26/04/2009

Soleil printanier

La journée est ensoleillée; canne à mouche en main, le permis logé dans un compartiment fort pratique placé le long de ma jambe droite; dans les poches : à droite, une petite bobine contenant la réserve de nylon indispensable pour refaire la pointe du bas de ligne; à gauche, une modeste boîte de graisse dans laquelle cinq mouches sans hameçons ont été déposées. Ah! j'oublie l'objet le plus encombrant à ranger: les lunettes me sont indispensables depuis quelques années; sans elles, je ne suis plus en mesure de changer la mouche ou de rabouter deux fils. Ainsi équipé, Carex et moi nous nous rendons au bord de la rivière.
Si d'octobre à février j'ai passé le plus clair de mon temps à scruter la Versoix à l'affût des frayères, depuis mars, j'examine les bords dans l'espoir de voir la nouvelle génération de salmonidae. Donc, en remontant le cours d'eau, je ne faillis pas à cette récente tradition consistant à inspecter diverses zones de la rivière.
Des mouvements sur le fond de limon captent mon attention. Les images mouvantes qui me sont retournées sont les silhouettes des ombres qui se meuvent fébrilement juste sous la surface. Tout ce petit monde se déplace en un ballet dirigé par un maître invisible. Je me laisse bercer par ce manège jusqu'au moment où je distingue un minuscule fuseau zébré transversalement de nuances brunes.
Ce corps fusiforme trahit sa présence en effectuant de courts bonds pour saisir sa pitance. Attention! un mouvement trop vif, une approche dans son aire de sécurité et l'alevin de truite se met à couvert dans la cache la plus proche. Je ne tarde pas à découvrir que cette larme oblongue n'est pas seule, j'en compte quarante-trois sur un espace de deux pas de long pour un de large.
Le temps n'attend pas, le soleil poursuit sa course, rejoint le Jura et moi, canne en mains, effectue quelques lancers afin que la canne, la soie et la mouchent n'aient pas le sentiment d'être sorties pour rien, pire être la troisième roue du char. Le point d'orgue de la journée m'est offert par un ombre magnifique qui me fait le plaisir de prendre la mouche que je viens de placer dans le courant. La prise de cette mouche est sans conséquence pour ce magnifique porteur de drapeau car comme je l'ai mentionné au début de ce billet, j'ai pris soin de ne conserver que la hampe habillée de ce terrible crochet.