07/12/2008

Le Héron

Comme les années précédentes, avec un petit groupe de pêcheurs, nous consacrons une journée à la préparation des espaces de reproduction. Il nous faut les rendre aussi accueillants que possible. Les refuges libérés de tout obstacle permettent aux truites de se sentir à l'abri.
Depuis, mes temps libres sont absorbés par l'observation et le suivi des frayères, quelles aient été préparées ou non. Chaque observation de surface travaillée par salmo trutta est située, mesurées. Et quel bonheur de pouvoir observer une truite ou un couple en pleine activité. Ces nids de gravier semblent nombreux, l'année s'annonce prometteuse.
À chaque visite des canaux que nous avons préparés, soit tous les quatre à cinq jours, je profite pour surveiller l'apparition de ces maternités. En dégageant les grilles des branches et feuilles mortes qui s'y amoncellent, je contemple un héron perché sur l'une des frayères. Ses pattes prennent appui sur une surface confortable qui lui offre une vision parfaite du secteur. Si, en marchant d'un pas sûr, je feins de ne pas le voir, je peux passer très près de cette statue vivante. Mais s’il m'arrive, même à bonne distance, de le fixer, je vois des petits mouvements lents s'opérer. Le volatile gris se positionne avant de déployer ses ailes et de s'élever en repliant son long cou tout en pointant son bec comme une lance  dans la direction choisie.
Bien que je ne voie plus de truite et qu'aucune surface de gravier n'aie reçu de visite de Téléostéens, je reste confiant car une personne ornithologue de son état, m'avait expliqué qu'il faut laisser faire la nature qui assure un équilibre. À ma question "qu'en est-il des milieux perturbés" il m'apaise avec la même assurance. Après chaque ronde,  je rentre donc confiant et m'attends à ce qu'à la prochaine tournée, j'aurais enfin la satisfaction de voir du gravier fraîchement retourné.
Depuis quelque temps, je ne vois plus le héron, la truite non plus. Les petits cailloux restent d'un brun rouille sombre uniforme. À mon grand désespoir, je comprends le sens de cet équilibre, il est parfait ! Héron et salmo trutta ne sont plus.

05/09/2008

La voix de la Versoix

La parole est à la Versoix.

Vous savez, même si l'on prend soin de vous, mettant tout en œuvre pour vous rendre une part non négligeable de votre espace de vie, trois mois dans un lit exigu, c'est long! Oh, pas seulement pour moi! Les truites, depuis quelques semaines, minifestent leur désir de se déplacer. Dame Nature a entendu nos besoins, elle a demandé à Pluie, l'une de ses filles, de me donner un avant goût de mon futur lieu de vie. Elle en a tant fait que ces hommes qui n'ont pas ménagé leur peine, ont choisi de me laisser m'ébattre dans mon cours d'origine réhabilité. Qu'ils pardonnent mon impatience. J'en suis consciente, je ne facilite pas la suite de leur labeur. J'ai ouï-dire qu'ils voulaient encore arranger ma berge en rive gauche. Je crois encore vivre un rêve et pourtant, j'ai peur de me réveiller entre deux murs.
Les truites qui attendaient dans les derniers retranchements de poursuivre leur pèlerinage sont heureuses; elles me l'ont fait savoir en jouant à remonter dans mes ondes.
Merci à ces thérapeutes qui se soucient de ma santé alors que tant d'autres ne cherchent que le profit égoïste à court terme, vilipendant le futur.

DSC_2223.jpgDSC_2226.jpgDSC_2229.jpg

03/09/2008

Un bavard

En appuyant mon vélo contre le tronc d'un frêne, non loin du canal qui alimente encore le moulin, je reconnais le "Paloma” de Marcel. Est-il monté ou s'est-il dirigé vers l'aval? Peut-être s'est-il rendu à la sortie d'eau sous la roue du moulin, où il y a un trou profond et de grosses truites? Bien qu'il y ait un écriteau "entrée et pêche interdites propriété privée”, je ne peux m'empêcher d'aller admirer les grosses fario qui s'y trouvent et la tentation est telle que je ne peux me contenir de lancer mon amorce. En tous les cas, Marcel n'est pas ici.
Je décide de monter vers la prise d'eau. J'aime pêcher le radier qui se trouve au-dessus du lac de retenue. C'est au beau milieu de ce plat en rive droite que j'ai attrapé m'a première grosse truite à la mouche. La couleur de l'eau n'est pas favorable à cette technique. C'est une eau de fonte de neige, verdâtre. Je décide de faire la montée à la dandinette.
Je longe le canal; il est profond et il est rare d'y observer des truites. Mais en montant, je prends plaisir à scruter l'eau. Le sentier s'écarte du canal pour s'élever avant de plonger sur le barrage. Pour traverser l'ouvrage, il faut emprunter une petite passerelle de planches fatiguées par le temps, certaines ont disparu, d'autres sont cassées et celles qui subsistent sont diablement glissantes.
Au milieu, il y a un pêcheur et à ses côtés je vois Marcel. Il me fait signe de le rejoindre. Le pêcheur dispose d'un matériel neuf impressionnant, en nombre et en qualité. L'homme est prolixe, nous donne de moult explications sur les façons de pêcher, nous décrit des parties de pêche dignes des années d'abondance. A l'en croire les truites étaient si grosses, qu'avec leur dorsale elles devaient rayer les ponts en les passant et les plus grandes bloquaient l'embouchure. Bref, nous avons beau être jeunes, nous restons très sceptiques devant tant de savoir.
Finalement, notre spécialiste se prépare enfin à lancer son leurre. Une énorme cuillère dorée reliée à un fil pour la pêche à l'espadon. Avec Marcel nous nous regardons sans mot dire. Je perçois dans les yeux de mon camarade une étincelle malicieuse, anticipant la scène.
Notre disciple de Saint-Pierre élève son bras, le coude s'arrête à la hauteur de son œil droit, l'avant-bras dirigé en arrière avec la canne pointant vers le sol. Soudain, son bras commence par tourner, entraînant dans son élan l'avant-bras, tout en traçant une développante de cercle avec la pointe de la canne qui entraîne le bas de ligne et la quincaillerie attachée à son extrémité. Alors que la canne n'a pas encore atteint la verticale, de son index il libère la ligne. Voilà le leurre métallique qui s'élève haut dans le ciel, renvoyant des éclats lumineux. Il décrit une lente courbe avant de se diriger vers le sol. Lors de ce passage aérien, il survole une branche bien garnie. Ce magnifique voyage spatial ne permet pas à la "Meps” d'atteindre l'eau.
Aurait-il dû se confier plutôt à Saint-André ? Toujours est-il qu'il rembobine et d'un geste ample et déterminé tire la ligne. La canne se courbe, la branche fait révérence, mais la monture ne quitte pas son poste. Tout en avançant la pointe de la canne en direction du piège, notre quidam mouline, le nylon s'allonge, la tension monte, les feuilles frétillent. Notre amoureux de la gaule, dans un dernier espoir s'éloigne de l'obstacle en tirant sur sa canne. Soudain, la tôle revient à pleine vitesse; elle passe à quelques pouces au-dessus de la tête de son propriétaire, poursuit sa course et amoureusement enlace les rameaux d'un buisson. En secouant sa canne en tout sens, le gars la tire à nouveau. A l'image d'un arc, elle accumule de l'énergie en se courbant. Sous la contrainte, le nylon s'étire comme un élastique. La verdure lassée de ce jeu, cède en réexpédiant le matériel à son propriétaire. Cette fois, la course est interrompue par la manche de la veste de notre homo sapiens. Il lui reste à extraire deux des hameçons du triple qui ont traversé l'étoffe et l'ardillon ne rend pas la chose facile.
En nous enfonçant dans la végétation, nous laissons exploser nos rires.

20/08/2008

Défaillance cérébrale

Avez-vous déjà remarqué qu'en dissimulant le jouet d'un bébé, jusqu'à l'âge de 8-10 mois, derrière son dos, il se met à pleurer, ou s'en désintéresse. Car pour lui l'objet qu'il ne peut voir n'existe plus.
Mais à ma grande surprise, j'observe fréquemment des bipèdes qui physiquement n'ont rien du tout petit et qui considèrent pourtant  nombre d'objets qu'ils ont placé hors de leur vue immédiate comme inexistant.
Faut-il en conclure que ce type d'humain n'a pas évolué depuis sa naissance ou est-ce lié à une défaillance cérébrale? Même si l'éducation a fait défaut, il me semble que la plus élémentaire réflexion devrait suffire.
Reprendre avec soi la boîte, la bouteille ou la canette ne semble pas un problème. D'autant moins, que son contenu a été consommé et que le réceptacle est bien moins pesant, son volume peut être réduit excepté pour la bouteille en verre. Et n'oublions pas que les matériaux qui enveloppent les produis de consommation peuvent être revalorisés par la récupération.
De ce noir constat, il y a plus inquiétant: quand certains individus jettent derrière leur habitation toutes sortse d'objets. Aujourd'hui, j'y ai même trouvé un caddyi " neuf " de grand magasin comme l'atteste l'image.

 DSC_2181.jpgDSC_2182.jpg

10/08/2008

Remonte estivale

Revenant de promenade avec Carex je crois voir, au loin, une truite sauter. Je ne peux y croire ! pas en cette saison ! Une semaine plus tard, un monsieur me dit avoir vu bondir un grand poisson hors de l'eau. Il écarte ses mains de manière à représenter la taille approximative de ce membre de la famille des actinoptérygiens. La longueur ainsi représentée est d'environ septante centimètres. Ma réfutation n'a plus de raison, j'ai bien aperçu une truite au-dessus des flots.
Quelques jours plus tard, descendant le sentier en direction de la rivière, canne à mouche en main, bottes aux pieds, je regarde l'eau bouillonnante. Subitement, un trait surligne l'onde, une magnifique truite bondit entre deux sommets de vagues.
Plus une seconde à perdre, je fais demi-tour, troque mon matériel de pêche contre le matériel photo et me rends à l'endroit où le salmonidé s'est élancé hors du liquide. Je ne tarde pas à voir une caudale qui fend l'eau et une silhouette se faufilant furtivement sous les remous de surface. Est-ce Salmo trutta lacustris qui entame sa migration et combien sont-elles ? Une, deux, trois ou plus? Je n'en ai aucune idée.
Le voleur d'images est fixé sur son trépied, l'objectif dirigé dans le secteur où l'activité me semble la plus probable, mon doigt positionné sur le déclencheur.  Je n'ai pas à patienter longtemps pour voir des dos qui émergent. Quand survient un saut magnifique, l'index enfonce le bouton de prise de vue. Ce petit jeu reprend à plusieurs reprises. Admiratif et impatient de voir sauter les belles à la robe mouchetée, j'oublie le réglage de distance. Sur les quatre-vingts images prises, seules trois sont conservées.
Le lendemain, dix heures je m'installe confortablement dans un fauteuil pliant, un parapluie est planté en terre. Cet accessoire doit préserver le matériel d'une pluie annoncée. A ma droite l'appareil photo est réglé, positionné, le doigt est sur le déclencheur, le pouce obstrue l'œilleton de visée, l'attente commence. Les heures s'égrènent, c'est le calme plat. Le soleil poursuit sa course, déplace les zones d'ombre et de clarté. Il est quinze heures, j'ai l'impression de me trouver sur les bords d'une piscine, pas même le vol d'une éphémère.
Le jour suivant, les nuages se retirent lentement, quelques truites se montrent en fin de journée, mais la lumière n'est plus suffisante pour prendre les photos. Encouragé, je décide de revenir après la nuit. Ainsi, à neuf heures trente, je me retrouve fin prêt avec en plus la caméra pour faire un bout de film en plus des photos. Le temps passe et après six heures d'attente, je range tout mon matériel, mon chien qui s'est aménagé un petit nid se lève et m'emboîte le pas, nous rentrons. Je reviens une heure plus tard avec le minimum d'objets et vais poursuivre mon observation. Cent-cinquante minutes s'écoulent. Rien !
Les derniers jours de la semaine, sont dévolus à l'attente. Je ne compte plus les heures, avec les yeux qui scrutent la veine d'eau qui se précipite, s'émulsionne, le mélange avec l'air lui donne une couleur blanche qui étincelle sous le soleil. Mon attention est plus intense au niveau des premières vagues. Le fond est aussi observé lorsque les remous me le permettent. Il me faudra attendre la fin de la semaine pour repérer un dos qui traverse une dépression et admirer à deux reprises une truite de mesure effectuer un saut alors qu'une grosse lacustre glisse devant moi comme pour me dire "au revoir".

22:16 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (2)

05/08/2008

Rivières d'Uri

Ce sont les rivières Uranaises qui, cette année, m'ont accueilli pour une escapade en famille. Quatre jours sont prévus. Nous partons en train, destination Altdorf. Sur place, une voiture est réservée avec laquelle nous parcourons une quinzaine de kilomètres pour arriver à l'hôtel.
L'arrivée dans le chef-lieu d'Uri est trop tardive pour aller chercher le permis de pêche. Qu'à cela ne tienne, demain est aussi un jour et nous en profiterons pour venir visiter la ville. Le lendemain, la petite ville est en ébullition: préparation des festivités de la fête nationale. C'est jour férié et « Umweltschutz », le service délivrant les permis, est fermé. Changement de programme, ce sera promenade et baignade.Notre petite fille est ravie.
Le soir venu, je téléphone à Ruedi, un grand pêcheur de ce canton alpin, berceau de la Suisse. Il me rassure. Demain, nous pouvons obtenir l'indispensable sésame dans un magasin de pêche. La dite boutique sera notre lieu de rendez-vous.
Samedi, ma femme, ma petite fille et Carex m'accompagnent à Flüelen. De là, la petite troupe me quitte et emprunte la voie Suisse direction chapelle de Tell.
Ruedi est à l'intérieur d'un petit chalet qui fait office de magasin de chasse et pêche. Nous discutons un instant et je décide de ne pas prendre de permis, mais d'aller observer les rivières. Certes, je ne vais pas voir tous les cours d'eau, une journée n'y suffit pas. Mais mon guide me propose de me faire connaître rivières et torrents qu'ils affectionnent particulièrement. Le paysage est grandiose et les truites ne manquent pas. Les conditions de vie dans ces eaux froides sont rudes et une truite de vingt-trois centimètres peut avoir six ans. Ruedi m'apprend que les truites atteignant les trente-cinq centimètres sont très rares.
DSC_2056.jpgAfin de bien me rendre compte du cheptel piscicole, il lance la cuillère avec douceur et précision sous le surplomb d'une pierre, le long de la berge et tout en la ramenant lentement, il la laisse dériver dans le courant. Les lancers sont courts, mais presque tous sont suivis d'un poisson et les attaques sont franches. Nous remontons ainsi, sur une centaine de mètres, chaque cours d'eau visité. Dans chacun d'eux, j'ai le plaisir d'assister au moucheronnage d'un grand nombre de truites et à de belles éclosions de d'éphémères. En arrivant au dernier secteur de notre visite, il m'annonce que là, il gardera les deux truites promises à sa femme. Les deux prises  ne tardent pas et font bonne mesure.Tout en parcourant les rives des affluents de la Reuss, j'observe de multiples bras parallèles, zones de reproduction par excellence. Je remercie Ruedi de m'avoir fait découvrir ses coins. Pour sûr, je vais revenir muni du permis.DSC_2050.JPG
Dimanche, en famille, nous parcourons deux tronçons de la voie Suisse « Genève et Jura », avant de prendre le bateau pour aller visiter la prairie du Grütli et terminer la journée par une baignade, très appréciée par cette chaude journée. Lundi, retour à Genève Eloise est heureuse de retrouver sa maman, pour papa ce sera plus tard, travail oblige. Pour nous trois, il nous reste à reprendre un train qui nous conduit à Versoix où le chien s'empresse d'aller boire et faire quelques pas dans sa rivière, alors que mon épouse et moi regardons l'avance des travaux avant de rentrer.

 

Travaux sur la Versoix http://gallery.me.com/jpmoll 

15:53 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (5)

24/07/2008

En toute amitié

Assis sur un racine habillée de mousse verte, je me sens bien; mon regard se promène sur les flots, les frôlant tout en douceur, sans les toucher dans les zones riches en scintillement et éclats de lumière. Les espaces de bouillonnement bercent ma vision qui s'abandonne dans l'écume. L'aire baignée d'un soleil filtré par la végétation autorise des coups d'œil sur le benthos. Dans un périmètre d'ombre, l'eau joueuse anime l'onde de surface, ouvrant et fermant aléatoirement une fenêtre sur le fond, laissant apparaître une truite à l'affût de nourriture.
Ma vue n'est pas seule à se trouver à la fête. La rivière, la bise dans les feuillages, le bruissement de petits mammifères accompagnés de gazouillis d'oiseaux composent une sonate qui ravit mes oreilles.
Mes mains caressent, en alternance, le revêtement végétal sur lequel je me suis installé et une pierre humide façonnée avec patience par la Versoix.
Alors que par vagues successives, l'exhalaison de l'eau vient effleurer mes narines. Les senteurs transportées par l'air aguichent mes papilles gustatives.
Pendant que mes sens sont mobilisés, mes pensées entreprennent une randonnée qui me mène à cogiter sur ma nouvelle approche de la pêche.
Voilà deux ans que je me suis mis à m'interroger sur ce qui me motive à la pêche. Depuis longtemps déjà je relâche toutes mes prises, il fut un temps où j'éprouvais une satisfaction à prendre le poisson dans mes mains, le décrocher et le regarder reprendre sa liberté. Vint le temps où, une fois ferré et ramené à mes pieds, je faisais glisser la pointe de ma canne en direction de l'hameçon et d'un geste leste libérais la captive. Par la suite, après le ferrage, je m'empressai de donner du mou de manière à ce que la truite ou l'ombre se dégage de lui même.
Bilan: mon premier plaisir - et non des moindres - est de présenter ma mouche dans des lieux peu accessibles. Cette artificielle doit mimer, le plus naturellement possible, le trichoptère ou l'éphémère. Cerise sur le gâteau, voir le salmonidé venir gober le leurre. La capture ? Je n'en retire plus qu'une satisfaction  insignifiante et un sentiment pénible lui succède.
Après deux ans de tergiversations, j'en suis venu à  couper l'hameçon à sa courbure, m'offrant ainsi le plaisir d'exercer mon adresse, assister au gobage en laissant toute liberté à mon partenaire que je taquine de recracher ma mouche.

12:55 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (3)

12/07/2008

Bête noire dans la nuit

Le soleil a frappé toute la semaine. Jamais, à ce jour, il avait fait aussi chaud. Au bureau, les feuilles de papier transparent n'en peuvent plus, elles se chargent de l'humidité de nos mains et le papier gondole, se fripe, ne peut plus s'allonger retenu par les bandes adhésives pour se tendre la nuit au point de faire céder les attaches. Il faut savoir que notre lieu de travail est au dernier étage; qualité de lumière oblige. Juste sous un toit plat. L'isolation, c’est quoi? Et il n'y a pas de climatisation. Cela ne s'est jamais avéré nécessaire. Nous sommes en juillet 1972. Mais cette année-là, les conditions sont telles que notre directeur vient annoncer que si la température passe les vingt-huit degrés, il fera appel pour que l'on monte des boissons et si elle devait passer les trente, nous arrêterions le travail. Finalement, nous avons eu droit à la boisson et de justesse, mais la température ne nous a pas fait le privilège d'une pause.
J'ai prévu que cette fin de semaine, nous la passerions hors de la ville, dans la forêt, non loin de la rivière. Ainsi j'irai à la pêche. Une fois rentré, je décrète à mon épouse que cette fin de semaine, nous dormirons à la belle étoile, elle sur un lit de camps oui dans six semaines elle sera maman. Moi sur le sol, cela fait plus rustique. Samedi, après quelques courses - estomac oblige - nous partons pour le lieu de mon choix. La voiture est parquée à l'orée du bois et nous installons notre camp. Ma bien-aimée dresse la table sur une nappe placée à même le sol. Je cherche du bois pour le feu du soir. Après un bon pique-nique, armée de bouquins, ma compagne prend place sur le lit de camp et moi, je m'enfonce dans la végétation, canne à la main, en direction de la Versoix.
Vers la fin de l'après-midi, mon estomac, oui toujours lui, me fait savoir qu'il est l'heure d'aller manger avant de repartir pour le coup du soir. Le feu est allumé, le repas chauffe, tout est prêt. En mangeant, je commente ma partie de pêche.
Le soleil descend, il effleure le Jura. Il est temps de repartir; les insectes se manifestent nombreux, les moustiques ne sont pas en reste, mais j'en suis vacciné, moi. Le soleil a terminé de passer derrière la montagne. Tranquillement le ciel s'assombrit. Le silence prend ses quartiers; il lui arrive d'être interrompu par le cri d'un animal, le bruissement des roseaux se frottant les uns aux autres. Le gobage de quelques grosses truites aspirant leur proie, n'est que le soupir d'une soirée qui se retire sur la pointe des pieds. Il est temps de rejoindre l'élue de mon cœur.
Mes derniers pas sont guidés par la lueur des flammes qui dansent. Mon épouse s'est lovée dans une couverture, pas pour se protéger de la fraîcheur de la nuit, mais pour soustraire le plus possible son corps aux assauts des diptères avides de sang. Je m'allonge sur le sol aux côtés de ma belle et tout en discutant, nous contemplons le ballet érotique des braises, ainsi que la ronde langoureuse des étoiles, traversée par quelques météorites. Nos paroles se font plus évasives, plus rares. Les paupières se ferment lentement, nous nous endormons sous cette voûte majestueuse.
Des grognements, accompagnés de bruissements, me sortent de mon sommeil. Je lève la tête afin de situer leur source. Attentif, j'attends. Seul le silence est présent. Je me recouche. Quelques minutes plus tard, les grognements se font entendre à nouveau. Je relève la tête, ils cessent. Juste quelques bruissements se font entendre. Le manège se répète encore et encore. Mes neurones sont en ébullition. Je conclus que c'est probablement un sanglier. Ce doit être un mâle solitaire car il n'y a qu'un grognement et les déplacements sont délicats. Le suidé est tout proche, j'en suis persuadé. Il doit détecter mes mouvements, car il cesse systématiquement ses grognements dès que je lève la tête.
Les circuits qui se sont activés dans ma tête, m'incitent à poursuivre mes investigations, un peu comme l'inspecteur qui a des doutes sur son enquête. Je me mets à relever et reposer ma tête de manière aléatoire,  afin de surprendre la bête noire. Après tout, je suis l'homme et je dois veiller sur la faible femme!
Après de longues minutes, je remarque qu'en reposant mon oreille contre le pied du lit de camp, le grognement est plus marqué, plus net. Je mémorise le rythme, remonte vers le visage de ma princesse et là, je constate que ce léger grognement y prend sa source.
Excuse-moi, Leni, de t'avoir pris, ne serait-ce qu'un instant, pour un sanglier. C'est probablement suite à cette aventure que cet animal m'est devenu fort sympathique.

Les photos des travaux de renaturation de la Versoix sont désormait placées sur http://gallery.mac.com/jpmoll#

19:04 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

01/07/2008

La Versoix, un oued ?

La Versoix, un oued ?

Assis sur la rive, je suis écrasé par la chaleur comme sous une chape de plomb. Mes mouvements sont comptés, mesurés, réduits au minimum. Non loin de moi, un chêne m'invite à me mettre sous le couvert de ses feuilles. Comme par reptation, je m'approche du tronc et viens y appuyer mon dos. Une faible brise soulage mon corps qui vient d'être sollicité par une volée de flèches expédiées par Rê.
Sous mes pieds, la rivière a cessé de couler. Il reste quelques flaques, rendues boueuses par des oiseaux venus s'y rafraîchir. Les espaces jadis couverts de limons montrent de profondes gerçures. Les poissons ont déserté ce milieu qui leur est devenu hostile. Une couleuvre lovée à l'ombre d'un gros caillou semble attendre que le soleil file vers l'horizon.
La brise se met à prendre de la vitesse avant de marquer une pause comme si elle devait reprendre des forces avant la prochaine tentative. Lors de ces silences, ma peau se couvre de sueur; je me sens moite ce qui m'incite à moins de mouvements encore tout en cherchant à offrir le plus de surface d'échange à la prochaine bouffée d'air.DSC_1969.JPG
Sur les sommets, quelques nuages viennent rompre la monotonie bleue pâle du ciel; des visages, figurines cotonneuses, prennent forme avant d'être progressivement remplacées par des silhouettes de plomb. L'uniformité vient de céder sa place aux nombreuses sculptures qui se font et se défont au gré des courants. Le chant des oiseaux se fait accompagner par le bruissement des feuilles qui monte régulièrement en puissance.
Au loin, des grondements sourds retentissent. L'astre, si sûr de lui, se cache, plongeant précipitamment la région dans la nuit.
Un silence oppressant s'impose; il commence par forcer mon respect avant de me laisser envahir par la peur. Soudain, un flash de lumière accompagné d'un fracas assourdissant; mon chien tremble; il se blottit contre moi. Comment ne pas être effrayé face à la puissance de dame nature? Les éclairs ne tardent pas à se succéder, dessinant parfois des bassins versants s'écoulant de l'estuaire aux sources, exactement à l'inverse des cours d'eau.
De grosses gouttes rebondissent sur le sol rendu imperméable par la sécheresse. L'eau, drainée de tous côtés, reprend possession de son lit ; celui qu'elle a creusé patiemment à l'époque où le glacier s'est accordé un petit répit lors de son retrait. À présent, la Versoix donne de la voix, elle se déchaîne, entraînant feuilles, branches, arbres morts;  le roulement des pierres sur le fond se fait entendre. La force est impressionnante.
Une goutte me fait sortir de ma torpeur, je balaie du regard ce tronçon de rivière mis à sec pour conduire à bien les travaux de renaturation. La partie asséchée a été pêchée électriquement par les gardes puis visitée à plusieurs reprises encore afin de sauvegarder un maximum de poissons. N'empêche, tous ne pourront être sauvés.
Non, par bonheur, la Versoix n'est pas encore un Oued qui se remplit brutalement par temps d'orages.

22:35 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (1)

22/06/2008

Chaleur

La chaleur est arrivée. Elle m'écrase littéralement. Par moments, je descends au bord de la rivière. Là, il fait plus frais, excepté la zone en chantier. En la longeant, j'ai l'impression de me trouver dans un atelier de laminage, avec les barres d'acier rouge cerise qui s'allongent au passage entre les énormes cylindres. Imaginant ces hommes les saisissant au vol à l'aide de longues pinces pour les replacer dans le four avant un nouveau passage. Vous le comprendrez probablement, ce printemps, plutôt frais, n'était pas pour me déplaire. Mais c'est l'été et, modification climatique avérée, les périodes exceptionnellement chaudes du siècle passé sont devenus la norme. Alors, il faut s'y faire. Cela dit, je privilégie les lieux ombragés, balayés par un petit courant d'air. Je suis conscient de ma chance en voyant devant moi quelques magnifiques sapins. Eux n'ont pas la liberté de se mettre à l'ombre et ils sont dans l'impossibilité de déposer leur lourd et épais manteau d'aiguilles. Les frênes, eux, ont recroquevillés leurs feuilles, tentant de minimiser la surface harcelée par les dards d'Hélios.
Une légère brise balance les branches et les feuilles, faisant ainsi varier les nuances de vert, mimant la surface de l'eau, sautant d'un point à un autre, s'étirant ou frémissant sur le radier. Si les arbres se jouent des teintes verdoyantes, la rivière transporte une eau d'une limpidité que je n'avais plus revue depuis longtemps et met en valeur les tons dorés, striés de safran. Il m'est possible de suivre quelques jeunes truites à l'affût de toutes proies potentielles; il faut grandir rapidement pour assurer sa survie.
Une encablure plus haut, un profond sillon attend l'arrivée de l'eau, le noble liquide va devoir changer de cours pendant quelques mois. Spectacle pénible, mais si la rivière par la suite, peut y trouver son compte…

 DSC_1779.jpg

DSC_1780.jpg

                               

DSC_1782.jpg

 

19:11 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

08/06/2008

L'aubaine

En ce début juin 1960, profitant du jeudi de congé hebdomadaire pour me rendre à la pêche, j'enfourche mon vélo et me voilà en train de pédaler en direction de Versoix. Au-dessus des arbres, comme des fumerolles, des nuées de moucherons dansent. Une légère bise se fait sentir sur le rectiligne entre Bellevue et Versoix, mais je m'y suis habitué et si elle ne soufflait pas elle me manquerait presque.
Sur le cadre du vélo est attachée ma canne à mouche. Une canne magnifique que mon parrain m'a offerte. Elle est en bambou refendu ; sous son vernis se distinguent les fines veines longitudinales, entrecoupées ça et là de discontinuités plus sombres. Ce changement de ton, a pour origine la présence d'anneaux de croissance qui ceinturent la tige lignifiée de cette plante appartenant à la famille des graminées. Je ne le sais pas encore, mais quelques décennies plus tard, j'aurai toujours autant de plaisir à la contempler et à l'avoir en main. Même ces bijoux technologiques, puissants, légers, mais oh combien aseptisés ne parviennent pas à supplanter ces fleurons créés par dame nature avant d'être travaillé par des mains habiles.
Encore un petit effort pour gravir la montée de la route de Saint-Loup, suivie d'une descente qui me conduit à Richelien. J'appuie le cycle contre un arbre, empoigne ma canne et descends au bord de l'eau. Tout en contemplant les environs, je vois une couleuvre se glisser d'un rocher avant d'atteindre la surface de l'eau et nager le long des berges à la recherche de sa pitance. Elles sont nombreuses dans les environs, surtout sous le barrage de la prise d'eau du canal qui apporte de l'eau au moulin à grain. J'aime les observer, de loin de préférence, car chaque fois qu'un de ces reptiles se sauve devant moi, je ressens comme un frisson qui monte le long de mon épine dorsale. Allez savoir pourquoi…
La canne est montée et me voilà fin prêt. Bien que j'aie suivi les conseils de papa, je débute et il est hors de question pour moi de pêcher chaque trou. Malgré cela, ma mouche est plus souvent dans les branches que dans l'eau. Je ne comprends d'ailleurs pas la raison de mon imitation à préférer la végétation à l'eau. De décrochage en remontage, je me trouve à l'amont du captage d'eau, vers une digue en béton du plus vilain effet. En face, sous un frêne allongé à la surface de la rivière dans le sens du courant, une truite n'a de cesse de gober chaque insecte qui se présente. Mais comment faire ? Elle chasse à l'abri des branches et mes lancers balbutiants me laissent dubitatifs. Que ferais-je sans la chance du débutant. Les mouvements que j'imprime à ma canne font aller la soie d'avant en arrière. Je préfère le terme aller que voler, car le noble cordon de soie, en ces débuts, ne plane pas dans les airs, mais va à l'arrière avant de se regrouper à l'avant. Toujours est-il, qu'au moment du couler avant, c'est un tas de fil qui bascule maladroitement directement sous les feuillages en laissant mon artificielle se promener avant que je retire l'imbroglio de ligne et tenter un nouvel essai. Quelques secondes avant d'envoyer mon fil en arrière, la truite monte attrape ma mouche et se ferre. La voilà prise. Pourvu qu'elle ne passe pas sous la branche ! Comme si elle voulait m'encourager, elle effectue un bond qui la propulse dans la veine d'eau. Il n'y a plus d'obstacle. Fièrement, je rentre à la maison, ma mère la pèse, elle fait 1,2 kilogramme.
Aujourd'hui je m'en souviens comme si c'était hier. Je suis assis sur une pierre à regarder couler la Versoix, dans son lit actuel avant que celui-ci soit remanié. Le chantier progresse. Le chenal de déviation est bien avancé. Dans quelques jours, l'eau empruntera ce cathéter durant le temps nécessaire à la remise en état de son lit ;  de préparer les berges à recevoir les crues et permettre à l'eau de se détendre. Aménager une descente progressive pour offrir à la faune piscicole de se déplacer à sa guise, aménageant plus d'espaces pour procurer des niches écologiques à un plus grand nombre et favoriser la diversité.

1076718004.jpg2102214660.jpg

20:48 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

01/06/2008

Un jour de ta vie

Comme chaque jour je me rends au chevet de la patiente. La zone de son opération est prête; les bûcherons ont rasé la surface. Que voilà les espaces prêts à recevoir le matériel tel que, bistouris et cathéters de circonstance.
Pour l'instant, je profite de l'espace pour observer avec plus d'aisance la bergeronnette qui effectue des bonds rapides juste au-dessus de la surface de l'eau, passant d'une rive à l'autre, disparaissant de ma vue un court instant. Il lui arrive de se poser sur une pierre moussue enlacée par le courant. Quelques hochements de queue et la revoilà survolant le radier.
Puis, c'est le tour au cincle plongeur de rechercher sa pitance le long des pierres; gare à l'insecte imprudent. Lorsque le petit volatile au vitrail blanc se cache de ma vue, c'est pour rechercher sous l'eau les larves d'hexapodes.
Assis sur la base tronquée d'un arbre, je contemple l'eau qui s'écoule en ondulant à la sortie de la mouille; une branche se balance paisiblement sur les petites vagues avant de se trémousser sur le radier, est-ce la peur d'affronter le rapide à l'écume blanche qu'elle s'offre une pause ?
Au-dessus de moi, deux milans jouent avec le vent. Rencontrent-ils au sein d'un autre fluide les mêmes sensations que ces truites masquées par les jeux de lumière de cette interface alliant ces éléments vitaux à la vie, semblables et pourtant si différents.
Redescendant de mon observatoire, je m'approche de La Versoix et comme à l’accoutumée, je retourne avec délicatesse quelques pierres, espérant y rencontrer quelques-unes de ces descendants des premiers maîtres du ciel d'alors, réduits aujourd'hui à de minuscules créatures chassées d'un revers de la main. Cette pensée m'interroge, ne serait-ce que par la destinée de toute espèce ayant eu la présomption de dominer un tant soit peu ce monde. Combien de temps nous reste-t-il ?

876676216.jpg                                  1885151859.jpg

22:04 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)

25/05/2008

Les Usiniers au 25 mai

À la hauteur du barrage des Usiniers, les travaux se poursuivent. La coupe des arbres est presque terminée. L'air porte les odeurs des diverses essences d'arbres. Le mélange de ces arômes m'est agréable. Le parfum qui émane de cette coupe rase est puissant, il m'envahit. Je hume les troncs afin de décrire l'exhalaison de chacun d'eux. Rapidement, je mesure l’étendue de mon ignorance. Il y a bien l'odeur caractéristique du sapin, du chêne qui font ressurgir des souvenirs, certains heureux, d'autres tristes. Mais les mots qui définissent ces senteurs, restent embusqués. Oui ! J’y ai découvert des arômes forts, fins, doucereux, puissants, subtils, enivrants. Mais je n'ai là que quelques adjectifs qui les caractérisent.

1475177535.jpg

Profitant de cette mise à nue des berges, je retourne délicatement les pierres immergées afin d'observer et dénombrer les hôtes de ces parages. La faible diversité des occupants ne peut me rassurer ;  chaque espèce apporte des éléments indispensables à l'équilibre de la santé de nombreuses autres variétés. L'homogénéité est inquiétante et laisse présager ce à quoi peut nous conduire la mondialisation mercantile, phare des économistes adulés par la majorité des politiques.
Les travaux qui ont cours sur ce secteur engendrent d'importantes perturbations. Les arbres ne seront pas les seuls à y laisser leur vie que ces êtres abandonnent avec, qui sait, l’espoir que leurs descendants retrouveront une partie de l'espace qui leur a été volé. J'aimerais tant les rassurer qu'ici on se soucie de leur condition de vie. Ailleurs, incarcération, vol, mutilations au profit d'une production électrique rapidement gaspillée se poursuivent. Le cas de l'Aubonne, pour ne citer qu'elle, est flagrant.1379680500.jpg

19:50 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (3)

18/05/2008

Coupe en rive gauche

Le nombre d'arbres à terre est considérable. En tournant le dos au chantier, je ressens comme un vide.
La symphonie du lieu a changé. Les oiseaux s'accommodent de ce bouleversement et chantent ; le vent et les jeunes feuilles  des arbres restés sur pied bruissent avec tendresse, alors que le refrain de l'eau qui s'écoule se fait entendre plus distinctement.
2112539658.gifDes Ecdyonurus effectuent leur danse nuptiale. De trop rares mouches de mai participent à ce ballet. Parade d'une vie aérienne éphémère.

Dans l'eau, quelques alevins, encore visibles, avoisinent les gammares. Sur le fond de limons, des trichoptères 179521228.giftracent des sillons temporaires.

La nudité de la rive gauche laisse paraître de vieux murs fatigués, signes d'une époque où l'on croyait dompter les cours d'eau. Mais, on les a déstabilisés en un ensemble fragile et anéanti la biodiversité. J'ose espérer que ces travaux restitueront à La Versoix un peu de sa liberté spoliée.

 PS. sur WWW.vulgata.ch, il y de nombreuses photos du lieu

 

 

 

19:53 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (5)

12/05/2008

Chirurgie esthétique

Soigner passe parfois par des souffrances. Il en va de même pour nos cours d'eau qui ont besoin de soins après des décennies de maltraitances, de mutilations, de vie volée avec une seule intention: accaparer des terres, effectuer un découpage plus vendeur sous le vocable "remaniement parcellaire". Sans penser plus loin, on détourne son cours, exploite son énergie, dissimule tout ce dont on ne sait que faire. Le constat est affligeant entre la perte de biodiversité, les variations rapides du débit, les inondations dévastatrices.
Il faut du temps à l'homme pour reconnaître ses erreurs et aujourd'hui, on peut rencontrer d'étranges médecins se pencher sur nos rivières.
Comme avant toute opération, il faut préparer la patiente.
1445900545.JPGAux premiers signes d'intervention, je me précipite ce mardi cinq mai, appareil photo en main pour saisir quelques images. Arrivé sur place, j'entends le hurlement rageur des tronçonneuses. Elles commencent par  raser la zone de l'intervention chirurgicale. Quelques jours plus tard, soit le dix mai, la rive gauche est méconnaissable. Un étrange sentiment m'envahit. Une nouvelle vision sur le cours de la Versoix s'ouvre, conduisant mon regard de la passerelle du Crève-Coeur au barrage des Usiniers. Son eau étincelle sous les rayons du soleil et fait ressortir les blancs des zones de turbulences; les radiers et les bords renvoient les tons jaune doré alors que les espaces plus profonds mettent en valeur les verts. Je connais les raisons de cette étendue à présent dénudée, mais ces moignons, derniers témoins des arbres qui enlaçaient la rivière dans un écrin de verdure, ne peuvent me laisser de marbre. Je balance entre le rêve du bonheur d'un cours d'eau retrouvant liberté et beauté et le cauchemar de l'horreur des berges arides, offertes à tous les abus.

1643421294.JPG

Éparpillés sur le plateau lové dans une boucle de la rivière, les arbres à terre diffusent un bouquet d'effluves propre à chaque essence et  explosant en une symphonie odorante et indéfinissable. Mes narines sont enchantées et je perçois cette exhalaison ultime comme un dernier cadeau ou seraient-ce les relents  d'une vie abrégée?

Cette transformation, j'ai décidé de la partager avec vous, en commentant régulièrement les phases importantes de cette chirurgie plastique.

P.S. 

L'ensemble des photos, sera prochainement placé sur mon site (www.vulgata.ch).

13:25 Publié dans Nature | Lien permanent | Commentaires (0)