui pour s'élever. Une pirouette et les voilà emportés à grande vitesse, surfant sur les couches d'air.

Bien trop occupées à rechercher le lieu propice à leur nuit de noces, deux truites évoluent sans prêter attention à toute cette excitation. Leur objectif du moment est un emplacement propice à déposer les œufs en assurant une bonne oxygénation. La femelle sonde le lit alors que le mâle écarte, avec vigueur, tout prétendant.

Les poils de Carex (mon chien), en totale symbiose avec les tons de l'automne, acceptent de jouer avec la bise, faisant émerger de subtiles nuances. Mon compagnon à quatre pattes, avec le flegme qui le caractérise, ne s'en offusque pas. La truffe au vent, fier comme Artaban, il guide mon chemin.
Bien à l’abri dans mon manteau, les mains calées au fond des poches, le chapeau vissé sur la tête, je prends plaisir à sentir le vent froid me fouetter le visage tout en fredonnant " La Truite" de Schubert . Les oreilles glacées me rassurent, je ne rêve pas et une fois rentré à la maison, elles ne tarderont pas à devenir brûlantes.

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04/11/2007

A l'écoute de la pensée

Samedi, belle journée d'automne. Assis sur une vieille souche tordue par le temps.
Mes pensées prennent leur liberté. Les savoir indépendantes me fait du bien. Elles ne s'absentent jamais très longtemps. A leur retour, j'aime les écouter. Elles m'invitent à lever délicatement un coin d'écorce. Alors, doucement mes doigts tirent un coin de cette peau. Une vie riche se révèle. Le nombre et la diversité des espèces que je découvre là me surprend et mon ignorance accroît ma frustration. Afin de ne pas intensifier le stress ambiant parmi cette population grouillante, j'abaisse l'enveloppe avec précaution. Je comprends alors que l'arbre s'est éteint tout en offrant la vie.
Ce bout de bois mort fait désordre dans la mentalité de trop nombreuses personnes, conditionnées au "propre en ordre aligné couvert". Mes pensées qui, tout à l'heure vagabondaient, m'ont permis de découvrir que la vie s'épanouit dans un désordre apparent de la nature. Le parc, le jardin bien entretenus, ordonnés, soignés avec leur gazon régulier représentent l'anti-chambre de la fin.
Elles, les pensées, veulent éveiller mon attention sur quelque chose, mais quoi ?
Je ferme les yeux pour que d'autres sens puissent s'exprimer. La brise entraîne les odeurs à mon nez, l'air porte le chant de l'eau à mes oreilles.
Cette mélopée exalte ma mémoire et me rappelle cet article paru dans un hebdomadaire relatant les soucis d'alimentation en eau d'une région proche et dont les élus politiques et autres décideurs ont cru que la source dans laquelle ils pompaient était inépuisable.
Courte vue, manque de réflexion, incompétence ou ignorance ? Navrant, en tous cas!
Canalisations, corrections, assainissements et j'en passe, que n'a-t-on pas fait subir aux cours d'eau et milieux humides...
Aujourd'hui, à grands frais, on renature, on aménage dans le but de permettre à la vie de reprendre ou de s'y maintenir. J'espère qu'il n'est pas trop tard!
La complainte qui arrive à mon oreille est émise par le canal qui s'étire à la pointe de mes pieds et dont quelques pêcheurs et moi avons la gestion. Il doit offrir un espace favorable à la reproduction et au développement des truites.
Où faut-il disposer les pierres, les souches et branches de manière à ce que le canal puisse devenir un milieu de vie, où chaque espèce y trouve son compte?
Une voix me susurre : essaie de devenir eau et tu trouveras la réponse.

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01/11/2007

Le vélo

Je vous ai déjà parlé de mon vélo? Mais oui, la chute!. Cet engin a aussi son histoire. Il ne m'a pas attendu pour effectuer ces premiers kilomètres. Mon père l'a utilisé intensivement pendant de nombreuses années avant de le remiser à la cave. Le bicycle connaît toutes les rivières du bassin Genevois et bien des rivières plus lointaines.
Un jour, mon grand père me propose de descendre avec lui à la cave. C'est toujours avec plaisir que je me rends dans ce lieu sombre, poussiéreux, mais ô combien chargé d'histoire par les objets qui y dorment. Même les odeurs me parlent.
L'accès à ce lieu est protégé par une porte constituée de barreaux métalliques. Mon grand-père introduit la clé dans la serrure. Il la tourne une première puis une seconde fois, libérant ainsi le loquet. Maintenant, la porte pivote sur ses gonds. Nous descendons les escaliers, que l'on sent fatigués par le temps, les marches en molasse sont usées, tordues, lisses, quelques bords ébréchés. La dernière marche nous conduit sur un sol de terre battue.
Mon Grand Père allume sa lampe de poche et c'est à la lueur de celle-ci que nous atteignons la porte de la cave. Il l'ouvre et dirige le faisceau de lumière jaunâtre en direction de la paroi de droite. La silhouette d'un vélo apparaît sous les toiles de poussière et d'araignées qui le couvrent. Mon Grand Père me raconte la vie de ce vélo avant de me proposer le vénérable objet. Devinant mon bonheur, il libère le cycle de ses toiles, le décrocher du mur sur lequel il est suspendu et me dit: « il est à toi». Une fois remonté sur le trottoir, les pneus gonflés, la selle réglée, j'embrasse mes Grand-Parents et c'est très fier que je marche aux côtés de mon vélo.
Les moments libres sont consacrés à préparer le cycle, nettoyage, réglage, changement des pneus, ponçage des gardes-boues et même le cadre est repeint en bleu roi avec un filet d'or.
Le printemps est la et la nature s'éveille, la pêche est ouverte, la petite reine est prête.
Tout n'est pas acquis pour autant. Il me faut convaincre ma mère afin qu'elle accepte que je puisse me servir de ce moyen de locomotion pour aller à la pêche. Mon esprit étant souvent en promenade du coté de l'astre de la nuit, je comprends la crainte de maman.
Il me faudra l'aide de copains qui lui assurent de bien veiller sur le doux rêveur.
C'est en pédalent que je vais à la découverte d'autres lieux de pêche.

21:46 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2007

Remonte

À chaque promenade le long de la Versoix je scrute le lit de la rivière en espérant voir une de ces grosses truites lacustres. Pourtant, je le sais bien, les conditions ne sont pas requises, le niveau d'eau étant au plus bas.
Mon imagination me dépeint toutes ces truites prêtes à affronter le courant. Elles sont là. Elles attendent le signal, celui que la rivière leur donnera.
Pour que la rivière puisse annoncer le moment de la migration, il faut que l'esprit de la pluie daigne se réveiller et déverser le précieux liquide en abondance. Les rivières peuvent grossir, entraînant dans leur descente une multitude de particules et d'organismes troublant l'eau et c'est à l'abri des regards humains que le signal du départ est annoncé.
Les lacustres vont se battre contre le courant, vaincre les obstacles. Dans cette lutte pour transmettre la vie, elles seront accompagnées par quelques fario.
Longtemps paralysées dans leur migration par de nombreux barrage que l'homme a édifié pour son usage, sans égards pour les occupants de ces lieux. Les entraves érigées sur le parcours Suisse de la Versoix ont été contournées par la construction de passes à poissons. D'importants travaux sont encore à venir pour permettre aux ombres de monter et se reproduire dans cette eau.
Pour l'instant, je me contente de sonder la rivière et ses canaux dans l'espoir de voir quelques truites ou ombres. La bise joue avec la pellicule de surface qu'elle frise, par vagues successives en me renvoyant des éclats de lumière. Ces conditions ne facilitent pas mon observation.
Canards, harles bièvre, cincles plongeurs, bergeronnettes et un martin-pêcheur qui, par son cri, m'a annoncé sa visite. Ces volatiles m'ont démontré une fois de plus qu'il est plus aisé d'observer des oiseaux que des poissons.
Avant de terminer ma promenade j'ai la chance de contempler une truite chassant dans le canal des Usiniers.

 

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08/10/2007

La chevrette

Ce samedi matin, sept heures trente je roule sur un long rectiligne. Mon attention se porte sur une voiture immobilisée sur le côté opposé. Les occupants ont traversé et observent je ne sais quoi ou qui. Je laisse ralentir mon cageot tout en jetant des regards furtifs dans le champ se trouvant sur ma droite.
Soudain je vois une petite tête brune. Un peu plus loin j'immobilise ce qui me sert à me déplacer. Les personnes me font comprendre que l'animal a été touché par une voiture.
C'est une chevrette, elle tente de se relever mais son arrière-train ne la porte plus. J'appelle les gardes tout en m'écartant de manière à ne pas accroître son stress.
Bientôt la vie la quittera. Toute la journée je pense à ce frêle cervidé. J'ai du mal à accepter cette mort. L'endroit est dégagé et celui qui l'a heurtée n'a même pas eu la décence de s'arrêter.
Quelques jours plus tard, c'est un brocard que les gardes transportent. Mort sur la route aussi. Nos voies de communication, non contentes d'être des obstacles, y prélèvent un lourd tribut.
Le long d'un autre rectiligne, boisé celui-ci, récemment les bornes ont été équipées d'un dispositif permettant d'informer les animaux de la venue d'un véhicule.
Il est, certes, plus facile d'apprendre les règles de la circulation à nos frères à quatre pattes qu'au bipède que nous sommes.

 

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30/09/2007

Le retour

Ce dimanche 30 septembre est le dernier jour de pêche en rivière de l'année sur le canton de Genève.
Étrangement, je n'éprouve aucun déplaisir à l'arrivée de cette période de trêve. Bien au contraire, je brûle d'impatience de revoir les grosses truites lacustres entamer leur migration et revenir dans la région qui les a vus naître. Elles n'attendent que le signal du grand jour annoncé par les premières crues automnales.
Qu'elles soient lacustres ou farios, toute leur énergie sera dévolue à ce voyage plein de dangers et d'obstacles à franchir.
Les voir se battre contre le courant, effectuer des sauts impressionnants pour atteindre le niveau supérieur d'une cascade est un spectacle qui force mon admiration et dont je ne suis pas près de me lasser.
Une fois le lieu de reproduction atteint, les femelles cherchent l'emplacement le plus favorable pour y déposer les œufs. Puis elles s'activent à retourner les cailloux afin que l'eau puisse y apporter l'oxygène indispensable à la vie. Quand l'emplacement est fin prêt à recevoir le précieux trésor, les mâles viennent se placer au côté de la femelle pour couvrir de leur laitance les petites perles oranges. Cette activité est répétée à plusieurs reprises puis, épuisées, elles entament le retour. Les nageoires affichent les preuves évidentes qu'elles n'ont pas ménagé leurs efforts dans un seul but: transmettre la vie.

 

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