10/07/2008

Le Sésame du pêcheur

La pêche bouge.

En remontant au début du XIXe siècle, la Suisse comptait moins de 2 millions d'habitants, on ne parlait pas de limitation des prises. Les pêcheurs se limitaient aux zones proches des habitations, établissant par la force des choses d'importantes réserves. Les prises étaient mangées dans le court terme, moyens restreints de conservation obligent; donc inutile de prendre plus que nécessaire.
L'augmentation de la population du XX ème engendre une pression accrue, une exploitation plus étendue des espaces de pêche. Il est devenu nécessaire d'imposer des quotas, une taille limite, des réserves et des périodes de trêve. Certainement que ce passage a fait des mécontents et beaucoup d'incompréhension.
Deux siècles plus tard en Suisse, la population humaine est multipliée par quatre, les espaces libres sont réduits comme peau de chagrin, la mobilité permet d'explorer les lieux les plus reculés. Les conditions de vie de nos frères nageurs se sont détériorées au point que le nombre de certaines espèces de poissons se trouvent aujourd'hui classées dans les catégories des menacés, fortement menacés et certaines ont même disparu. Ce constat, ainsi que le regard modifié sur nos frères les animaux , a imposé de nouvelles règles. Actuellement, la confédération exige que les cantons imposent une formation préalable à l'obtention du permis de pêche.
Les éternels mécontents n'y verront qu'une contrainte de plus. Ces exigences, c'est nous qui les créons par notre croissance et notre mode de vie.
Désolé, je ne crois pas en la croissance, même durable. Rien n'est infini. Toute fin est une renaissance.

Dès le 1 janvier 2009, tout nouveau preneur de permis de pêche de plus d'un mois devra justifier l'acquisition de compétence comprenant l'aspect de protection des animaux. Des cours de formation seront proposés à la fin de l'automne, valorisés par un test dont la réussite assure le Sésame qui donne droit au permis de pêche.

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01/07/2008

La Versoix, un oued ?

La Versoix, un oued ?

Assis sur la rive, je suis écrasé par la chaleur comme sous une chape de plomb. Mes mouvements sont comptés, mesurés, réduits au minimum. Non loin de moi, un chêne m'invite à me mettre sous le couvert de ses feuilles. Comme par reptation, je m'approche du tronc et viens y appuyer mon dos. Une faible brise soulage mon corps qui vient d'être sollicité par une volée de flèches expédiées par Rê.
Sous mes pieds, la rivière a cessé de couler. Il reste quelques flaques, rendues boueuses par des oiseaux venus s'y rafraîchir. Les espaces jadis couverts de limons montrent de profondes gerçures. Les poissons ont déserté ce milieu qui leur est devenu hostile. Une couleuvre lovée à l'ombre d'un gros caillou semble attendre que le soleil file vers l'horizon.
La brise se met à prendre de la vitesse avant de marquer une pause comme si elle devait reprendre des forces avant la prochaine tentative. Lors de ces silences, ma peau se couvre de sueur; je me sens moite ce qui m'incite à moins de mouvements encore tout en cherchant à offrir le plus de surface d'échange à la prochaine bouffée d'air.DSC_1969.JPG
Sur les sommets, quelques nuages viennent rompre la monotonie bleue pâle du ciel; des visages, figurines cotonneuses, prennent forme avant d'être progressivement remplacées par des silhouettes de plomb. L'uniformité vient de céder sa place aux nombreuses sculptures qui se font et se défont au gré des courants. Le chant des oiseaux se fait accompagner par le bruissement des feuilles qui monte régulièrement en puissance.
Au loin, des grondements sourds retentissent. L'astre, si sûr de lui, se cache, plongeant précipitamment la région dans la nuit.
Un silence oppressant s'impose; il commence par forcer mon respect avant de me laisser envahir par la peur. Soudain, un flash de lumière accompagné d'un fracas assourdissant; mon chien tremble; il se blottit contre moi. Comment ne pas être effrayé face à la puissance de dame nature? Les éclairs ne tardent pas à se succéder, dessinant parfois des bassins versants s'écoulant de l'estuaire aux sources, exactement à l'inverse des cours d'eau.
De grosses gouttes rebondissent sur le sol rendu imperméable par la sécheresse. L'eau, drainée de tous côtés, reprend possession de son lit ; celui qu'elle a creusé patiemment à l'époque où le glacier s'est accordé un petit répit lors de son retrait. À présent, la Versoix donne de la voix, elle se déchaîne, entraînant feuilles, branches, arbres morts;  le roulement des pierres sur le fond se fait entendre. La force est impressionnante.
Une goutte me fait sortir de ma torpeur, je balaie du regard ce tronçon de rivière mis à sec pour conduire à bien les travaux de renaturation. La partie asséchée a été pêchée électriquement par les gardes puis visitée à plusieurs reprises encore afin de sauvegarder un maximum de poissons. N'empêche, tous ne pourront être sauvés.
Non, par bonheur, la Versoix n'est pas encore un Oued qui se remplit brutalement par temps d'orages.

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22/06/2008

Chaleur

La chaleur est arrivée. Elle m'écrase littéralement. Par moments, je descends au bord de la rivière. Là, il fait plus frais, excepté la zone en chantier. En la longeant, j'ai l'impression de me trouver dans un atelier de laminage, avec les barres d'acier rouge cerise qui s'allongent au passage entre les énormes cylindres. Imaginant ces hommes les saisissant au vol à l'aide de longues pinces pour les replacer dans le four avant un nouveau passage. Vous le comprendrez probablement, ce printemps, plutôt frais, n'était pas pour me déplaire. Mais c'est l'été et, modification climatique avérée, les périodes exceptionnellement chaudes du siècle passé sont devenus la norme. Alors, il faut s'y faire. Cela dit, je privilégie les lieux ombragés, balayés par un petit courant d'air. Je suis conscient de ma chance en voyant devant moi quelques magnifiques sapins. Eux n'ont pas la liberté de se mettre à l'ombre et ils sont dans l'impossibilité de déposer leur lourd et épais manteau d'aiguilles. Les frênes, eux, ont recroquevillés leurs feuilles, tentant de minimiser la surface harcelée par les dards d'Hélios.
Une légère brise balance les branches et les feuilles, faisant ainsi varier les nuances de vert, mimant la surface de l'eau, sautant d'un point à un autre, s'étirant ou frémissant sur le radier. Si les arbres se jouent des teintes verdoyantes, la rivière transporte une eau d'une limpidité que je n'avais plus revue depuis longtemps et met en valeur les tons dorés, striés de safran. Il m'est possible de suivre quelques jeunes truites à l'affût de toutes proies potentielles; il faut grandir rapidement pour assurer sa survie.
Une encablure plus haut, un profond sillon attend l'arrivée de l'eau, le noble liquide va devoir changer de cours pendant quelques mois. Spectacle pénible, mais si la rivière par la suite, peut y trouver son compte…

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08/06/2008

L'aubaine

En ce début juin 1960, profitant du jeudi de congé hebdomadaire pour me rendre à la pêche, j'enfourche mon vélo et me voilà en train de pédaler en direction de Versoix. Au-dessus des arbres, comme des fumerolles, des nuées de moucherons dansent. Une légère bise se fait sentir sur le rectiligne entre Bellevue et Versoix, mais je m'y suis habitué et si elle ne soufflait pas elle me manquerait presque.
Sur le cadre du vélo est attachée ma canne à mouche. Une canne magnifique que mon parrain m'a offerte. Elle est en bambou refendu ; sous son vernis se distinguent les fines veines longitudinales, entrecoupées ça et là de discontinuités plus sombres. Ce changement de ton, a pour origine la présence d'anneaux de croissance qui ceinturent la tige lignifiée de cette plante appartenant à la famille des graminées. Je ne le sais pas encore, mais quelques décennies plus tard, j'aurai toujours autant de plaisir à la contempler et à l'avoir en main. Même ces bijoux technologiques, puissants, légers, mais oh combien aseptisés ne parviennent pas à supplanter ces fleurons créés par dame nature avant d'être travaillé par des mains habiles.
Encore un petit effort pour gravir la montée de la route de Saint-Loup, suivie d'une descente qui me conduit à Richelien. J'appuie le cycle contre un arbre, empoigne ma canne et descends au bord de l'eau. Tout en contemplant les environs, je vois une couleuvre se glisser d'un rocher avant d'atteindre la surface de l'eau et nager le long des berges à la recherche de sa pitance. Elles sont nombreuses dans les environs, surtout sous le barrage de la prise d'eau du canal qui apporte de l'eau au moulin à grain. J'aime les observer, de loin de préférence, car chaque fois qu'un de ces reptiles se sauve devant moi, je ressens comme un frisson qui monte le long de mon épine dorsale. Allez savoir pourquoi…
La canne est montée et me voilà fin prêt. Bien que j'aie suivi les conseils de papa, je débute et il est hors de question pour moi de pêcher chaque trou. Malgré cela, ma mouche est plus souvent dans les branches que dans l'eau. Je ne comprends d'ailleurs pas la raison de mon imitation à préférer la végétation à l'eau. De décrochage en remontage, je me trouve à l'amont du captage d'eau, vers une digue en béton du plus vilain effet. En face, sous un frêne allongé à la surface de la rivière dans le sens du courant, une truite n'a de cesse de gober chaque insecte qui se présente. Mais comment faire ? Elle chasse à l'abri des branches et mes lancers balbutiants me laissent dubitatifs. Que ferais-je sans la chance du débutant. Les mouvements que j'imprime à ma canne font aller la soie d'avant en arrière. Je préfère le terme aller que voler, car le noble cordon de soie, en ces débuts, ne plane pas dans les airs, mais va à l'arrière avant de se regrouper à l'avant. Toujours est-il, qu'au moment du couler avant, c'est un tas de fil qui bascule maladroitement directement sous les feuillages en laissant mon artificielle se promener avant que je retire l'imbroglio de ligne et tenter un nouvel essai. Quelques secondes avant d'envoyer mon fil en arrière, la truite monte attrape ma mouche et se ferre. La voilà prise. Pourvu qu'elle ne passe pas sous la branche ! Comme si elle voulait m'encourager, elle effectue un bond qui la propulse dans la veine d'eau. Il n'y a plus d'obstacle. Fièrement, je rentre à la maison, ma mère la pèse, elle fait 1,2 kilogramme.
Aujourd'hui je m'en souviens comme si c'était hier. Je suis assis sur une pierre à regarder couler la Versoix, dans son lit actuel avant que celui-ci soit remanié. Le chantier progresse. Le chenal de déviation est bien avancé. Dans quelques jours, l'eau empruntera ce cathéter durant le temps nécessaire à la remise en état de son lit ;  de préparer les berges à recevoir les crues et permettre à l'eau de se détendre. Aménager une descente progressive pour offrir à la faune piscicole de se déplacer à sa guise, aménageant plus d'espaces pour procurer des niches écologiques à un plus grand nombre et favoriser la diversité.

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01/06/2008

Un jour de ta vie

Comme chaque jour je me rends au chevet de la patiente. La zone de son opération est prête; les bûcherons ont rasé la surface. Que voilà les espaces prêts à recevoir le matériel tel que, bistouris et cathéters de circonstance.
Pour l'instant, je profite de l'espace pour observer avec plus d'aisance la bergeronnette qui effectue des bonds rapides juste au-dessus de la surface de l'eau, passant d'une rive à l'autre, disparaissant de ma vue un court instant. Il lui arrive de se poser sur une pierre moussue enlacée par le courant. Quelques hochements de queue et la revoilà survolant le radier.
Puis, c'est le tour au cincle plongeur de rechercher sa pitance le long des pierres; gare à l'insecte imprudent. Lorsque le petit volatile au vitrail blanc se cache de ma vue, c'est pour rechercher sous l'eau les larves d'hexapodes.
Assis sur la base tronquée d'un arbre, je contemple l'eau qui s'écoule en ondulant à la sortie de la mouille; une branche se balance paisiblement sur les petites vagues avant de se trémousser sur le radier, est-ce la peur d'affronter le rapide à l'écume blanche qu'elle s'offre une pause ?
Au-dessus de moi, deux milans jouent avec le vent. Rencontrent-ils au sein d'un autre fluide les mêmes sensations que ces truites masquées par les jeux de lumière de cette interface alliant ces éléments vitaux à la vie, semblables et pourtant si différents.
Redescendant de mon observatoire, je m'approche de La Versoix et comme à l’accoutumée, je retourne avec délicatesse quelques pierres, espérant y rencontrer quelques-unes de ces descendants des premiers maîtres du ciel d'alors, réduits aujourd'hui à de minuscules créatures chassées d'un revers de la main. Cette pensée m'interroge, ne serait-ce que par la destinée de toute espèce ayant eu la présomption de dominer un tant soit peu ce monde. Combien de temps nous reste-t-il ?

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25/05/2008

Les Usiniers au 25 mai

À la hauteur du barrage des Usiniers, les travaux se poursuivent. La coupe des arbres est presque terminée. L'air porte les odeurs des diverses essences d'arbres. Le mélange de ces arômes m'est agréable. Le parfum qui émane de cette coupe rase est puissant, il m'envahit. Je hume les troncs afin de décrire l'exhalaison de chacun d'eux. Rapidement, je mesure l’étendue de mon ignorance. Il y a bien l'odeur caractéristique du sapin, du chêne qui font ressurgir des souvenirs, certains heureux, d'autres tristes. Mais les mots qui définissent ces senteurs, restent embusqués. Oui ! J’y ai découvert des arômes forts, fins, doucereux, puissants, subtils, enivrants. Mais je n'ai là que quelques adjectifs qui les caractérisent.

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Profitant de cette mise à nue des berges, je retourne délicatement les pierres immergées afin d'observer et dénombrer les hôtes de ces parages. La faible diversité des occupants ne peut me rassurer ;  chaque espèce apporte des éléments indispensables à l'équilibre de la santé de nombreuses autres variétés. L'homogénéité est inquiétante et laisse présager ce à quoi peut nous conduire la mondialisation mercantile, phare des économistes adulés par la majorité des politiques.
Les travaux qui ont cours sur ce secteur engendrent d'importantes perturbations. Les arbres ne seront pas les seuls à y laisser leur vie que ces êtres abandonnent avec, qui sait, l’espoir que leurs descendants retrouveront une partie de l'espace qui leur a été volé. J'aimerais tant les rassurer qu'ici on se soucie de leur condition de vie. Ailleurs, incarcération, vol, mutilations au profit d'une production électrique rapidement gaspillée se poursuivent. Le cas de l'Aubonne, pour ne citer qu'elle, est flagrant.1379680500.jpg

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18/05/2008

Coupe en rive gauche

Le nombre d'arbres à terre est considérable. En tournant le dos au chantier, je ressens comme un vide.
La symphonie du lieu a changé. Les oiseaux s'accommodent de ce bouleversement et chantent ; le vent et les jeunes feuilles  des arbres restés sur pied bruissent avec tendresse, alors que le refrain de l'eau qui s'écoule se fait entendre plus distinctement.
2112539658.gifDes Ecdyonurus effectuent leur danse nuptiale. De trop rares mouches de mai participent à ce ballet. Parade d'une vie aérienne éphémère.

Dans l'eau, quelques alevins, encore visibles, avoisinent les gammares. Sur le fond de limons, des trichoptères 179521228.giftracent des sillons temporaires.

La nudité de la rive gauche laisse paraître de vieux murs fatigués, signes d'une époque où l'on croyait dompter les cours d'eau. Mais, on les a déstabilisés en un ensemble fragile et anéanti la biodiversité. J'ose espérer que ces travaux restitueront à La Versoix un peu de sa liberté spoliée.

 PS. sur WWW.vulgata.ch, il y de nombreuses photos du lieu

 

 

 

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12/05/2008

Chirurgie esthétique

Soigner passe parfois par des souffrances. Il en va de même pour nos cours d'eau qui ont besoin de soins après des décennies de maltraitances, de mutilations, de vie volée avec une seule intention: accaparer des terres, effectuer un découpage plus vendeur sous le vocable "remaniement parcellaire". Sans penser plus loin, on détourne son cours, exploite son énergie, dissimule tout ce dont on ne sait que faire. Le constat est affligeant entre la perte de biodiversité, les variations rapides du débit, les inondations dévastatrices.
Il faut du temps à l'homme pour reconnaître ses erreurs et aujourd'hui, on peut rencontrer d'étranges médecins se pencher sur nos rivières.
Comme avant toute opération, il faut préparer la patiente.
1445900545.JPGAux premiers signes d'intervention, je me précipite ce mardi cinq mai, appareil photo en main pour saisir quelques images. Arrivé sur place, j'entends le hurlement rageur des tronçonneuses. Elles commencent par  raser la zone de l'intervention chirurgicale. Quelques jours plus tard, soit le dix mai, la rive gauche est méconnaissable. Un étrange sentiment m'envahit. Une nouvelle vision sur le cours de la Versoix s'ouvre, conduisant mon regard de la passerelle du Crève-Coeur au barrage des Usiniers. Son eau étincelle sous les rayons du soleil et fait ressortir les blancs des zones de turbulences; les radiers et les bords renvoient les tons jaune doré alors que les espaces plus profonds mettent en valeur les verts. Je connais les raisons de cette étendue à présent dénudée, mais ces moignons, derniers témoins des arbres qui enlaçaient la rivière dans un écrin de verdure, ne peuvent me laisser de marbre. Je balance entre le rêve du bonheur d'un cours d'eau retrouvant liberté et beauté et le cauchemar de l'horreur des berges arides, offertes à tous les abus.

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Éparpillés sur le plateau lové dans une boucle de la rivière, les arbres à terre diffusent un bouquet d'effluves propre à chaque essence et  explosant en une symphonie odorante et indéfinissable. Mes narines sont enchantées et je perçois cette exhalaison ultime comme un dernier cadeau ou seraient-ce les relents  d'une vie abrégée?

Cette transformation, j'ai décidé de la partager avec vous, en commentant régulièrement les phases importantes de cette chirurgie plastique.

P.S. 

L'ensemble des photos, sera prochainement placé sur mon site (www.vulgata.ch).

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01/05/2008

Mesdemoiselles, merci !

Mercredi soir, en rentrant du travail, je traverse la Versoix sous le pont CFF et là je vois deux jeunes filles avec des déchets plein les mains! Oui, tout en se promenant, elles ont pris soin de retirer du paysage ces objets de consommation, abandonnés par des personnes dépourvues d'éducation, de respect et de capacité de réflexion.
Je remercie ces demoiselles qui prouvent qu'il y a une jeunesse de valeur!

29/04/2008

Rivière heureuse ?

La quête d'une rivière, d'une rivière heureuse
Mon parrain, artiste peintre et pêcheur, me voyant ligne à la main et le regard vagabond, peu préoccupé par le poisson goûtant mon leurre, disait : « Jean-Pierre est de nouveau en train de rêver. Comment voulez-vous qu'il attrape quelque chose ?! »
Quelques années plus tard, un ami me proposa d'aller pêcher dans les canaux en Valais. Immédiatement, les canaux se muent en bisse, mieux, en ruisseau cascadant entre de gros blocs ou traversant des pâturages. Ma déception fût sans mesure en me trouvant pris entre voie de chemin de fer et route à faire voler ma mouche au-dessus d'une eau contrainte de s'écouler sur un tronçon rectiligne, engoncé entre deux berges géométriquement tracées. Les prises de belles truites ne sont pas rares, rempoissonnement intensif oblige. Mais je ne parviens pas, pour autant, à me sentir bien.
Depuis longtemps, pour moi, la pêche ne se limite pas à la prise de poissons ; qu'il pleuve, qu'il vente, le cadre a son importance. Égoïstement, je suis toujours à la recherche d'une rivière heureuse et en bonne santé. Cette quête me pousse depuis quelques années à effectuer des randonnées au travers de la Suisse, car jusqu'à ce jour, un certain optimisme m'incite à la chercher, persuadé qu'une telle rivière existe encore.
En lisant un article et voyant les photos, mon cœur bat, eurêka! Je l'ai trouvée! C'est parfait, mon épouse doit se rendre dans la région. Alors je l'accompagne. Deux heures de train; sur place une voiture m'attend. Il faut encore aller chercher le permis de pêche pour la journée de dimanche.
Le fameux papier en poche, je profite de la fin de journée pour effectuer une reconnaissance. Premier contact : pas terrible. La traversée de la localité, est canalisée. Mais plus haut,  elle doit être libre. Tout en me dirigeant vers l'amont, mon corps se crispe ; un nœud comprime mes entrailles. Tout au long, ce cours d'eau a été "corrigé", les bipèdes de l'espèce à laquelle j'appartiens, se sont sentis obligés de lui couper ses courbes, relever et dénuder ses berges, la contraindre à filer droit entre des enrochements.
Encore un brin d'illusion me pousse à me diriger en direction de sa source. Enfin, la voilà maîtresse d'elle-même. Je sens une lente détente, jusqu'au moment où tout espoir s'effondre. La vue d'un barrage qui, avide glouton, retient l'eau jusqu'au moment oú le goinfre n'en peut plus et qu'il se met à vomir. Par son comportement chaotique, il perturbe jusqu'à l'anéantissement la vie des habitants de ce milieu.
Ayant assez vu, je me rends auprès d'un autre cours d'eau de la région.Et voilà le moral qui remonte asymptotiquement. Mais c'est bien connu: il arrive obligatoirement le moment oú cette ascension cesse pour s'effondrer. Car, dans l'univers, rien ne peut avoir une croissance infinie ou comme le dit si bien ALBERT EINSTEIN « Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue ».
Arrivé auprès de cette rivière, ce fut effectivement la chute. La main de l'homme s'est manifestée et a provoqué de profondes mutilations. Ma décision est prise ! Pas de pêche ni de photos, je m'en retourne écœuré.
Dans le train, je m'apaise et médite sur l'état de santé de ces milieux aujourd'hui en péril. Rares sont ceux qui ont été épargnés; d'autres, patiemment, ont cicatrisé un tant soi peu leurs blessures. Des hommes se sont appliqués, tels des chirurgiens de la plastique, à réparer des secteurs défigurés par les générations précédentes.

Je reconnais que l'Allondon a pu conserver sa morphologie grâce à des personnes qui se sont battues pour la préserver. Je les en remercie. Aujourd'hui, les services de l'environnement jonglent pour la sauvegarder malgré une très forte pression des loisirs d'une région surpeuplée.

Le temps a adouci certaines meurtrissures de la Versoix. Les lésions les plus importantes sont soulagées par les "thérapeutes de la renaturation". Mais il y a trop longtemps que les hommes l'exploitent sans vergogne: détournement de son eau pour alimenter des localités, déviations pour alimenter des moulins, des forges, des papeteries et maintenant pour produire du courant électrique que l'on s'empresse de gaspiller. Son eau, comme celle de ses soeurs, sert même à transporter ses déchets. Il y a bien les stations d'épuration qui ne retiennent qu'une infime partie de nos déchets. Mais rassurez-vous, d'une manière ou d'une autre, ces produits en tous genres reviendront dans nos verres et nos aliments.
Il n'empêche que si l'aspect physique de ces deux rivières genevoises peut faire envie à certaines de leurs consœurs, leur état de santé reste préoccupant. Il se peut que dans un proche avenir l'Allondon se porte mieux. Par contre  je suis moins rassuré en ce qui concerne la Versoix.

Les prélèvements excessifs d'eau qui alimente ces cours d'eau et les modifications climatiques ne me laissent rien présager de bon.

16/04/2008

JJ3

JJ3 n'est plus
Ah! il est plus facile de montrer du doigt ces peuples qui ne sont pas capables de respecter ici un tigre, lä une baleine, des phoques …
Non, ne croyez pas que je trouve ces mises à mort normales. Mais, chez nous, abattre un animal protégé, c'est normal. Nos raisons à nous sont justifiées. L'animal pouvait présenter un danger.
Il est de notoriété publique que tout ce qui présente un danger potentiel doit être maîtrisé, la confédération veille. Comme moi, vous savez bien que les armes n'ont jamais tué, pas plus que nos moyens de transport, même conduits oups! après une soirée bien arrosée. Et nos industries chimiques agissent en toute abnégation pour le bien de tous. Les cigarettiers et Eternit étaient loin de s'imaginer les conséquences de leurs produits, pas plus que nos sept sages. Non, dormez en paix! Si le soupçon d'une mise en danger devait poindre, ils interviendraient.
Quand je pense qu' un canton arbore fièrement cet animal qui vivait sur cette terre bien avant nous... Il ne nous a pas jetés dehors.

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13/04/2008

Montée de l'eau

Il y a une semaine encore l'eau était claire. Aucun détail ne pouvait se dissimuler. Ils transparaissaient teintés or clair comme au travers d'un filtre photo.
La pluie s'est présentée, discrète, fine et persistante. Elle reconduit au sol les particules toxiques que nous avons rejetées (métaux lourds). Après quelques heures, elle a raison de mes vêtements. Sa constance lui permet de se laisser glisser sur ma peau.
Désagréable ou agréable ? Mon petit confort trouve cela fort désagréable alors que ma conscience me susurre: apprécie cette eau, c'est la vie.
De jour en jour le niveau des cours d'eau s'élève. Elle charrie des végétaux de taille grandissante. La turbidité augmente. Tout le lit est occupé. Par endroits, le liquide en sort. À l'apogée, la crue exprime sa puissance. L'eau est brune, chargée de terre, mais hélas, aussi  d'un grand nombre de poisons issus de notre société, drainés sur les surfaces bâties et les routes. Je ferme un instant les yeux, offrant ainsi plus de liberté à d'autres sens de s'exprimer. Mes narines perçoivent l'odeur caractéristique et nullement désagréable qui émane du fond. À l'écoute de la symphonie que cette nature me joue, mes oreilles cherchent à en discerner les instruments. Il y a le clapotis du liquide sur la berge, la branche qui bat la surface donne le rythme, courant et remous se frottent, les sons soutenus des chutes et, venant du fond, la percussion des pierres entraînées dans une danse folle.
Je rouvre les yeux et tout en contemplant le spectacle, je m'inquiète des conditions de vie des alevins. Dès que l'eau se sera éclaircie je pourrai me faire une idée des conséquences sur ceux qui ne dépendent plus de leur vésicule. Mais pour les plus jeunes, toutes les hypothèses restent ouvertes.
La pluie a cessé et, au cours des heures, l'eau devient graduellement plus transparente. J'arrive même à distinguer quelques alevins. Ils ont repris leurs postes de chasse et d'autres viennent occuper de nouveaux territoires.

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09/04/2008

Première nage dans la vie

Il y a trois mois déjà, les truites étaient en pleine migration et action de fraie. Elles m'ont offert des moments magiques. Il s'en est suivi une période sans agitation spectaculaire ni visible. Mais sous les pierres, à l'intérieur de petites perles orange, régnait une activité intense. Par la division des cellules, les organes qui constituent un être vivant s'organisent et se mettent en place. Très rapidement, un œil apparaît. On dit alors que l'œuf est oeillé. L'embryon est en plein développement. Parmi tous les œufs déposés, seule une moitié atteindra ce stade.
Vient le jour de l'éclosion. Guère plus du tiers parvient à sortir. Ceux qui y arrivent sortent avec quoi se nourrir durant un mois. Ils restent invisibles. Ce n'est pas le moment à s'aventurer en quête de nourriture. Il faut prendre des forces. S’il n'y a pas de crue importante, la grande majorité sera en mesure de poursuivre sa vie.
Par bonheur, les conditions ont été clémentes et le premier alevin est sorti, suivi à quelques jours d'intervalle par des dizaines d'autres.
Dans toutes les positions imaginables, je passe du temps à les observer, les photographier. Ce sont des petites virgules encore plaquées sur le fond de graviers fins, à proximité d'une pierre ou tout autre objet leur offrant un abri contre les prédateurs.
Il faut grandir le plus rapidement possible, leur survie en dépend. Alors ils passent leur temps à se nourrir. Mais, pour chercher pitance, il faut sortir du couvert au risque de se faire gober par un chabot ou une fario. Danger du ciel, le Martin-pêcheur veille de sa branche; les pattes dans l'eau, immobile, le héron veille. Non, ils ne sont pas les seuls à devoir manger et de cette période bien peu d'alevins en survivront.
Pour l'instant, je les contemple. Chacun contrôle un espace. Ils luttent dans les courants. Parfois l'un d'eux est contraint, bien malgré lui, à la volte-face. La maîtrise des lois de l'hydraulique est encore à travailler. La position et l'orientation de chacun de ces petits poissons sont un indice de la direction et de l'intensité des micro courants qui façonnent cet espace limité. Dans environ trente jours, leur vessie gazeuse sera opérationnelle. Ils quitteront ces zones proches des berges, sous quelques centimètres d'eau, pour aller chasser des proies dignes de leur espèce.
Les dangers sont toujours présents et à chaque stade de sa vie il rencontrera de terribles prédateurs. Il y a les oiseaux piscivores. Mais, le plus terrible est l'homme et je ne pense pas qu'au pêcheur. Nous tous, par nos comportements de grands consommateurs d'énergie, de produits en tous genres et d'objets futiles dont nous nous rendons esclaves tout en nous convaincant de leur utilité sommes responsables de la précarité de leur vie. Les gadgets aux plaisirs éphémères contribuent activement à une vaste et durable extermination.

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25/03/2008

Regardez les repartir c'est beau

Tous mes jours de congé sont consacrés à la pêche et ce Pâques ne déroge pas au rituel. Aujourd'hui, avec Marcel nous nous rendons au moulin de Fabry pour aller taquiner les truites de l'Allondon. À vélo, sur la route du Mandement, aidé par la bise, je suis Marcel sur son Paloma. Le rythme est soutenu, la bise m'aide et à force de faire la route, ma forme est bonne. Nous sommes en 1960, les cyclistes sont rares et chaque fois que l'occasion se présente, je me fais plaisir de rattraper et dépasser les vélomoteurs.
Nous arrivons à Satigny, grimpons la rampe de Choully puis descendons à tombeau ouvert jusqu'au pont de Fabry.
Avant de monter nos cannes, nous nous penchons par-dessus le parapet du pont et observons les truites. Nous en dénombrons une dizaine. Tout en discutant des diverses stratégies, nous montons notre matériel et chacun se rend sur le secteur de son choix.
Je descends tranquillement le cours de la rivière. La dandinette se balance au bout de la canne avant de voler par-dessus les flots pour plonger au plus près de la berge opposée. Le petit poisson casqué revient en dansant dans les flots. Cette danse est rythmée par de petits balancements de la canne pendant que le fil s'enroule sur le cadre.
Guidé par la ligne, le vairon sans tête se promène de rapides en fosses, par le travers ou le long des berges, derrière les embâcles et sous les souches. Il est malmené par les attaques vives des truites. Certains sont perdus par des lancers mal contrôlés ou la rencontre d'un obstacle. Les poissons au-dessous de la taille réglementaire sont relâchés. Ceci m'oblige à refaire des montages; montages dits à la bohémienne.
J'arrive vers une zone riche en gros blocs de mollasse. Prudence, ça glisse et je ne veux pas passer à l'eau, la bise souffle et il fait plutôt frais. Hier j'ai ri en voyant Marcel revenir trempé, il avait glissé sur un de ces blocs.
En arrivant à la hauteur de l'Allemogne, je décide de renouveler à nouveau l'eau de mes deux truites. Il faut dire aussi que j'ai toujours beaucoup de plaisir à les regarder, comme l'oiseleur qui se plaît à contempler ses volatiles.
J'ouvre le couvercle ce qui n'est pas indispensable au changement de l'eau, mais contempler les belles mouchetées est un juste motif. Je m'avance dans le lit de la rivière et retire le bouchon à la base du réservoir pour permettre à l'eau de s'évacuer. En maintenant l'ouverture supérieure grande ouverte, j'abaisse la petite prison et fais encore un pas. Le fond semble disparaître sous mon pied. D'un coup de rein, je tente de me rétablir et voilà que mon autre appui glisse, la boille m'échappe. Dégoulinant, je reprends contrôle, récupère le bidon à bretelles. Il est vide.  "Ouvrez, ouvrez la boille aux poissons. Regardez les repartir c'est beau"...
Je remonte sur la berge et emprunte le sentier pour retourner au moulin de Fabry, retire mon casse-croûte de la poche carnier. Il est trempe. Le fromage, le saucisson et l'œuf dur "cassé", sont récupérables mais le pain n'est qu'une bouillie infâme. J'accroche ma veste à la balustrade, suspends ma chemise aux branches d'un buisson, retire mes bottes avec quelques efforts et les vide.Le pantalon tombe, il trouve place sur la branche d'un arbre. Le vent du nord active le séchage, mais en attendant, il me gèle. À l'autre extrémité du pont, il y a la guérite de douaniers. Ce n'est plus sur sol Suisse mais si elle est ouverte, je serais à l’abri.
Quelle aubaine, la porte s'ouvre et j'entre. La pièce est petite, tout au plus huit mètres carrés. Un modeste bureau, une chaise et un fourneau cylindrique, mais pas de bois et mes allumettes ont aussi profité du bain forcé. Assis, je commence par passer le temps en lisant l'affichette collée au mur, elle m'apprend que chaque fonctionnaire est tenu de laisser ces lieux en état, que le bois de chauffe doit être disposé dans le panier prévu à cet effet, toute boisson est prohibée et que chaque passage doit être inscrit scrupuleusement dans le livre de bord. À défaut de bois, je pourrai lire. J'ouvre le tiroir au centre du bureau et j'y trouve une brochure avec des femmes très légèrement vêtues, dans l'autre tiroir quelques cadavres de bouteilles. Je prends mon mal en patience, le soleil joue avec les nuages qui défilent à toute vitesse, mes habits sont secoués et sèchent lentement.
Marcel revient. En voyant mes habits au vent, les bottes retournées et la boille vide il se dirige vers la guérite et je croise son regard, il affiche un sourire malicieux qui en dit long. Je lui raconte ma mésaventure. Rires !
J'endosse ma chemise encore humide et froide, les pantalons sont franchement mouillés. Après avoir enfilé des chaussettes qui n'ont pas eu le temps de sécher, je tire sur mes bottes pour me rechausser. La veste est passée. Et c'est dans cet inconfort que je reprends la route de retour.

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16/03/2008

Le rendez-vous

Demain matin de très bonne heure j'ai rendez-vous avec Jean-Pierre, l'Autre comme il se nomme lui-même. Nous nous sommes donné rendez-vous à quatre heures trois quarts du matin devant le BIT, actuellement c'est l'OMC et chacun en pense ce qu'il veut ; (
Je passe en revue mon matériel: le fil sur le cadre est changé, enroulé spires jointives. Les montures pour les dandinettes sont contrôlées; chacune est placée dans sa pochette. Une douzaine de casques, des tailles 2 et 1 sont groupés dans une boîte. Reste à caser une bobine de fil de coton rouge et une boîte d'allumettes. Tout ce petit matériel est mis dans les poches de ma veste. Le casse-croûte est disposé dans la poche carnier. Les vairons sont dans la boille placée dans la baignoire avec l'eau qui circule. Canne en main, je descends au garage à vélo, la fixe sur le cadre et vérifie la pression des pneus.
Il est temps d'aller dîner. Maman a préparé une tarte aux fromage avec des oignons et l'odeur qui émane du four me fait saliver. Nous n'avons pas la télévision et, une fois le repas pris, c'est la douche et au lit. Je règle le réveil sur quatre heures et hop, Morphée m'entraîne dans le pays des rêves.
Dans la nuit je me réveille et jette un coup d'œil sur le cadran du réveil. Je regarde les aiguilles du garde-temps et que vois-je? Il est quatre heures un quart. La sonnerie n'a pas retenti ou je ne l'ai pas entendue. En toute hâte, je m'habille, avale une tasse de lait que je ne prends pas le temps de chauffer, j'emporte une tranche de pain en guise de petit-déjeuner, endosse la boille, descends les sept étages et enfourche mon vélo.
Avec moins de dix minutes de retard j'arrive au lieu de rendez-vous. Je ne vois pas Jean-Pierre. Alors, sans perdre de temps, je pousse jusqu'au Reposoir. Mais, ne voyant pas le feu arrière du Solex au loin, je fais demi-tour et retourne au lieu de rendez-vous. Je consulte ma montre, le doute s'élève. Je remonte sur le vélo et vais voir l'horloge de l'école de Sécheron et l'incertitude s'évanouit. Les aiguilles me disent il est quatre heures moins dix.
Je me suis précipité une heure trop tôt. Il ne me reste qu'à aller attendre devant les grilles du BIT. Pour ne pas rester sans rien faire, je sors un vairon de l'eau, abrège sa douleur et me mets à monter la dandinette. Un sécuritas dans sa tournée regarde par-dessus mon épaule et repart en hochant la tête. Je n'ose envisager quelle peut être le fond de sa pensée.
Il est cinq heures, l'Autre n'est toujours pas là. Trente minutes plus tard je prends la route et pédale jusque vers Chavanne-des-Bois.
La journée est belle et j'ai trois magnifiques truites. J'apprendrai que Jean-Pierre, oui l'autre, est resté endormi. Il roupillait pendant que je faisais le pitre en montant une dandinette devant ce palais des palabres.

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