25/08/2014

L'arbre, la biche et son faon

Durant de nombreuses décennies le frêne, sur le tronc couché du quel je suis assis, a beaucoup dialogué avec la rivière toute proche; la tenant au courant des informations rapportées à chaque feuille par le vent. Elles, en ont frémit intensément plus d’une fois et les nouvelles d’automne si terribles qu’elles en tombaient à tel point qu’en hiver le vent devait se faire glacial pour livrer les nouvelles au cœur des ramilles. Il avait plaisir à retracer les parties de cache-cache des écureuils, faisant malicieusement le tour du tronc, sautant de branche en branche et passant d’un arbre à l’autre, pour atteindre des rameaux inférieurs à l’aide de délicats vols planés. Le soir venant le vénérable avait plaisir à relater avec force détails la partition jouée par les oiseaux car notre arbre, comme ses congénères, est très mélomane; il lui arrivait souvent de se mêler à l’orchestre accompagnant le rythme de l’eau.

La rivière a aussi des histoires à raconter, mais elle aime, avant tout, écouter les événements et anecdotes qui lui sont relatés par le benthos et les hôtes qui bordent son cours. Elle travaille sans cesse à aménager des caches, à occuper des espaces nouveaux, tout en en laissant d’autres pour assurer la genèse indispensable à ses locataires. En remuant les pierres elle prépare les lieux d’accueil des générations à venir.

Les années ont passé et l’arbre, fatigué, a demandé à la rivière si elle pouvait lui faire connaître encore un peu de pays. La Versoix lui a dit : allonge-toi auprès de moi et à la première crue je t’emmènerai vers l’aval et te déposerai où tu le souhaites. Ayant trouvé un endroit qui semble lui convenir, notre frêne se repose à la sortie d’une courbe et accueille tous ceux qui veulent faire une petite pause. Je viens souvent m’asseoir avec lui pour observer les insectes qui émergent. Toute une faune affectionne ce lieu, le castor aussi en fait partie.

C’est assis sur le fût de ce noble membre de la famille des Oleaceaes que je compte éphémères et trichoptères en train de quitter les profondeurs d’un milieu pour le moins humide afin de faire connaissance avec les airs en entrant dans une brève nouvelle vie. C’est alors que le fayard m’invite à regarder l’autre rive. Je lève les yeux et vois un daguet. Nos regard se croisent. Pour arrêter le temps pendant un instant et pouvoir contempler le cervidé, je caresse ma chienne et lui chuchote de rester tranquille. Avertissement probablement inutile car elle devait avoir le même désir de contempler l’animal.

Ma rencontre estivale avec le cervidé me reporte une quinzaine de semaines plus tôt. Période du premier avril au quinze juillet où promener son chien sans laisse n’est toléré que dans quelques espaces afin d’assurer des conditions acceptables à la faune sauvage pendant la période de reproduction. C’est lors d’une promenade matinale, qu’au sortir du bois, je vois à une quarantaine de mètres, une biche. Elle marchait à reculons guidant son petit. Le faon poussé par la curiosité de découvrir ce monde qui s’étend devant lui, se déplace avec difficulté. Ses pattes ont du mal à le porter. Elles donnent l’impression de se briser à chaque instant. La mère veille et elle m’a repéré. Elle dirige son petit en direction du bois, mais l’attrait de l’herbe fraîche incite le nouveau-né à avancer vers le gagnage. La biche se dirige vers le bois et d’un bond souple disparait dans le taillis. Le faon s’allonge dans le fossé. Sa mère le rejoint et tous deux rentrent dans la forêt. Avec ma chienne nous attendons que les cervidés soient à l’abri avant de reprendre le chemin. Par précaution je mets Lina en laisse et nous poursuivons notre chemin. Lorsque, à moins de douze mètres, je vois le cul-blanc en compagnie de sa progéniture. La biche fait un bond dans le bois, le faon se remet à plat ventre sur le bas-côté du chemin sous le regard anxieux de sa mère. Avec Lina nous poursuivons notre chemin, la laisse reste sans tension alors que le petit est à moins de deux mètres. La mère est dans le bois seul un petit mouvement trahit sa présence. J’évite tout croisement de regard avec les cervidés. La laisse de Lina reste sans tension. Après quelques minutes de marche je me retourne et vois le couple mère bébé traversant tranquillement le sentier.

 

Demain je raconterai mon aventure au frêne.

10/04/2012

Les noces de l'Ombre

Il n'y a pas que les truites! Voici plusieurs années que les ombres sont fortement protégés par secteurs dans l'Allondon et la Versoix. Sa capture y est interdite et depuis cette année, cette interdiction s'est étendue à l'ensemble de l'Allondon.
Depuis deux-mille-dix le nombre de thymalidés est en croissance et je peux observer toujours plus d'emplacements avec des juvéniles ce qui est réjouissant.
Cette année, me voilà bien décidé à apprendre à voir les frayères d'ombres. Je remonte lentement la rivière en portant mon attention dans la zone proche de ma rive, ce qui m'offre la meilleure vision. Souvent, il m'arrive d'attendre que la surface liquide m'ouvre une fenêtre sur le fond. Oui, des espaces plus clairs m'apparaissent, mais sont-ce des emplacements de reproduction ?
J'ai la chance de voir un ombre. C'est un mâle bien reconnaissable à sa grande nageoire dorsale colorée. Il est sur une surface de gravier fraîchement retourné. La fosse est peu profonde, le dôme se devine à peine.

Ma montée se poursuit, je suis plus attentif aux petites taches qui se laissent voir et je situe ces frayères spatialement. En remontant le cours d’eau, je ne revois plus d'îlots au gravier nettoyé. Cette partie de rivière ne regroupe pas les conditions indispensables à la reproduction: la vitesse de l'eau est trop rapide, le substrat ne convient pas ou la profondeur d’eau est trop importante. Après quelques hectomètres je revois ces petits espaces caractéristiques de pierres débarrassées de leur coloration brune. Je ne tarde pas à voir les porteurs de drapeau, sobriquet attribué à ce membre de la famille des salmonidés dont le mâle en particulier a une grande nageoire dorsale. Tous les quinze à vingt pas la chance me sourit. C'est un vrai bonheur de voir Thymalus tymalus, nom latin tiré de l’herbe aromatique dont l’odeur se dégage de ce poisson, occuper les zones propices à sa reproduction. À la sortie d'une courbe un arbre est couché parallèlement dans le prolongement du courant. L'élément liquide ondoie en réfléchissant les rayons lumineux. Au rythme des vagues changeantes et au hasard d'une lucarne intermittente, je vois une masse fusiforme qui se déplacer.
J'interromps ma progression et cherche au travers de chaque ouverture qui se présente à revoir la forme brune. Quelle n'est pas ma surprise en voyant trois ombres communs: un mâle d'environ trente-huit centimètres, une femelle à peine plus petite et un petit ombre en retrait.
Pour observer cette chorégraphie, je me positionne avec délicatesse afin de voir sans être vu des danseurs. La femelle prend place sur le flanc gauche du mâle. Le témoin de cette union est à une longueur et demi derrière le couple en noce. Les amoureux, comme un seul poisson, font une vive accélération en direction du large puis, bercé par le courant, regagnent le point de départ. Soudain, madame se présente sur le flanc gauche de monsieur. Cela s'est passé en un éclair. Encore aujourd'hui, je ne peux dire si la femelle est passé au-dessus, au-dessous, par derrière ou par devant le mâle peut être, mais pour sûr, cela s'est passé très vite.
Vais-je assister au frai de ce membre de la famille des Thymallinae ? La gravure que j'avais vue se transposera-t-elle dans le réel ? Les ondes dansantes de l'eau, son effet miroir et la faible luminosité excluent toute prise de vue photographique. Reste cet organe magique que dame nature nous a gratifiés, l'œil. Je concentre mon observation sur le secteur précis de cet mariage et profite de chaque ouverture de lucarne.
L'épisode tant espéré émerge, le mâle déploie sa nageoire dorsale et vient recouvrir le dos de son élue. Ils ne font qu'un. Restant en position de nage, Monsieur, se met à vibrer comme s’il entrait en extase. Le limon se soulève et se fait emporter par le courant, les œufs et le sperme se mêlent en gagnant le fond. Maintenant, le mâle relâche son étreinte, la femelle s'écarte un tout petit peu et tous deux repartent dans une danse effrénée.
Je me retire avec la même attention que celle de mon approche, heureux d'avoir assisté à ce spectacle.

07/12/2010

Ah la belle journée

Ah la belle journée
C'est après une petite marche de quarante minutes que nous atteignons les rives d'un lac de montagne. Non loin de la rive,  les saumons de fontaine sont visiblement en pleine chasse. Reste à choisir la bonne mouche. En préparant mon matériel, je continue d'observer la surface de l'eau, à l'affût des insectes qui la quittent afin choisir l'artificielle qui convient. À une trentaine de mètres sur le plan d'eau une nuée d'hirondelles vient frapper la surface. Au vu de la faible éclosion et de la concentration des messagères du printemps j'imagine qu'elles viennent s'abreuver. Cette chorégraphie se renouvelle à quatre reprises, me surprend et m'émerveille chaque fois.
J'ai plaisir à faire voler ma soie et la voir s'allonger avec délicatesse sur le miroir du lac. Tout en surveillant mon artificielle, j'observe un petit point clair glissant sur l'eau. Est-ce un poisson trainant avec lui les restes d'un bas de ligne? Je m'interroge et suis avec attention le déplacement. La petite tache blanche quitte la surface liquide pour prendre un instant de la hauteur. Le lien qui relie ce petit objet ne sort pas de l'eau. Le filin, trahi par le soleil, guide mon regard de bas en haut. L'ensemble s'approche et me permet de distinguer un insecte suspendu à une soie fixée à un petit parachute. L'hexapode fait du kitesurfing sur ce magnifique lac de montagne!
Comme l'enfant fasciné par le trapéziste oublie son cornet de glace fondant sur ses doigts, je continue tel un robot de faire voler ma mouche.

02/09/2010

Remontée à pieds de l'Inn, Maloja à Madulain

Maloja à Bivio

Le temps est radieux. Pas un nuage. Je me mets en route peu avant huit heures. Oui, comme vous le remarquez depuis que je suis de retour dans mon pays, le mot heure revient régulièrement.
Avant d'entamer la montée, je soigne le réglage du laçage des chaussures, règle l'altimètre bien que ce ne soit pas indispensable, mais cela me fait plaisir. Huit-cents mètres de montée avec une pause sur les rives du lac Lugin 2.jpgau trois quarts du chemin. Je me suis préparé à monter d'un pas lent et régulier jusqu'au lac. En arrivant, je vois trois pêcheurs qui ont passé la nuit là-haut. Ils pêchent la truite canadienne, mais pour l'instant sans succès. Après avoir demandé permission, je me déchausse pour marcher dans le lit de naissance de l'Inn.

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Maintenant, la montée qui reste à faire est celle du retour. Au sommet se trouve une marque qui désigne la séparation des eaux en trois directions, la Mer Noire, l'Adriatique, et l'Atlantique.11.jpg

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Une longue descente commence. Elle me semble interminable et ce pour deux raisons: le but est atteint et en montagne je descends très mal. Je prends quelques photos de fleurs et à chaque sifflement caractéristique, je cherche la marmotte aidé par mes jumelles.
Il est quatorze heures vingt. J'arrive à Bivio. Reste le bus, le train et à poursuivre les réflexions commencées à Passau pour arriver à la source de l'INN.

Cours de l'Inn.gif

14/10/2009

Onde cuivrée

Cette histoire se passe dans une rivière du Jura, non loin de Champagnol. Il fait chaud, l'eau est basse, claire et les truites profitent d'une éclosion d'éphémères. Accroupi sur un gros caillou qui surplombe la rivière, j'observe les insectes en envol. Je tire de ma poche une boîte d'aluminium. Sous la pression du pouce, le couvercle pivote et dévoile dix-huit compartiments fermés par un opercule transparent. Chacun d'eux contient quelques artificielles, toutes rangées par type et grandeur. Sans perdre de vue la surface liquide, je cherche la mouche la plus ressemblante. Il m'arrive d'en sortir une de son logement, de l'observer sous tous les angles, exploitant à souhait le tableau que dame nature me présente, replacer l'imitation pour en extraire une autre et finalement, d'un geste très sûr, je choisis, comme toujours, la même. Elle est montée sur un hameçon de taille 15, le corps fait d'un dubbing couleur rouille, une collerette et des ailes faites de plumes de cul de canard, trois cerques prélevés sur une plume de coq Pardos. Le simulacre est attaché à la pointe du bas de ligne.
Je fixe un instant la veine d'eau qui caresse la grosse pierre sise à deux pas de la rive droite, m'assurant que la mouchetée est toujours active à son poste. Tout en me redressant, mes genoux font ressortir le temps passé ramassé sur ce gros bloc de calcaire. Chaussé de bottines de plongée, jambes nues, je pénètre dans la flotte, me positionne pour lancer ma mouche, le faux hexapode d'eau douce, complice des remous, joue à cache-cache. Dans cette agitation, un remous m'appelle à ferrer. Il y a résistance. La canne plie. Un gros remous… et plus rien! Le salmonidé a gardé sa liberté. Je ramène la soie, sèche la mouche, que déjà je sonde les lames d'eau, les bordures et les sous berges.
Une branche se détache de la végétation environnante, elle dessine un U. Lentement, elle glisse, se rapproche de la surface en touchant l'eau. Sa courbure se modifie, s'allonge, affronte le courant en zigzag. Je n'en crois pas mes yeux! C'est un serpent. Fasciné, j'observe le reptile en souhaitant qu'il reste à portée de vue. Ce désir est exaucé bien au-delà de ma convoitise. Face à un problème de cinématique, somme de deux vecteurs : la vitesse et la direction prise par la couleuvre additionnée à celle du courant me fait rapidement comprendre que l'animal dessinant ses élégantes sinusoïdes va passer près de moi. La proximité est telle que le natricidé se décide à faire une petite pause sur cet embâcle providentiel qu'est ma jambe. Tout en admirant les dessins de son corps, je ne peux refréner le frisson qui remonte ma colonne vertébrale. Peur viscérale et absurde. La couleuvre ne me veut et ne peut me faire du mal. Elle ne tarde d'ailleurs pas à poursuivre sa traversée. Arrivée en rive gauche, elle s'enfonce dans la végétation et disparaît de mon champ de vision.

30/07/2009

Ah la belle soirée

D'un pas tranquille je rejoins la rivière. Symétriquement le soleil se dirige vers la crête du Jura avant de disparaître à l'arrière comme il le fait depuis près de deux cents millions d'années. La canne repose discrètement sur la phalange distale de l'index et l'intermédiaire du majeur. L'anneau de tête pilote avec assurance; il se faufile entre les branches, prenant garde que rien ne se croche à sa suite.
Arrivé au bord de l'eau, je m'installe dans une petite dépression que me présente la végétation en faisant attention de n'écraser aucun roseau et en choisissant une surface caillouteuse pour m'y asseoir, entouré de jeunes aulnes glutineux. De cet emplacement, je vois des personnes traversant la passerelle avec la quasi-certitude de passer inaperçu.
L'observation commence alors que l'ombre avance inexorablement. Les rayons de lumière, rasants et plus faibles, ne sont plus restitués, donnant à l'eau une couleur noire. Malgré cela, vagues et remous rompent toute monotonie en dansant comme l'ombre des arbres, agités par le vent et s'impriment sur ma rétine comme un film en négatif.
Deux bergeronnettes grises se poursuivent, entrecoupant leurs allers-retours par de petits arrêts sur des pierres qui émergent, elles effectuent de menues génuflexions en relevant prestement leur longue queue.
Au-dessus de l'onde, en plein courant, des éphémères quittent ce milieu qui les a vues naître. Cette séparation me fait penser à des balles de ping-pong lâchées du fond d'une piscine. Ces petits hexapodes éclosent en chapelet et entreprennent leur vol de compensation assurant la pérennité de l'espèce sur tout le cours malgré la dévalaison forcée.
Plus près de la rive, sous les saules, émergeant d'une aire liquide lisse, les trichoptères, apparemment plus grégaires, volent ensemble près de la surface. Les ailes sont sombres, le corps jaune paille, en harmonie avec les champs de céréales. Non loin de moi une phrygane dépose, par bonds successifs, ses œufs avant de venir se reposer sur une pierre. De ma poche, j'extrais une loupe et me mets à observer longuement le petit hexapode. Ses ailes garnies de poils couvrent son corps à l'image de magnifiques fermes bernoises. Chaque patte porte deux paires d'épines, les yeux à facettes sont ceux d'une femelle, le balancement de son abdomen trahit l'effort accompli.
Au beau milieu du radier, un rond éphémère me signale la présence d'un poisson. J'attends encore un instant. Cette fois, je vois un dos effleurer la surface. C'est apparemment une truite de taille modeste. Je décide de lui présenter ma mouche sans hameçon. Sa montée sur mon leurre me ravit et ce gobage sur l'artificielle n'est pas le seul. Ombres et truites font honneur à cette petite chose faite de fil et d'une plume tirée du croupion d'un canard. Ma mouche, à mes yeux, n'est pas belle, elle est fatiguée. Mais d'autres vertébrés semblent la trouver appétissante. Je vis un vrai moment de folie et j'en profite un maximum. Bien m'en a pris : quinze minutes plus tard, tout est terminé.
Ah la belle soirée.

16/06/2009

Puanteur

Ce mardi de mi-juin, je me trouve au bord de la Versoix. La pluie de la nuit a troublé son eau, phénomène naturel. Ce qui ne l'est pas, c'est l'odeur de station d'épuration qu'elle dégage et les mousses blanches qui dansent à sa surface.
Si d'importants travaux ont été effectués pour favoriser la migration et redonner un habitat décent à la faune liée à se cours d'eau, je déplore que l'un des voisins néanmoins amis ne semble pas mesurer les conséquences sur la vie aquatique de ses rejets en eau non ou mal traitée. Est-ce de l'incompétence ou du mépris?
Il y a dix-huit mois, lors d'une action de recensement des castors, je suis remonté le cours de l'Oudard et je ne trouve pas de mots exprimant ce que j'ai ressenti en remontant une rivière jonchée de très nombreux déchets sur son cours. Un bâtiment mentionne "station d'épuration", je dis mentionne, car ce que j'ai vu à l'aval me laisse perplexe. Est-ce fonctionnel ? Les fonctionnaires en charge de cette entreprise ont-ils été formés ? Les élus sont-ils conscients des conséquences ?
Mettre en avant son savoir faire dans le domaine du traitement de l'eau, les hautes exigences des normes Européennes, n'a aucune valeur sans volonté, cela reste du vent, du blabla.
Une chose est sûre, tant que perdureront de tels dysfonctionnements, nos cours d'eau se dégraderont, laissant aux générations futures une piètre image de leurs parents et grands-parents.
Aux pêcheurs, il ne sert à rien de déverser du poissons, mais battez-vous pour des cours d'eau équilibrés et en bonne santé.

26/04/2009

Soleil printanier

La journée est ensoleillée; canne à mouche en main, le permis logé dans un compartiment fort pratique placé le long de ma jambe droite; dans les poches : à droite, une petite bobine contenant la réserve de nylon indispensable pour refaire la pointe du bas de ligne; à gauche, une modeste boîte de graisse dans laquelle cinq mouches sans hameçons ont été déposées. Ah! j'oublie l'objet le plus encombrant à ranger: les lunettes me sont indispensables depuis quelques années; sans elles, je ne suis plus en mesure de changer la mouche ou de rabouter deux fils. Ainsi équipé, Carex et moi nous nous rendons au bord de la rivière.
Si d'octobre à février j'ai passé le plus clair de mon temps à scruter la Versoix à l'affût des frayères, depuis mars, j'examine les bords dans l'espoir de voir la nouvelle génération de salmonidae. Donc, en remontant le cours d'eau, je ne faillis pas à cette récente tradition consistant à inspecter diverses zones de la rivière.
Des mouvements sur le fond de limon captent mon attention. Les images mouvantes qui me sont retournées sont les silhouettes des ombres qui se meuvent fébrilement juste sous la surface. Tout ce petit monde se déplace en un ballet dirigé par un maître invisible. Je me laisse bercer par ce manège jusqu'au moment où je distingue un minuscule fuseau zébré transversalement de nuances brunes.
Ce corps fusiforme trahit sa présence en effectuant de courts bonds pour saisir sa pitance. Attention! un mouvement trop vif, une approche dans son aire de sécurité et l'alevin de truite se met à couvert dans la cache la plus proche. Je ne tarde pas à découvrir que cette larme oblongue n'est pas seule, j'en compte quarante-trois sur un espace de deux pas de long pour un de large.
Le temps n'attend pas, le soleil poursuit sa course, rejoint le Jura et moi, canne en mains, effectue quelques lancers afin que la canne, la soie et la mouchent n'aient pas le sentiment d'être sorties pour rien, pire être la troisième roue du char. Le point d'orgue de la journée m'est offert par un ombre magnifique qui me fait le plaisir de prendre la mouche que je viens de placer dans le courant. La prise de cette mouche est sans conséquence pour ce magnifique porteur de drapeau car comme je l'ai mentionné au début de ce billet, j'ai pris soin de ne conserver que la hampe habillée de ce terrible crochet.

19/04/2009

En attente d'apparition

Me voilà arpentant les bords de la Versoix et de ses canaux depuis plusieurs semaines. À tel point que j'en oublie d'autres activités. Et ce dans le seul but de voir apparaître les premiers alevins de truite puis d'ombre. J'ai beau calculer et recalculer en faisant toute sorte d'hypothèses avec de l'eau dont la température a varié de quatre degrés et demi à huit degrés et demi. Les œufs déposés le trois novembre devaient éclore entre le vingt-trois décembre et le douze janvier. À cela j'ajoute un mois; les premières petites truites devaient se montrer entre mi-février et mi-mars. Mais, comme pour l'an passé, la nature me fait attendre mi avril. Oui, c'est le treize avril exactement que j'ai le bonheur de voir apparaître mes premières trutta.
Ces petites virgules, comme j'aime à les appeler, sont difficile à repérer et déjà diablement méfiantes, promptes à se cacher à la moindre suspicion de danger. C'est bien compréhensible, aucun adulte pour veiller sur eux. Trois jours plus tard, d'autres bébés se montrent. Tout ce petit monde cherche sa pitance quelques pas en aval du lieu qui les a vus naître.
En rentrant, quel n'est pas ma surprise en voyant des colonies d'alevins d'ombres alors que le frai de thymallus a débuté après que salmo trutta eût terminé sa phase de reproduction.
Si la virgule de la belle mouchetée est difficile à repérer et bien qu'elle soit plus massive que son cousin, l'ombre, lui, ressemble à une épingle. C'est que la truite n'affectionne pas la vie en groupe. Elle ne craint pas de se dissimuler dans les plus petites cavités. Elle est vive autant que craintive. Sa robe est une vraie tenue de camouflage. L'ombre, lui,  aime la compagnie. Au signal danger, tout le groupe se déplace, mais est impatient de revenir.  Il hait les espaces confinés. Son costume d'un beige uni est des plus élégant et si son habit le met à l'abri des regards sur fond de sable fin, son ombre portée trahit l'ombre.
Aujourd'hui, à chacune de mes sorties, ma curiosité me pousse à vous rechercher et lorsque la chance me sourit, le temps s'arrête pour vous observer, me faisant oublier par moments que la pêche est ouverte.

01/04/2009

Une brindille

Une petite brindille se sépare de son arbre et se laisse tomber en tourbillonnant dans l'air. Ce voyage aérien prend fin au contact de l'eau. La minuscule branche se pose sur une surface calme. Une de ces surfaces où l'eau hésite, ne sachant quelle direction prendre, peu encline à suivre le mouvement général qu'elle rejoindra de toute façon. Ce petit bout de bois danse sur les flots. Je le vois s'éloigner et bien vite il quitte mon champ de vision, mais pas celui de mes pensées.
Le fétu contemple les aspects bucoliques et pittoresques que lui offre la Versoix jusqu'à son embouchure dans le Léman. Le rameau suppose qu'il va passer plusieurs semaines de douce oisiveté, craignant de s'ennuyer. La bise se plaît à faire vivre une descente de folie à notre petit morceau de bois qui passe quelques jours très chahuté avant de se laisser prendre en douceur par le Rhône.
Notre tigelle fait des connaissances tout au long de son périple. Il y a ceux avec qui elle aime à se promener ou bavarder, mais elle se trouve souvent avec des voyageurs bizarres, issus de cours d'eau à l'odeur nauséabonde, des objets que la nature ne perdrait pas son temps à produire pour s'en séparer aussitôt. Les rares animaux de l'eau que notre herbe rencontre ont triste mine et nombreux sont les malades.
Ces mois de voyage l'ont conduite à la mer, sous le soleil. Mais son périple ne s'arrête pas là. Elle a entendu parler de l'océan et maintenant elle a hâte de le rejoindre. Pour l'instant, le ressac se joue d'elle en la renvoyant sur la rive. Elle y rencontre des consœurs, fait de nombreuses connaissances, côtoie des familles de crustacés, des végétaux terrestres tout comme des aquatiques. Il y a même des papiers, des feuilles et divers objets en plastique, des récipients en tous genres, fait d'aluminium, de matériaux composites et des nodules noirs auxquels il vaut mieux éviter de se frotter. Soudain, c'est l'obscurité la plus totale lorsqu'un oiseau vient se coucher sur ce petit morceau de chêne, le contraignant ainsi à sombrer dans les bras de Morphée et sombrer dans un sommeil profond et bien mérité.
Soudain, et sans trop comprendre comment, voilà que ce petit représentant d'un arbre situé à quelque mille cinq cents kilomètres, route aérienne, de là se trouve planant au-dessus de l'océan. L'oiseau, en reprenant son vol, l'a embarquée dans ses plumes, franchissant ainsi le détroit de Gibraltar avant de quitter son transporteur. Non qu'elle ne s'y trouvât pas bien, mais l'envie de liberté la taraude. Toutefois, la brindille n'est pas très rassurée en voyant cette immense étendue d'eau. S'armant de courage, elle quitte son abri passager et ne tarde pas à rejoindre l'onde verte.
Quelque peu déboussolée, elle se laisse bercer par les vagues, bien peu maîtres de sa destinée. Sans se douter, elle se trouve à la base d'une très grande vague. Ce petit représentant d'un Fagacée commence à se sentir important en s'élevant avec les flots. Notre touriste bombe le torse et en oublie ses compagnons de voyage. Il est certain d'être l'artisan de cette montée. Avec insolence, notre courtier se met à mépriser tous ceux sur qui se trouvent au-dessous de lui. Pourtant, ils ne ménagent pas leurs efforts à le faire monter toujours plus haut. Tellement imbu de lui-même, il s'imbibe de cocktails marins, s'enivre avec arrogance de sa gloire pourtant éphémère, double de volume et ne voit pas arriver le sommet… et sombre dans les abysses !

13/02/2009

Les renardeaux

En cette fin de journée d'avril, je prends le chemin du retour après une partie de pêche bredouille. Ma montée a été plus dominée par la rêverie que par la volonté de prendre une belle mouchetée ou de capturer le noble porteur de drapeau.
Les faciès de la rivière, l'observation des chemins tracés par les trichoptères, l'envol soudain de l'éphémère, alimentent mon imaginaire.
Un arbre est couché sur les flots, un courant rapide et turbulent sépare les rives. En face, un contre courant m'invite à y déposer ma mouche. Les mouvements de ma main, amplifiés par la canne, dictent à la soie son chemin. La ligne danse dans l'air en liberté contrôlée, son ballet s'achève en douceur, se posant délicatement en travers de la rivière, anticipant le rapide, plaçant une réserve de fil dans le contre courant d'en face. Tout ceci pour que mon artificielle puisse se promener aussi naturellement que possible. Le scion repositionne la soie à deux reprises permettant de prolonger la promenade de ma mouche. Diriger cette danse aérienne me fait oublier le but initial qu'est celui de prendre un des poissons nobles qui habitent ces lieux.
Un peu plus haut, je me laisse distraire par le manège du cincle plongeur, perché sur une pierre, exerçant quelques génuflexions avant de disparaître dans les flots à la recherche d'invertébrés, puis de refaire surface quelques mètres plus loin et de reprendre position sur une branche, une pierre ou une vieille souche.
Au détour d'une boucle serrée de ma Versoix, j'ai pris place sur un mamelon de mollasse pour y remonter mon bas de ligne après qu'une maladresse qui a conduit mon leurre à se positionner sur une branche hors de portée. Tout en effectuant le nœud baril, mon regard erre dans la direction où un petit bout de nylon, témoin de ma gaucherie, me nargue avant que mon attention soit captée par cet alcedinidae dans sa livrée brillante bleue vers le ciel, rousse et blanche en direction de l'eau, armé d'une puissante épée, prêt à plonger sur l'alevin insouciant.
Le soleil se dirige vers son aire de repos, me disant: il est l'heure. Canne posée dans ma main comme le fléau d'une balance, je remonte le sentier qui doit me conduire vers la petite route, heureusement interdite à la circulation.
Canne en équilibre, bottes repliées à la mousquetaire, sur cette voie mon pas s'allonge. Après une trentaine de minutes de marche, je m'immobilise. A dix brasses devant, trois petites boules de poils roulent à terre, se courent après, sautent l'une sur l'autre. Ce spectacle est une invitation à prendre place, jambes repliées en tailleur je m'assieds sur la chaussée et me laisse divertir par ces renardeaux. Vient le moment où, m'ayant vu, ils cessent leurs jeux et regardent, curieux, cet autre animal. L'un d'eux se rapproche, nos regards se croisent, les deux petits goupils restés en arrière se rapprochent à leur tour. Tout en nous dévisageant mutuellement, nous prenons plaisir à jouer qui copie l'autre en inclinant la tête d'un côté ou de l'autre.
Un glapissement vient du champ de blé encore vert. La récréation est terminée. Obéissants, les trois jeunes font demi-tour. Avant de disparaître dans la verdure, ils se retournent encore une fois, on se contemple et ils disparaissent dans la plantation.
Je me relève gonflé de bonheur et reprends le chemin du retour. Je remercie ces renardeaux pour ce moment inoubliable.

04/01/2009

Rencontre d'hiver

Octobre. Je suis aussi impatient que durant les semaines précédant une ouverture de la pêche de ma jeunesse. À chaque sortie, mes jambes me conduisent au bord de l'eau. Mes yeux scrutent le substrat sur lequel une eau claire se trémousse.
Le trois novembre, une tache claire de quelques décimètres de côté retient mon attention. Sur sa partie amont, une petite dépression. Le gravier déplacé forme un dôme à l'aval. Dix à douze brasses plus haut, deux truites sur une frayère peu creusée s'activent. Heureux, je dénombre les quatre premiers frais. Prélude, je l'espère, à de nombreuses autres.
Les jours suivants ne me déçoivent pas ; je passe de nombreuses heures à noter un maximum d'informations : situation géographique, longueur et largeur de l'espace utilisé, température de l'air et de l'eau, pression barométrique. Pour ce faire je n'ai pas lésiné sur le matériel.
Mi-novembre, je suis inquiet. À l’exception de trois frayères vues dans la Versoix, ces nids d'amour ne se concentrent pour l'instant que dans quelques dérivations.
La pluie est de retour. L'eau monte et se teinte. Dans ma tête, je vois toutes ces grandes lacustres qui, comme sur des plots de départ, attendent ce signal pour s'élancer dans cette migration dédiée à la postérité.
Le mois se retire sur la pointe des pieds en annonçant des lendemains prometteurs : quatre belles frayères ! En m'approchant de l'une d'elles, une vague remonte le courant, un flash argenté accompagne cette onde qui s'oppose avec vigueur à la direction prise par l'eau et, avant de disparaître, une lame fend la surface, la dorsale trahit la belle. Avec la fin de l'après-midi la lumière céleste décline ; je rentre avec la certitude de revenir.
Décembre. Je me mets à parcourir la Versoix de bas en haut, soit du Léman à Divonne. En cette fin d'après-midi, je décide, malgré la présence de mon chien, de suivre le cours de la rivière sur un secteur encore inexploré cette fin d'année. Il est vrai que l'accès aux chiens n'y est pas autorisé. Mais comme tout un chacun, lorsque l'on fait quelque chose de défendu, on se trouve de multiples "bonnes" excuses telles que : il est vieux et reste près de moi ; il est sage comme une image ; il m'obéit au doigt et à l'œil ; si je le rentre, je ne vais pas ressortir tout de suite et en ressortant plus tard, le fait de voir Carex me regarder en me suppliant de le prendre, je ne résisterai pas, excluant de fait la visite de cette partie de la rivière. Je m'engage donc dans la réserve en observant attentivement le fond du lit à la recherche des graviers retournés. Vient le moment où je vois trois taches claires distinctes qui contrastent avec le fond. Je sors mon matériel : instrument de positionnement, décamètre pliant, thermomètre, calepin et crayon qui ont remplacé plus fidèlement l'enregistreur électronique et j'entreprends les relevés.
J'entends au loin l'aboiement d'un chien, mais ce n'est pas celui de mon compagnon alors je décide, pour éviter toute rencontre, de rappeler mon chien. En me relevant, je le cherche et ne tarde pas à le voir, il est à douze ou quinze mètres. Son attitude est étrange et je constate que c'est lui qui aboie. Son timbre n'est pas coutumier, plutôt étranglé. Je ne tarde pas à comprendre en contemplant, à guère plus de sept ou huit pas de Carex un sanglier. Et il n'est pas seul ! J'en compte quatre, placés en arc de cercle. Je siffle tout doucement, ce qui a pour effet de calmer Carex qui s'assoit. C'est alors qu’une à une les bêtes noires s'en vont tranquillement. Une fois hors de vue, mon chien me rejoint.
Arrivé à la maison, je revois ces images et je sais que je retournerai occasionnellement dans ce modeste havre, mais sans mon quatre pattes, conscient que toute présence perturbe les habitants de ces lieux.
Le mois se termine non sans autres rencontres, toutes aussi merveilleuses les unes que les autres et le nombre de relevés s'additionnent pour atteindre les deux cents frayères qui n'ont cessé d'apparaître par vagues successives. L'arrivée de la nouvelle année n'y change rien, je m'interroge sur les raisons qui induisent ces pulsions entrecoupées de trêves plus ou moins longues.
Cette période de reproduction m'est devenue plus passionnante que celle de l'ouverture de la pêche qui reste un jour significatif dans la vie d'un pêcheur.

16/04/2008

JJ3

JJ3 n'est plus
Ah! il est plus facile de montrer du doigt ces peuples qui ne sont pas capables de respecter ici un tigre, lä une baleine, des phoques …
Non, ne croyez pas que je trouve ces mises à mort normales. Mais, chez nous, abattre un animal protégé, c'est normal. Nos raisons à nous sont justifiées. L'animal pouvait présenter un danger.
Il est de notoriété publique que tout ce qui présente un danger potentiel doit être maîtrisé, la confédération veille. Comme moi, vous savez bien que les armes n'ont jamais tué, pas plus que nos moyens de transport, même conduits oups! après une soirée bien arrosée. Et nos industries chimiques agissent en toute abnégation pour le bien de tous. Les cigarettiers et Eternit étaient loin de s'imaginer les conséquences de leurs produits, pas plus que nos sept sages. Non, dormez en paix! Si le soupçon d'une mise en danger devait poindre, ils interviendraient.
Quand je pense qu' un canton arbore fièrement cet animal qui vivait sur cette terre bien avant nous... Il ne nous a pas jetés dehors.

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