13/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, Wasserburg am Inn à Rosenheim

Wasserburg am Inn à Rosenheim

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Remontée de l'Inn à pieds, Waldkraiburg am Inn à Wasserburg am Inn

Waldkraiburg am Inn à Wasserburg am Inn

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08/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, Altötting à Waldkrainburg

06.08.2010 Altötting à Waldkrainburg

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06/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, d'un Kirchdorf à l'autre

Kirchdorf am Inn bei Obernberg à Kirchdorf am Inn bei Simbach am Inn

Réveillé à six heures, je me prépare tranquillement. Mise en route après le petit déjeuner, il est sept heure trente. Comme la pluie est annoncée importante dès midi, je décide de marcher cinq heures d'une traite, tout en mesurant ma vitesse. Ainsi, à midi et demi, la plus grande partie du chemin sera faite. Tout au plus, je ferai une heure sous la pluie.

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Au début de l'étape, j'observe un lapin de garenne, trois lièvres et un brocard. En longeant  la rivière, je relève les aménagements piscicoles faits d'arbres placés en travers, de gros blocs de pierres diversifiant les courants et vraisemblablement une ancienne chute forment une succession de rapides. En traversant ce cours d'eau, j'ai le plaisir de contempler quelques belles pièces qu'il m'est difficile de définir avec certitude dans cette eau d'un brun roux et légèrement chargée.

Suit une longue marche sur une digue. Les berges n'ont rien de naturel, mais les turbineurs, comme tous bon vendeurs,  présentent leur retenue comme un riche biotope. Oui, on concentre de nombreuses espèces. Surtout des oiseaux, tel des cygnes, des foulques et d'autres variétés que l'on peut observer en d'innombrables contrées sur un espace où l'observation est facile.

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Mais on oublie totalement les espèces tributaires de ces lieux avant que le cours d'eau subisse ces mutilations. Et il y en a que l'on ne retrouvera plus.

À midi trente, j’arrive à Simbach am Inn comme prévu. Il est temps d’étancher ma soif et de manger un morceau. Mais c'est avant tout d'eau dont mon gosier attend le passage.

Par chance, il ne pleut pas. Alors, en route pour cette dernière heure (au maximum).

C'est sans compter sur quelques lubies qui me passent par la tête.5.jpg

 

Je vois sur la carte un sentier, exclusivement pédestre celui-ci, qui va me permettre de joindre le même point sans accroître la distance et qui plus est, il passe dans les bois près de l'Inn.

Je passe un petit pont repéré sur la carte et pénètre dans le sous-bois. Le chemin est mal marqué. Il se divise; j'opte pour celui dont la trace est la plus nette. Au sol, des empreintes d'ongulés et bien vite, le passage n'est plus celui du bipède. Retour sur mes pas. Je fais le point au GPS, contrôle la direction à prendre avec la boussole et en route.

Même topo.

J'insiste et ne tarde pas à me trouver dans une vraie jungle. Après quelques jurons, me voilà le long de l'Inn. Nouveau contrôle de position. Le chemin doit se trouver parallèle à la rivière, dix à vingt mètres plus loin. Je cherche et après bien de la transpiration, je trouve un cheminement sur un sol couvert de petites herbes fines. Je m'y engage et me retrouve sur les rives de ma belle Dame.3.jpg

Ce sentier est celui de pêcheurs qui se déplacent entre deux postes avant de reprendre leur embarcation.

Cette fois, ma décision est prise, il me faut rejoindre le petit pont du départ.

Je brasse dans cette végétation de zone humide. Les orties sont bien présentes comme le lierre. Les arbres morts compliquent le déplacement. Me voila étendu à plat ventre, accueilli par les orties. Mes avant-bras se colorent en orange par de nombreuses pustules et les poils semblent danser la gigue. D'expérience, cela durera plusieurs heures.

J’atteins ma destination du jour après de nombreux efforts et plus de deux fois le temps qu' il m’aurait fallu normalement.

La pluie en a eu assez de m'attendre à faire le guignol. Elle accompagne les deux derniers kilomètres.

Me voila à l'hôtel. Reprise du rituel de nettoyage. Lorsque j’arrive aux dents, je me trompe de tube et les brosse avec la pommade pour les pieds.

En lisant la composition de la pommade dont l’urée fait partie, je me suis demandé s’il était  bien judicieux de me charger de ce poids-là et s’il n’était pas plus simple de me pisser sur les pieds au lieu de me brosser les dents avec l’urine de je ne sais qui.

05/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, St. Florian à Kirchdorf am Inn bei Obersdorf

4 Août 2010 St. Florian - Kirchdorf am Inn bei Obersdorf am Inn

 

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03/08/2010

Remontée de l'Inn à pieds, Passau — St.Florian

 

Passau - St. Florian

Il a plu dans la nuit et il pleut encore, bon prétexte pour prendre mon temps au petit déjeuner. Huit heures trente, je quitte l'hôtel, passe la pèlerine me mettant à l'abri sans oublier le sac à dos. De toute manière je serai mouillé par la pluie si je ne me mets rien ou par la transpiration sous ce vêtement vendu pour imperméable aux gouttes d'eau et laissant passer la transpiration. Après quelques pas, le capuchon me tombe devant la figure. J'ai beau faire des plis, rouler la visière, serrer les cordons d'ajustage, rien ne va. Je longe le Danube sur deux-cents mètres en direction de la jonction avec l'Inn sa "petite sœur". En réalité, l'Inn est plus imposante. La pluie faiblit ce qui me permet de retirer la protection.

Évènement rare pour moi, je fais un petit tour de ville. La localité est marquée par un passé de spiritualité chrétienne. Le monastère est devenu université alors que d'autres bâtiments se sont mués en salle d'exposition et musées. En prenant quelques photos, je peste contre les bagnoles omniprésentes, triste dévotion de notre époque.6.jpg

Il est dix heures. En passant près de la gare, j'achète un petit parapluie et j'entame la première étape dont la dernière doit me conduire à la source de l'Inn.

La pluie a fortement diminué, au point que mes objets protecteurs peuvent être rangés, certes prêts à reprendre leur fonction.11.jpg

À peine la ville est quittée qu'un barrage empêche la migration de trop nombreuses espèces vivant dans l'eau, mettant à l'évidence l'égoïsme de l'humain.

Midi, la soif et l'estomac me suggèrent une petite pause. Trois heures de marche et un trajet volontairement réduit "il faut bien chauffer la mécanique". Une auberge et voila toutes les conditions réunies. À peine le repas commencé que la pluie tombe de plus belle et la pause se prolonge jusqu'à l'apparition d'une éclaircie. La marche reprend sous l'œil inquisiteur d'un imposant monastère. Mon pas s'accélère en s'allongeant, j'arrive ainsi plus d'une heure avant à l'emplacement d'un repos toujours savouré.

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Photo de gauche une rue de Passau avez sa porte d'entrée, à droite de l'autre coté du Danub et au centre vue sur la rive droite de l'Inn

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L'Inn est imposante, petit regard sur l'aval

Remontée de l'Inn à pieds

Versoix - Passau

Voilà,  c'est parti. Départ de Versoix 6h40. Arrivé à Zurich, j'achète un ticket pour prendre le tramway qui est déjà là! Devant le distributeur et face à un choix impressionnant de destinations, je maugrée considérant qu'à Genève, nous sommes les meilleurs avec nos zones.

Finalement, j'appuie sur le bouton qui me paraît correspondre à l’adresse souhaitée.  Huit francs l'aller et retour. Mais de quoi se plaint-on à Genève? Une fois de plus, nous sommes les meilleurs. Le billet en main, je vois qu'il y a aussi des zones et qu'il m' en aurait coûté quelques centimes de moins qu'au bout de notre lac.  Me voici au magasin pour effectuer le changement de pantalon qui a justifié ce crochet à Zurich. De retour à la Hauptbahnhof, il est onze heure trois quart.

Je monte dans le compartiment restaurant du train pour Frankfort via Bâle. J’y prendrai donc mon repas de midi. Ce véhicule me semble plus grand, impression liée certainement à la hauteur du plafond et aux baies vitrées de celui-ci. J'y ai mangé (Tims Bolognese) , certainement industriel avec une petite touche du cuisinier. Ce fut très correct et le prix aussi.

Le ciel est bas et il pleuvine très légèrement. Le repas terminé, je décide de libérer la place pour que d'autres personnes puissent venir. Mais c’est une mauvaise bonne idée que de quitter ce lieu car j'ai du mal à trouver une place et celle que je viens de prendre est réservée dès la prochaine station et ne pourrai y rester.

J'ai la très nette impression que ma façon de voyager tient plus de l'ado partant à l'aventure. Je parcours un pays dont je ne connais pas la langue et bof! Pour l'instant je suis assis sur une place réservée à partir de Karlsruhe et le haut parleur débite des phrases dont je ne pique au passage que de très rares mots, mais aux dames de me répéter je dis bof!

Le train arrive à Karlsruhe et je pars à la recherche d'une place libre. J'en trouve une, me voilà casé jusqu'à Frankfort où je devrai changer de train pour Passau.

Le moment de changer de train est là. Je monte dans l'ICE qui doit me conduire au point de départ de ma randonnée. Ici, aucun problème de place. Je ne vois rien de réservé.

Pour m'aider à passer les quatre heures de voyage restant, ma tablette m'aide plutôt. Je joue à découvrir les mots en mesurant l'univers de mon ignorance, m'assurant ainsi un avenir riche en découvertes.  Je pourrai bien aller au wagon restaurant, mais c'est un peu tôt et retrouverai-je une place?

Il est dix-huit heures. Je craque et me revoilà dans le wagon restaurant. Deux raisons: je ne mange pas trop tard, ainsi en arrivant vers vingt et une heures à Passau je prends une bonne douche et au lit et en plus, cela aide à passer le temps.

Images de Passau avant de me mettre en marche                    rue de Passau

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Cathédrale Saint-Etienne possède les plus grandes orgues d'Europe

Le Danube, l'Inn et l'Ilz

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18/04/2010

Cloués au sol quelle paix

Problème pour les uns bien-être pour les autres.

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28/03/2010

Avant printemps

Mi-mars, par une journée ensoleillée, je sors Carex. Non, ne croyez pas que j’aille promener quelques plantes. Mais mon chien a reçu le nom de cette famille végétale qui affectionne les zones humides.
La laîche me rend la traversée du marais longue et difficile, mais reste un passage obligé pour atteindre la rivière. Les touffes formées par ce végétal au longues feuilles coupantes me contraignent à poser mes pieds de manière aléatoire sur ou au pied de cette houppe qui, visiblement, n’apprécie guère d’être piétinée et me le fait savoir en me tirant sa révérence à chaque fois que je crois m’élever.  C’est donc à plat ventre que je lui présente mes hommages. Avec le recul, je me dis que les touradons édifiés par cette herbe cherchent à calmer mon agitation et m’inciter à regarder le paysage que je traverse, découvrir les fragrances portées par le souffle léger et recevoir, serein, l’hospitalité des berges de cette merveilleuse Versoix.
Mon compagnon à quatre pattes a pris de l’âge, les promenades sont quiètes, me laissant tout le temps d’épier le fond proche des berges, sans trop m’attendre à voir un alevin, présumant qu’il me faille attendre encore quelques semaines.
Le temps passe. Mon chien s’est couché, profitant de la douceur d’un soleil printanier.
A la porte du printemps, dame nature me fait une faveur en me présentant une truitelle à sa première sortie. Le petit salmonidae en costume brun est baigné par les rayons de l’astre du jour. Il est à l’abri d’une pierre, saisit les proies portées par le courant, ponctuant la position de son corps qui fait penser à une virgule, un point d’exclamation ou un point d’interrogation.
En rentrant, je sais que les prochains jours seront réservés à la recherche des représentants de cette nouvelle génération.

 

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30/12/2009

frai et crue

Il fut un temps où le premier janvier était attendu avec impatience, car c’était l’ouverture de la pêche. Au douzième coup de minuit, appâts et leurres étaient lancés depuis les ponts de la ville enjambant le Rhône et l’Arve. Alors que les bouchons de champagne sautaient, les mirlitons au son nasillard se déroulaient à chaque insufflation, les serpentins volaient, accompagnant une pluie de confettis. Sept heures plus tard, les lignes pouvaient être jetées en tous lieux de ces deux cours d’eau. Deux ouvertures en une demi-journée et neuf semaines plus tard, sonnait l’ouverture de toutes les autres rivières du canton.

Aujourd’hui, il en reste deux au mois de mars à une semaine d’intervalle et c’est serein que je les vois venir. Pour le rituel, j’effectue quelques lancers dans la journée. Les jours tant attendus sont bien différents. L’approche de l’hiver me rend fébrile, je parcours les berges, mon regard perce la couche liquide, je cherche ces zones caractéristiques, trahies par le gravier fraîchement retourné qui redessine le fond avec une dépression à l’amont et un monticule quelques décimètres en aval, dessin spécifique du frai.

Les semaines qui suivent se passent au dénombrement, à la mesure de la frayère et à situer spatialement ces espaces dédiés à la procréation. Occupées à transmettre la vie, les truites sont peu farouches et à chaque occasion j’en profite pour les contempler. En jouant des proportions et d’une règle de trois, j’effectue la mesure de la taille. Le plus grand spécimen est un bécard d’environ nonante-cinq centimètres et de couleur aquilain.

Je suis plein d’estime pour les femelles. Elles remuent des surfaces impressionnantes de cailloux de belle taille et ce sans outils. Il y a, hélas, ces belles lacustres qui ne retourneront pas au lac, mortes d’épuisement, piégées lors de leur retour par les grilles des mini-centrales électriques, écrasées par le dégrilleur de ces producteurs d’énergie.

Dire que l’on ose écrire que c’est une production d'énergie électrique respectueuse de l'environnement (sic) SIL , qu’elle emprunte l’eau des fleuves et des rivières qu’elle restitue intégralement sans aucune altération, faisant d’elle l’énergie au bilan écologique le plus favorable sic FMV ou L’énergie électrique la plus écologique. Elle est approvisionnée à partir d’énergie hydraulique écologique (sic) SIG et je suis persuadé que l’on peut encore trouver de nombreuses perles de ce genre.

Bien que la période de reproduction ne soit pas terminée, je suis déjà dans l’attente de voir apparaître les premières truitelles. Les pluies de ces jours, mettent les rivières en crues et ne font qu’exacerber l’angoissante crainte de ne pas voir, à mi-avril, la nouvelle génération.

Il me semble entendre mon père, par un jour pluvieux, me dire « pour que la Versoix trouble, il faut trois jours de forte pluie. Il faut bien comprendre que les marais font tampon ».

Aujourd’hui, quelques heures suffisent, les surfaces couvertes par les routes et les bâtiments, les zones agricoles drainées empêchent la terre de faire son travail  de stockage et de filtrage de l’eau. Les modifications climatiques contribuent certainement au décalage des crues en hiver et aux longues périodes d’étiage estivales.

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14/10/2009

Onde cuivrée

Cette histoire se passe dans une rivière du Jura, non loin de Champagnol. Il fait chaud, l'eau est basse, claire et les truites profitent d'une éclosion d'éphémères. Accroupi sur un gros caillou qui surplombe la rivière, j'observe les insectes en envol. Je tire de ma poche une boîte d'aluminium. Sous la pression du pouce, le couvercle pivote et dévoile dix-huit compartiments fermés par un opercule transparent. Chacun d'eux contient quelques artificielles, toutes rangées par type et grandeur. Sans perdre de vue la surface liquide, je cherche la mouche la plus ressemblante. Il m'arrive d'en sortir une de son logement, de l'observer sous tous les angles, exploitant à souhait le tableau que dame nature me présente, replacer l'imitation pour en extraire une autre et finalement, d'un geste très sûr, je choisis, comme toujours, la même. Elle est montée sur un hameçon de taille 15, le corps fait d'un dubbing couleur rouille, une collerette et des ailes faites de plumes de cul de canard, trois cerques prélevés sur une plume de coq Pardos. Le simulacre est attaché à la pointe du bas de ligne.
Je fixe un instant la veine d'eau qui caresse la grosse pierre sise à deux pas de la rive droite, m'assurant que la mouchetée est toujours active à son poste. Tout en me redressant, mes genoux font ressortir le temps passé ramassé sur ce gros bloc de calcaire. Chaussé de bottines de plongée, jambes nues, je pénètre dans la flotte, me positionne pour lancer ma mouche, le faux hexapode d'eau douce, complice des remous, joue à cache-cache. Dans cette agitation, un remous m'appelle à ferrer. Il y a résistance. La canne plie. Un gros remous… et plus rien! Le salmonidé a gardé sa liberté. Je ramène la soie, sèche la mouche, que déjà je sonde les lames d'eau, les bordures et les sous berges.
Une branche se détache de la végétation environnante, elle dessine un U. Lentement, elle glisse, se rapproche de la surface en touchant l'eau. Sa courbure se modifie, s'allonge, affronte le courant en zigzag. Je n'en crois pas mes yeux! C'est un serpent. Fasciné, j'observe le reptile en souhaitant qu'il reste à portée de vue. Ce désir est exaucé bien au-delà de ma convoitise. Face à un problème de cinématique, somme de deux vecteurs : la vitesse et la direction prise par la couleuvre additionnée à celle du courant me fait rapidement comprendre que l'animal dessinant ses élégantes sinusoïdes va passer près de moi. La proximité est telle que le natricidé se décide à faire une petite pause sur cet embâcle providentiel qu'est ma jambe. Tout en admirant les dessins de son corps, je ne peux refréner le frisson qui remonte ma colonne vertébrale. Peur viscérale et absurde. La couleuvre ne me veut et ne peut me faire du mal. Elle ne tarde d'ailleurs pas à poursuivre sa traversée. Arrivée en rive gauche, elle s'enfonce dans la végétation et disparaît de mon champ de vision.

30/07/2009

Ah la belle soirée

D'un pas tranquille je rejoins la rivière. Symétriquement le soleil se dirige vers la crête du Jura avant de disparaître à l'arrière comme il le fait depuis près de deux cents millions d'années. La canne repose discrètement sur la phalange distale de l'index et l'intermédiaire du majeur. L'anneau de tête pilote avec assurance; il se faufile entre les branches, prenant garde que rien ne se croche à sa suite.
Arrivé au bord de l'eau, je m'installe dans une petite dépression que me présente la végétation en faisant attention de n'écraser aucun roseau et en choisissant une surface caillouteuse pour m'y asseoir, entouré de jeunes aulnes glutineux. De cet emplacement, je vois des personnes traversant la passerelle avec la quasi-certitude de passer inaperçu.
L'observation commence alors que l'ombre avance inexorablement. Les rayons de lumière, rasants et plus faibles, ne sont plus restitués, donnant à l'eau une couleur noire. Malgré cela, vagues et remous rompent toute monotonie en dansant comme l'ombre des arbres, agités par le vent et s'impriment sur ma rétine comme un film en négatif.
Deux bergeronnettes grises se poursuivent, entrecoupant leurs allers-retours par de petits arrêts sur des pierres qui émergent, elles effectuent de menues génuflexions en relevant prestement leur longue queue.
Au-dessus de l'onde, en plein courant, des éphémères quittent ce milieu qui les a vues naître. Cette séparation me fait penser à des balles de ping-pong lâchées du fond d'une piscine. Ces petits hexapodes éclosent en chapelet et entreprennent leur vol de compensation assurant la pérennité de l'espèce sur tout le cours malgré la dévalaison forcée.
Plus près de la rive, sous les saules, émergeant d'une aire liquide lisse, les trichoptères, apparemment plus grégaires, volent ensemble près de la surface. Les ailes sont sombres, le corps jaune paille, en harmonie avec les champs de céréales. Non loin de moi une phrygane dépose, par bonds successifs, ses œufs avant de venir se reposer sur une pierre. De ma poche, j'extrais une loupe et me mets à observer longuement le petit hexapode. Ses ailes garnies de poils couvrent son corps à l'image de magnifiques fermes bernoises. Chaque patte porte deux paires d'épines, les yeux à facettes sont ceux d'une femelle, le balancement de son abdomen trahit l'effort accompli.
Au beau milieu du radier, un rond éphémère me signale la présence d'un poisson. J'attends encore un instant. Cette fois, je vois un dos effleurer la surface. C'est apparemment une truite de taille modeste. Je décide de lui présenter ma mouche sans hameçon. Sa montée sur mon leurre me ravit et ce gobage sur l'artificielle n'est pas le seul. Ombres et truites font honneur à cette petite chose faite de fil et d'une plume tirée du croupion d'un canard. Ma mouche, à mes yeux, n'est pas belle, elle est fatiguée. Mais d'autres vertébrés semblent la trouver appétissante. Je vis un vrai moment de folie et j'en profite un maximum. Bien m'en a pris : quinze minutes plus tard, tout est terminé.
Ah la belle soirée.

16/06/2009

Puanteur

Ce mardi de mi-juin, je me trouve au bord de la Versoix. La pluie de la nuit a troublé son eau, phénomène naturel. Ce qui ne l'est pas, c'est l'odeur de station d'épuration qu'elle dégage et les mousses blanches qui dansent à sa surface.
Si d'importants travaux ont été effectués pour favoriser la migration et redonner un habitat décent à la faune liée à se cours d'eau, je déplore que l'un des voisins néanmoins amis ne semble pas mesurer les conséquences sur la vie aquatique de ses rejets en eau non ou mal traitée. Est-ce de l'incompétence ou du mépris?
Il y a dix-huit mois, lors d'une action de recensement des castors, je suis remonté le cours de l'Oudard et je ne trouve pas de mots exprimant ce que j'ai ressenti en remontant une rivière jonchée de très nombreux déchets sur son cours. Un bâtiment mentionne "station d'épuration", je dis mentionne, car ce que j'ai vu à l'aval me laisse perplexe. Est-ce fonctionnel ? Les fonctionnaires en charge de cette entreprise ont-ils été formés ? Les élus sont-ils conscients des conséquences ?
Mettre en avant son savoir faire dans le domaine du traitement de l'eau, les hautes exigences des normes Européennes, n'a aucune valeur sans volonté, cela reste du vent, du blabla.
Une chose est sûre, tant que perdureront de tels dysfonctionnements, nos cours d'eau se dégraderont, laissant aux générations futures une piètre image de leurs parents et grands-parents.
Aux pêcheurs, il ne sert à rien de déverser du poissons, mais battez-vous pour des cours d'eau équilibrés et en bonne santé.

07/06/2009

à la recherche des truitelles

Me voilà arpentant les bords de la Versoix et de ses canaux depuis plusieurs semaines. À tel point que j'en oublie d'autres activités. Et ce dans le seul but de voir apparaître les premiers alevins de truite puis d'ombre. J'ai beau calculer et recalculer en émettant toutes sortes d'hypothèses avec de l'eau dont la température a varié de quatre degrés et demi à huit degrés et demi. Les œufs déposés le trois novembre devaient éclore entre le vingt-trois décembre et le douze janvier. À cela j'ajoute un mois ; les premières petites truites devaient se montrer entre mi-février et mi-mars. Mais, comme pour l'an passé, la nature me fait attendre mi-avril. Oui, c'est le treize avril exactement que j'ai le bonheur de voir apparaître mes premières trutta.
Ces petites virgules, comme j'aime à les appeler, sont difficiles à repérer et déjà diablement méfiantes, promptes à se cacher à la moindre suspicion de danger. C'est bien compréhensible, aucun adulte pour veiller sur eux. Trois jours plus tard, d'autres bébés se montrent. Tout ce petit monde cherche sa pitance quelques pas en aval du lieu qui les a vus naître.
En rentrant, quelle n'est pas ma surprise en voyant des colonies d'alevins d'ombres alors que le frai de thymallus a débuté après que salmo trutta eût terminé sa phase de reproduction.
Si la virgule de la belle mouchetée est difficile à repérer et bien qu'elle soit plus massive que son cousin, l'ombre qui, lui, ressemble à une épingle, c'est que la truite n'affectionne pas la vie en groupe. Elle ne craint pas de se dissimuler dans les plus petites cavités. Elle est vive autant que craintive. Sa robe est une vraie tenue de camouflage. L'ombre, lui, aime la compagnie. Au signal de danger, tout le groupe se déplace, mais est impatient de revenir. Il hait les espaces confinés. Son costume d'un beige uni est des plus élégant et si son habit le met à l'abri des regards sur fond de sable fin, son ombre portée trahit l'ombre.
Aujourd'hui, à chacune de mes sorties, ma curiosité me pousse à vous rechercher et lorsque la chance me sourit, le temps s'arrête pour vous observer, me fait souvent oublier que la pêche est ouverte.
Là où le gradient de vitesse est faible d'une rive à l'autre, mon champ de vision est plus étendu, la surface est balayée plus lentement. Cette nouvelle condition, bien que plus difficile au repérage des truitelles, est favorable à d'autres émerveillements. Vous n'imaginez pas le bonheur à la vue de cette belle et grande couleuvre à collier. Elle traverse les flots par reptation et se dirige dans ma direction. Mon émotion est telle que je ne peux m'empêcher de me déplacer pour prolonger ce moment. Mal m'en à pris, le reptile se dissimule et poursuit son chemin à couvert.
Vous comprendrez sans peine qu'il me reste bien peu de temps pour la pratique de la pêche.

26/04/2009

Soleil printanier

La journée est ensoleillée; canne à mouche en main, le permis logé dans un compartiment fort pratique placé le long de ma jambe droite; dans les poches : à droite, une petite bobine contenant la réserve de nylon indispensable pour refaire la pointe du bas de ligne; à gauche, une modeste boîte de graisse dans laquelle cinq mouches sans hameçons ont été déposées. Ah! j'oublie l'objet le plus encombrant à ranger: les lunettes me sont indispensables depuis quelques années; sans elles, je ne suis plus en mesure de changer la mouche ou de rabouter deux fils. Ainsi équipé, Carex et moi nous nous rendons au bord de la rivière.
Si d'octobre à février j'ai passé le plus clair de mon temps à scruter la Versoix à l'affût des frayères, depuis mars, j'examine les bords dans l'espoir de voir la nouvelle génération de salmonidae. Donc, en remontant le cours d'eau, je ne faillis pas à cette récente tradition consistant à inspecter diverses zones de la rivière.
Des mouvements sur le fond de limon captent mon attention. Les images mouvantes qui me sont retournées sont les silhouettes des ombres qui se meuvent fébrilement juste sous la surface. Tout ce petit monde se déplace en un ballet dirigé par un maître invisible. Je me laisse bercer par ce manège jusqu'au moment où je distingue un minuscule fuseau zébré transversalement de nuances brunes.
Ce corps fusiforme trahit sa présence en effectuant de courts bonds pour saisir sa pitance. Attention! un mouvement trop vif, une approche dans son aire de sécurité et l'alevin de truite se met à couvert dans la cache la plus proche. Je ne tarde pas à découvrir que cette larme oblongue n'est pas seule, j'en compte quarante-trois sur un espace de deux pas de long pour un de large.
Le temps n'attend pas, le soleil poursuit sa course, rejoint le Jura et moi, canne en mains, effectue quelques lancers afin que la canne, la soie et la mouchent n'aient pas le sentiment d'être sorties pour rien, pire être la troisième roue du char. Le point d'orgue de la journée m'est offert par un ombre magnifique qui me fait le plaisir de prendre la mouche que je viens de placer dans le courant. La prise de cette mouche est sans conséquence pour ce magnifique porteur de drapeau car comme je l'ai mentionné au début de ce billet, j'ai pris soin de ne conserver que la hampe habillée de ce terrible crochet.